En janvier 2024, 14 fédérations et syndicats du spectacle vivant publient un plan d’action collectif structuré autour de cinq axes pour accélérer la transformation écologique du secteur, représentant 4 000 structures.
14 organisations professionnelles du spectacle vivant | Janvier 2024 | Coordonné par ARVIVA
Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :
Contexte et genèse
Ce plan d’action est le fruit d’une coopération entamée lors des BIS de Nantes en janvier 2023. Pendant toute l’année 2023, cinq groupes de travail thématiques ont réuni salariés et adhérents des organisations signataires sur cinq séances chacun, avant validation en plénière. La démarche se veut délibérément horizontale et collective, à rebours des logiques verticales habituelles. Elle vise non seulement des résultats concrets mais constitue en elle-même un apprentissage d’un nouveau mode de gouvernance sectorielle. Le secteur fait face à un double défi : réduire son empreinte environnementale tout en préservant la spécificité du spectacle vivant — la rencontre physique entre œuvres, artistes et publics.
Vue d’ensemble des 5 axes d’action
| Axe | Engagements (2024) | Préconisations |
| Formation | Recenser l’offre existante ; plaider pour l’éco-conditionnalité de la formation des directions | Mieux financer les formations ; créer de nouveaux contenus par métier |
| Politiques culturelles | Cartographier les pratiques d’éco-conditionnalité ; construire une position partagée sur les politiques publiques | Rendre lisibles et accessibles les financements existants |
| Informations & outils | Mettre en place une veille commune ; développer des clauses contractuelles engagées | Harmoniser les outils de mesure d’impact ; commanditer une étude sectorielle |
| Travail & emploi | Mutualiser des postes d’éco-conseillers entre organisations | Expérimenter de nouvelles organisations du travail ; verdir toutes les fiches métier |
| Mobilités | Élaborer un manifeste partagé sur les mobilités culturelles | Établir un dialogue systématique avec les opérateurs de transport |
Formation — Combler les lacunes d’un secteur en transition
Le secteur souffre d’une triple barrière : une offre de formation peu visible et peu lisible, un accès inégal selon les statuts (notamment pour les intermittents soumis à un délai de carence de six mois entre deux formations financées), et des contenus trop souvent limités à l’éco-responsabilité de surface sans questionner les impacts systémiques. La transition écologique est encore perçue comme le domaine réservé d’experts, alors qu’elle doit imprégner l’ensemble des métiers.
En 2023, une formation introductrice d’une journée a déjà été déployée auprès de près de 300 directions de structures adhérentes. L’objectif pour 2024-2025 est de conditionner l’accès aux aides publiques à la formation des directions — à l’instar du dispositif sur les violences sexistes en vigueur depuis 2022 — et de produire une cartographie complète de l’offre existante (formation initiale et continue), rendue publique d’ici fin 2024.
Politiques culturelles — Pour une éco-conditionnalité juste et concertée
Si quelques régions pionnières (Occitanie, Nouvelle-Aquitaine) ont commencé à intégrer des critères environnementaux dans leurs aides, ces pratiques restent isolées et non concertées. Le ministère de la Culture a annoncé vouloir intégrer des indicateurs d’impact écologique dans ses critères d’attribution, mais les organisations signataires appellent à une construction collaborative de ces critères, distinguant éco-conditionnalité (critères de sélection) et éco-bonification (majoration des aides). Elles plaident aussi pour une révision des modalités d’attribution qui pénalisent encore la création en valorisant la quantité de spectacles plutôt que la qualité de leur conception. La création d’une plateforme numérique centralisant les financements disponibles à toutes les échelles (européen, national, régional) est également recommandée.
Informations & outils — Coordonner pour mieux outiller
Les ressources et outils sectoriels se multiplient (SEEDS, FAIRLY, Showatt, Cooprog, centres de ressources CNM et ministère de la Culture), mais leur foisonnement crée paradoxalement une difficulté d’appropriation. Les organisations s’engagent à mettre en place une veille commune éditorialisée, diffusée régulièrement à leurs adhérents sous forme d’une infolettre partagée. Sur le plan contractuel, une bibliothèque de clauses écologiques types, juridiquement validées et déclinables par type de structure, sera constituée en 2024 et diffusée dès 2025. Les signataires appellent également à une harmonisation des outils de mesure d’empreinte pour garantir la comparabilité des données et la cohérence des politiques publiques.
Travail & emploi — Intégrer la transition dans les organisations
La transformation écologique redessine les contours des métiers, faisant émerger de nouveaux rôles (éco-conseillers, référents développement durable, chargés de transition) sans que les anciens compétences ne disparaissent pour autant. Pour rendre ces expertises accessibles au plus grand nombre, les organisations s’engagent à mutualiser des postes d’éco-conseillers entre elles, avec des embauches prévues en 2025. À terme, l’objectif est d’intégrer les enjeux de transition dans toutes les fiches de postes et référentiels métiers, via les instances paritaires (CPNEF-SV), et de conduire une expérimentation sur les nouvelles formes d’organisation du travail.
Mobilités — Le défi central de la décarbonation
Les déplacements — en particulier ceux des publics — constituent le premier poste d’émissions carbone du secteur, dans un modèle économique qui repose structurellement sur la mobilité des artistes, des équipes et des œuvres. Un manifeste partagé sera publié début 2025, articulé autour de deux volets : faciliter les pratiques vertueuses des structures (gratuité des transports sur présentation du billet, carte SNCF artiste, simplification du fret ferroviaire des décors) et influencer les décideurs publics sur les infrastructures de transport et l’aménagement du territoire. Ce travail sera mené par un comité de 12 à 15 professionnels représentatifs (géographies, esthétiques, tailles de structures, secteurs public et privé), coordonné par ARVIVA.
Calendrier de mise en œuvre
| Échéance | Actions clés |
| T1 2024 | Lancement des groupes de travail Formation, Politiques culturelles, Mobilités et Travail & emploi ; mise en commun des veilles internes |
| T2–T3 2024 | Enquêtes auprès des adhérents (formation, éco-conseils) ; cartographie de l’offre de formation ; état des lieux de l’éco-conditionnalité ; bibliothèque de clauses contractuelles |
| Fin 2024 | Publication de la cartographie formation ; position partagée sur les politiques publiques ; veille commune opérationnelle |
| Début 2025 | Publication du manifeste mobilités ; diffusion des clauses contractuelles types aux adhérents |
| 2025 | Embauche des éco-conseillers mutualisés ; bilan annuel du dispositif ; étude sectorielle sur la trajectoire de transition |
Points de vigilance et limites identifiées
Les signataires reconnaissent plusieurs angles morts. L’éco-conditionnalité des aides publiques ne touchera que partiellement les structures peu dépendantes des financements publics ou parapublics, d’où la nécessité envisagée d’un levier réglementaire. La question de la formation des agents et élus en charge de l’instruction des dossiers de financement reste entière. Enfin, l’harmonisation des outils de mesure d’empreinte environnementale est une condition préalable à toute stratégie de réduction chiffrée alignée sur les Accords de Paris, mais ce travail dépasse le seul périmètre des organisations signataires.