1. Introduction
De l’église au studio
FACECAM KLAUS (1)
* morceau iconique du Gospel choisi par Klaus
* script Klaus
2. Contexte historique
a) Emergence
Dans le contexte esclavagiste du Sud profond des États-Unis, où les Africains déportés ont été contraints de reconstruire leur identité, les chants dits « spirituals » émergent comme une réponse culturelle unique. Dépossédés de leurs repères sociaux, les esclaves réinventent des liens communautaires à travers la prière, la spiritualité et la musique. Ces chants de travail ou work songs apparaissent dans les champs de coton au XVIIIᵉ siècle, puis migrent dans les Églises afro-américaines pour devenir les Negro Spirituals.
Contrairement à une perception répandue, ces compositions ne représentent pas une simple continuation de traditions musicales africaines, mais plutôt une assimilation et une réinterprétation sophistiquée de la liturgie protestante anglo-saxonne, composée de rites, cérémonies, prières et chants s’inspirant de l’Ancien Testament (la Bible). Cette transformation s’opère à travers le prisme de l’expérience afro-américaine, donnant naissance à une forme d’expression singulière.
Le gospel (Godspell, évangile) est lui une forme de musique chrétienne qui s’est développée à partir des spirituals, mais traite plutôt du Nouveau Testament, des Évangiles. On y célèbre, dans les églises Baptistes et Pentecôtistes, majoritairement Jesus Christ, même si à l’occasion, on peut évoquer Mary et tous les saints et apôtres (sauf Juda bien sûr !).Le gospel prend véritablement son essor à la fin des années 20, en parallèle du blues. Cette évolution coïncide avec l’urbanisation croissante de la communauté afro-américaine, engendrant des modifications substantielles dans la pratique musicale religieuse.
b) Gospel et Spirituals
Le Spirituals
Le Spirituals est un genre musical sacré développé par les esclaves afro-américains à partir de la liturgie européenne, caractérisé par des structures d’appel-réponse entre un chant soliste et un cœur, des mélodies pentatoniques, et des textes souvent codés faisant référence à la libération tant spirituelle que physique
Thèmes
Toujours liés à l’Ancien Testament, chantent la douleur, l’espoir (par opposition au blues) et la quête de liberté des esclaves
Caractéristiques
- Chants a cappella ou avec un accompagnement minimal (piano ou orgue)
- Transmission orale, souvent improvisés
- Mélodies simples avec des répétitions
Exemples
« Go Down Moses », « Swing Low, Sweet Chariot »
Le Gospel
Le Gospel est un genre musical chrétien apparu plus tardivement (fin XIXe – début XXe siècle) dans le contexte des églises afro-américaines du sud, incorporant des influences du blues, du jazz et plus tard du R&B, avec un accompagnement instrumental plus élaboré et une expressivité vocale caractéristique
Thèmes
Toujours basés sur le Nouveau Testament, célébrant la foi et la délivrance et l’espoir aussi
Caractéristiques
- Incorporation d’instruments modernes (orgue, piano), accompagnés d’un chœur de fidèles
- Arrangements musicaux plus complexes, avec interaction dynamique entre solistes et chœurs (de fidèles)
- Développement d’une dramaturgie musicale élaborée, intégrant un chant puissant, émotionnel, avec des improvisations vocales
- Intégration d’éléments stylistiques du blues et du jazz
Exemples
« Oh Happy Day » et « Amazing Grace », à l’origine une mélodie catholique irlandaise, devenue un pilier des messes afro-américaines
Oh Happy Day (Edwin Hawkins)
« Oh Happy Day» est sans aucun doute plus grand hit de tous les temps, en matière de gospel, a été produit en 1969 par Edwin Hawkins (1943-2018) et son groupe vocal The Edwin Hawkins Singers (chanteuse soliste : Dorothy Combs Morrison), lui qui avait fondé le Northern California State Youth Choir de l’église Church of God In Christ en 1967. Hit gospel certes, mais qui a eu un impact dans toutes les couches de la société, et pas seulement en Amérique du Nord. Le premier succès du genre fut l’omniprésent « When the Saints Go Marching In », un negro spiritual datant des années 20, qui était écouté et joué partout dans le monde.
