À l’issue d’une « Promotion Climat » de 3 mois réunissant 12 structures culturelles d’Auvergne-Rhône-Alpes, ce guide formule des recommandations concrètes pour engager le secteur du spectacle vivant dans une trajectoire de décarbonation compatible avec les Accords de Paris.
Guide réalisé par WeCount et 12 structures culturelles AuRA | 2022.
Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :
Contexte et périmètre
La démarche, pilotée par WeCount avec le soutien d’AuRA Spectacle Vivant et de l’ADEME, a permis à chaque structure participante de réaliser son bilan carbone selon la méthodologie de l’Association Bilan Carbone (scopes 1, 2 et 3), puis de formaliser une stratégie de réduction. Ce guide en synthétise les enseignements collectifs — il ne représente pas la position individuelle de chaque structure mais vise à alimenter la réflexion à l’échelle du secteur.
Résultats du bilan carbone consolidé
Le graphique ci-dessous est issu d’une moyenne pondérée de 9 bilans carbone des structures participantes. Il révèle que les trois quarts des émissions sont générées en scope 3, c’est-à-dire hors contrôle direct des structures. La mobilité — toutes catégories confondues — représente à elle seule environ 49 % des émissions totales, ce qui en fait le levier d’action prioritaire du secteur.
| Poste d’émissions | Part (%) | Scope |
| Déplacements des publics | 26 % | Scope 3 |
| Achat de services (imprimerie, hébergement…) | 19 % | Scope 3 |
| Déplacements des artistes | 14 % | Scope 3 |
| Déplacements domicile-travail | 9 % | Scope 3 |
| Alimentation | 7 % | Scope 3 |
| Énergie des bâtiments et machines | 5 % | Scope 1/2 |
| Fret aval | 4 % | Scope 3 |
| Équipement info et bureaux | 4 % | Scope 3 |
| Véhicules et machines (amortissement) | 3 % | Scope 1 |
| Locaux | 2 % | Scope 1 |
| Utilisation de véhicules | 2 % | Scope 1 |
| Fret amont | 1,5 % | Scope 3 |
Source : moyenne pondérée de 9 bilans carbone (La Tannerie, CCN Grenoble, Biennales de Lyon, Orchestre des Pays de Savoie, La Cascade, Quelques p’Arts, L’Hexagone, Le Transbordeur, AuRA Spectacle Vivant).
Les trois axes de recommandations
Le guide structure ses recommandations selon trois niveaux d’acteurs, car la décarbonation du secteur ne peut reposer sur les seules structures : elle exige une action coordonnée à l’échelle individuelle, collective et institutionnelle.
| Axe 1 — Structures | Axe 2 — Collectif sectoriel | Axe 3 — Partenaires & pouvoirs publics |
| • Se former et sensibiliser les équipes • Obtenir le soutien de la direction • Mettre en place une gouvernance dédiée • Inscrire la démarche dans le long terme (objectif à 10-15 ans) • Réduire la mobilité des artistes, salariés et publics • Agir sur l’énergie, l’alimentation, la communication et les achats | • Arrêter les exclusivités et créer des réseaux de tournées • Mutualiser matériels, logistique et commandes • Partager les bilans carbone et bonnes pratiques • Développer des outils communs (calculateurs, bases de données) • Adopter une charte RSE commune | • Intégrer les structures culturelles dans les plans de mobilité • Déconditionner les aides de la quantité de créations • Financer des postes RSO mutualisés • Former tutelles, financeurs et administrations • Créer des appels à projets sur les thématiques RSE/RSO |
Zoom sur les actions prioritaires
Mobilité des artistes
Premier poste d’émissions maîtrisable, la mobilité des artistes nécessite une refonte des logiques de programmation : suppression des exclusivités, organisation de tournées par bassin géographique, incitation financière au train plutôt qu’à l’avion, et intégration du bilan carbone des artistes dans les critères de sélection.
Mobilité des publics
Bien que difficile à contrôler directement (26 % des émissions), des leviers indirects existent : synchronisation des horaires de représentation avec les transports publics, tarification différenciée selon le mode de transport, aménagement de parkings vélos, plateformes de covoiturage et navettes dédiées aux événements culturels.
Énergie et bâtiments
À court terme, la sensibilisation aux éco-gestes des équipes constitue un premier levier accessible. À plus long terme, le changement de système de chauffage et la rénovation thermique des bâtiments représentent les leviers les plus impactants, mais aussi les plus coûteux.
Alimentation et achats
Le guide recommande de systématiser le repas végétarien par défaut, de relocaliser les achats alimentaires lors des tournées, et d’intégrer un volet développement durable dans les cahiers des charges des prestataires. La mutualisation de matériels entre structures proches est également identifiée comme un levier économiquement et écologiquement pertinent.
Conditions de succès de la transition
La réussite de la démarche repose sur quatre piliers organisationnels essentiels :
- Un portage fort par la direction, intégrant la stratégie bas-carbone à la gouvernance générale de la structure.
- Un fonctionnement en mode projet, avec des réunions régulières, des groupes de travail thématiques et des référents identifiés.
- Une formation préalable des équipes aux enjeux climatiques (Fresque du Climat, Fresque de la Mobilité…).
- Une vision à long terme : la trajectoire de réduction compatible avec un réchauffement à 1,5 °C implique un horizon de 10 à 15 ans.
Points de vigilance pour les décideurs publics
Le secteur vit une injonction contradictoire : les financements publics sont souvent conditionnés à des indicateurs quantitatifs (nombre de créations, de spectateurs, d’exportations), qui s’opposent à une logique de sobriété. Le guide appelle à déconditionner les aides de la quantité au profit de la durée de diffusion, à revaloriser les dépenses de mutualisation, et à ouvrir des dialogues interministériels entre Culture et Transition écologique.