Les instruments de musique sont réalisés à partir de différents matériaux qui varient d’une famille d’instruments à l’autre. Ceux-ci sont concernés par des réglementations de plus en plus contraignantes. Dès l’origine, le bois a toujours joué un rôle fondamental, tout comme d’autres matériaux d’origine végétale et animale, des métaux, des matériaux synthétiques et des produits chimiques.
Le bois, une ressource en danger
Avant la découverte des bois tropicaux, les instruments de musique en France et en Europe étaient fabriqués avec la ressource locale des forêts du Vieux Continent. Un changement radical s’est produit quand luthiers et facteurs ont eu accès aux bois tropicaux. La disponibilité et les propriétés de ces bois les ont rapidement rendus indispensables. Palissandres, acajous, ou encore ébènes ont pris le pas sur leurs homologues européens, devenant par la même occasion les matériaux de référence, y compris visuellement.
Toutefois les causes de la déforestation sont diverses et complexes. L’exploitation de la ressource, bien qu’elle ne soit plus la cause principale, est problématique quand elle induit une monoculture au détriment d’autres espèces. Elle peut également générer des trafics d’ampleur considérable.
À l’échelle internationale, le secteur des instruments de musique est un petit consommateur de bois. D’autres secteurs, comme le mobilier, consomment bien plus ces bois tropicaux, les menaçant d’extinction. À titre d’exemple, la production artisanale européenne d’archets en pernambouc ne nécessite qu’une quinzaine d’arbres par an. Ce bois qui ne pousse qu’au Brésil, longtemps exploité comme matière première pour les teintures, n’est plus utilisé que par l’archeterie. La menace qui pèse sur cette espèce n’est pourtant pas la conséquence de la production d’archets mais la disparition de son milieu d’origine, la forêt atlantique, dont il ne reste à peine que 10 % de sa superficie originelle.
Cette pression exercée sur l’ensemble des forêts du globe, les effets du dérèglement climatique et l’exploitation illégale sont à l’origine de plusieurs réglementations ayant pour objectif de protéger les espèces menacées. Ces législations affectent inévitablement le secteur des instruments de musique. La ressource bois est de plus en plus réglementée et, dans certains cas, l’instrument de musique lui-même l’est également.
- La CITES ou Convention de Washington est née en 1973. Elle contrôle depuis 1975 le commerce international des espèces menacées de la faune de la flore. Ivoire, écaille de tortue, palissandres – dont celui de Rio – acajous d’Amérique centrale et du sud etc. nécessitent des permis pour leur commercialisation.
Tous les 3 ans, une nouvelle Conférence des Parties (CoP) fait le point sur les effets des réglementations déjà en place et décide du classement de nouvelles espèces sur tous les continents.
- Dans l’Union européenne, la nouvelle réglementation sur la déforestation (RDUE) devrait entrer en application en 2025 et imposera à tout importateur de bois de prouver que l’exploitation de celui-ci n’a pas causé de déforestation ou de dégradation de la forêt. Une demande vertueuse mais parfois difficile à documenter. D’autres pays appliquent, depuis début 2000, une loi nationale pour contrôler l’importation de bois sur leur territoire, c’est le cas des USA, de la Chine, du Japon, de la Suisse, de la Corée du Sud et de l’Australie.
Autres matériaux et produits chimiques
Cuivre, plomb, nickel, alliages de différents métaux et produits chimiques sont également utilisés dans la fabrication d’instruments de musique. Les réglementations ont pour but la protection environnementale et la santé publique.
Dans l’UE, c’est le règlement REACH qui définit si un produit chimique doit être autorisé ou interdit.
À ce jour, les réglementations concernant le plomb et le nickel sont amenées à évoluer. Des décisions doivent également être prises sur l’utilisation des PFAS que l’on retrouve notamment dans certaines cordes d’instruments.
Quels impacts ? Quelles adaptations ?
Comme dans tout autre secteur d’activité, les entreprises doivent se conformer à toutes ces réglementations et trouver les moyens de maintenir leur savoir-faire et l’excellence de la fabrication avec de nécessaires évolutions des pratiques. Les métiers de l’artisanat peuvent être mis en grande difficulté quand s’appliquent à eux des réglementations visant à réguler des pratiques industrielles à grande échelle. Un autre problème est le manque d’information, notamment de certains artisans luthiers et facteurs qui, souvent isolés dans leurs ateliers, sont déconnectés des réglementations qui ne cessent de se multiplier et de se complexifier. Ils peuvent parfois se mettre sans le vouloir dans l’illégalité…
Toutefois, il y a en France un réseau professionnel de la facture instrumentale très fort et très actif. La CSFI a missionné depuis 2016 une équipe de 4 personnes qui assure le suivi de l’ensemble de ces textes réglementaires et représente les entreprises du secteur. Elle les accompagne et défend leurs intérêts auprès des institutions officielles puis rédige et diffuse des notes documentaires. Elle a intégré une coalition internationale, notamment sur les sujets CITES, et est avec la CAFIM en pointe en Europe sur tous ces sujets.
RDUE * : Règlement sur la déforestation de l’Union européenne
REACH * : Registration – Evaluation – Authorization for Chemicals (Enregistrement – Évaluation – Autorisation des produits chimiques )
PFAS * : les PFAS représentent une famille de plusieurs milliers de composés chimiques qui ont comme point commun d’être persistants dans l’environnement. Ils sont à ce titre surnommés « polluants éternels ».
CAFIM * : Confédération européenne des industries musicales