Lyrics
Oh happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
When Jesus washed (When Jesus washed)
Oh when he washed (When Jesus washed)
When Jesus washed (When Jesus washed)
He washed my sins away (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
Oh when he washed (When Jesus washed)
When Jesus washed (When Jesus washed)
Oh, when he washed (When Jesus washed)
He washed my sins away (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
He taught me how to watch, fight and pray
(Fight and pray)
(And he’ll rejoice every day)
(Every day)
(Every day)
Oh happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
When Jesus washed (When Jesus washed)
Oh when he washed (When Jesus washed)
When Jesus washed (When Jesus washed)
He washed my sins away (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
He taught me how to watch, fight and pray
Fight and pray!
And he’ll rejoice every day
Every day
Every day
Oh happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
When I get to heaven (Oh happy day)
I’m gon’ talk right down, yeah (Oh happy day)
Ask my lord Jesus, all right (Oh happy day)
For my starry ground, oh yeah (Oh happy day)
I ain’t been to heaven (Oh happy day)
That’s what I’ve been told (Oh happy day)
That the streets up there, all right (Oh happy day)
That they’re paved with gold (Oh happy day)
Yeah if you go there (Oh happy day)
Yeah, before I do, yeah (Oh happy day)
Just tell my friends I’m there (Oh happy day)
Then I’m coming too, yeah (Oh happy day)
Oh, oh it was a happy day (Oh happy day)
Oh, it was a happy day, all right (Oh happy day)
Yes a happy day (Oh happy day)
Oh, a happy day (Oh happy day)
Happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
When Jesus washed (When Jesus washed)
Oh when he washed (When Jesus washed)
When Jesus washed (When Jesus washed)
He washed my sins away (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
Oh happy day (Oh happy day)
Oh, good god (Oh happy day)
Oh, Jesus (Oh happy day)
Mmh, yeah (Oh happy day)
Amazing Grace (Elvis Presley)
« Amazing Grace » trouve son origine dans l’expérience personnelle de John Newton (1725-1807), ancien capitaine de navire négrier converti au christianisme après avoir survécu à une violente tempête en 1748. C’est en 1772, alors qu’il officiait comme pasteur anglican à Olney en Angleterre, que Newton compose les paroles de ce qui est devenu l’un des hymnes les plus célèbres au monde. L’hymne parut initialement dans le recueil « Olney Hymns » publié en 1779. Les paroles de l’hymne reflètent un thème de rédemption et de grâce divine, des éléments centraux dans la foi chrétienne. Le premier couplet, « Amazing grace! How sweet the sound, that saved a wretch like me! » est souvent interprété comme une expression de gratitude pour la délivrance du péché et des souffrances mondaines. Les communautés afro-américaines ont adopté « Amazing Grace » comme un hymne emblématique de leur expérience de libération et de résilience. Pendant le mouvement des droits civiques et la contestation de la guerre du Vietnam, « Amazing Grace » a pris une dimension politique. Mahalia Jackson, une figure emblématique du gospel, utilisait cet hymne pour galvaniser les marcheurs des droits civiques.
Lyrics
Amazing grace! how sweet the sound,
That saved a wretch; like me!
I once was lost, but now am found,
Was blind, but now I see.
’Twas grace that taught my heart to fear,
And grace my fears relieved;
How precious did that grace appear
The hour I first believed!
The Lord hath promised good to me,
His word my hope secures;
He will my shield and portion be
As long as life endures.
When we’ve been there ten thousand years,
Bright shining as the sun,
We’ve no less days to sing God’s praise
Than when we first begun.
Autres exemples
Go down Moses (Louis Armstrong)
Lyrics
Go down Moses
Way down in Egypt land
Tell old Pharaoh
To let my people go!
Oh when Israel was in Egypt land
Let my people go!
Oppressed so hard, they could not stand
Let my people go!
So the Lord said, go down (go down) Moses (Moses)
Way (way) down (down) in Egypt land
Tell all Pharaoes
To let my people go (let my people go)
So Moses went to Egypt land
Let my people go!
He made old Pharaoh understand
Let my people go!
Yes the Lord said, go down (go down) Moses (Moses)
Way (way) down (down) in Egypt land
Tell old Pharaoh
To let my people go (let my people go)
Thus spoke the Lord, bold Moses said
Let my people go!
If not I’ll smite, your firstborn dead
Let my people go!
God the Lord said, go down (go down) Moses (Moses)
Way (way) down (down) in Egypt land
Tell old Pharaoh
To let my people go!
Way down in Egypt land
Tell old Pharaoh
To let my people go
Swing Low, Sweet Chariot
Lyrics
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry he home x 2
I looked over Jordan and what did I see
Coming for to carry he home
A band of angels coming after me
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
If you get there before I do
Coming for to carry me home
Tell all my friends I’m coming too
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot
Coming for to carry me home
3. Définition
(FACECAM KLAUS 2)
a) Essence et marqueurs musicaux
Dès le début, les colons blancs ont ainsi converti les esclaves afro-américains de force, à la religion chrétienne, en leur imposant d’aller à l’église et en leur apprenant la liturgie (la Bible), en anglais bien sûr, eux qui ne parlent pas encore bien la langue de leurs maîtres. Ils vont ainsi rapidement participer activement aux offices, leur riche culture du chant et de la musique leur permettant de s’y adapter facilement.
Les chants religieux, les cantiques (les hymnes), sont alors repris en chœur par ces esclaves, qui vont finir par les prendre en main au XIXᵉ siècle, les remanier en leur insufflant un caractère plus africain, avec là aussi prédominance d’une pulsation où l’on valorise les syncopes (after beat) sur les temps 2 et 4 plutôt que sur les temps forts sur les temps 1 et le 3. On va y trouver également la recherche de la transe mystique par la répétition des motifs en boucle et le rythme très marqué (danse). Quand la pulsation du blues et du jazz est le plus souvent ternaire, le gospel va, lui, « retourner » à la pulsation binaire, plus vivante, plus sautillante. On est dans la joie et l’espérance, on saute et l’on danse plutôt que l’on traîne des pieds dans le désespoir et l’affliction. On y roule (rock) et on y balance (roll) déjà avec entrain, en faisant du bruit (rattle), certes, mais du holy noise.
Les premiers chants collectifs sont nés dans les plantations, où le travail est particulièrement pénible, cette expression musicale étant un moyen de communication premier entre des déracinés ne parlant pas la même langue (ils sont de provenances diverses), en tout cas dans un premier temps.
Des églises vont être réservées aux noirs et de nombreuses congrégations religieuses, des paroisses (communities), vont s’assembler et célébrer des messes chaque fin de semaine (« Sunday I Go To Church, I Kneel Down And Pray »). Lorsque le pasteur prononce son sermon, les fidèles répondent en tapant dans leurs mains (ou dans un tambourin, un tambour de Basque amené en Amérique par les Espagnols), et s’expriment non pas d’une voix douce et rentrée, mais fortement et avec énergie, de manière à bien remplir l’église de leurs voix, dans le but de faire vibrer les âmes (soul) des participants. Le chœur est bien sûr accompagné par l’orgue (church organ), le piano ou plus rarement l’harmonium, instrument exclusif qui se doit de trôner dans chaque église ou temple aux États-Unis.
4. Quand le Gospel sort de l’église
a) Le crossover
Le terme « crossover » dans le contexte du gospel désigne le phénomène par lequel des chansons ou des artistes, initialement confinés à la sphère religieuse, transposent les textes séculiers du gospel pour le sortir des églises et entrer dans les charts grand public et toucher des auditeurs de divers horizons. Ce mouvement a non seulement transformé la carrière de ces artistes, mais a également donné naissance à des labels et des studios emblématiques qui ont façonné l’industrie musicale, dont notamment Motown Records et Stax Records. Un exemple emblématique de ce phénomène est la chanson « Hallelujah I love Her so » de Ray Charles, qui a connu un immense succès commercial en 1957, dans laquelle Ray Charles chante l’amour d’une femme et non plus de Jesus.
Ray Charles : « Hallelujah I Love Her so » :
Sam Cooke : « A Change is Gonna Come » :
En inventant chacun une forme de soul qui leur est propre, ces artistes « crossover », quittant des groupes vocaux de Gospel pour faire carrière en solo, sont amenés à inventer une nouvelle forme de musique : le gospel profane, séculier, laïc, qui a tendance à rejoindre la forme évoluée du blues qu’est le Rhythm & Blues.
Dans un premier temps, ces paroissiens sortent de l’église pour aller donner des concerts de Gospel puis franchissent le pas en entrant dans le show business (par la petite porte : ils sont noirs), en développant une musique très semblable au Gospel mais aux paroles tout autres. On y célèbre la belle petite du coin plutôt que Jésus sur sa croix, l’amour physique (et même la grivoiserie) plutôt que la ferveur religieuse et le confinement dans le culte. Ces artistes s’adressent alors au grand public, le public pop, majoritairement blanc, auquel ils peuvent vendre leur production, quand ils ne peuvent pas vraiment le faire en restant dans le domaine du Gospel pur et dur.
Ces artistes ont contribué dans un premier temps à populariser le gospel en dehors des églises, en se produisant dans des salles de concert et en enregistrant des disques, donnant naissance à la soul.
b) Atlantic Records : creuset du Rhythm & Blues
(FACECAM KLAUS 3)
Rhythm and blues
L’expression « Race Records » a été inventée dans les années 1920 par Ralph S. Peer, alors qu’il travaillait pour Okeh Records. Ce terme désignait les disques de 78 tours commercialisés spécifiquement pour les Afro-Américains, et incluait des genres musicaux tels que le blues, le jazz, et le gospel.
À cette époque, les enregistrements de musique étaient principalement destinés à un public blanc, mais le succès de certains artistes afro-américains a démontré le potentiel commercial de la musique afro-américaine. Cela a conduit plusieurs maisons de disques à créer des lignes de « Race Records » pour répondre à cette demande croissante. En renommant cette catégorie en « Rhythm & Blues Records » en 1949, Jerry Wexler consacre un genre musical en l’affranchissant des considérations communautaires.
Jerry Wexler (1917 – 2008), né Gerald Wexler, était un journaliste musical pour le magazine Billboard, devenu producteur de musique, et une figure majeure de la musique populaire américaine des années 1950 aux années 1980. Il est célèbre pour avoir signé et/ou produit de nombreux artistes emblématiques tels que Ray Charles, Aretha Franklin, Led Zeppelin, et Bob Dylan. En 1953, il est devenu associé chez Atlantic Records, où il a joué un rôle crucial dans le développement de la maison de disques en une force majeure de l’industrie musicale.
Au cours des années 1960, Wexler a travaillé avec des artistes comme Wilson Pickett et Aretha Franklin, produisant des albums acclamés tels que « Dusty in Memphis » de Dusty Springfield.
En 1987, il est intronisé au Rock and Roll Hall of Fame, reconnaissance de son immense contribution à la musique.
Atlantic Records
Atlantic Records a été fondé en 1947 par Ahmet Ertegun et Herb Abramson à New York. Dès ses débuts, le label s’est concentré sur le jazz moderne, mais il a rapidement élargi son répertoire pour inclure le rhythm and blues, le gospel et la soul.
L’une des contributions majeures d’Atlantic Records a été de populariser le gospel et la soul en signant des artistes influents comme Ray Charles, qui a fusionné le gospel avec le rhythm and blues pour créer un son unique. Des chansons comme « What’d I Say » et « I Got a Woman » ont repoussé les frontières sociales et ont établi la réputation de Ray Charles comme une légende de la musique.
Atlantic Records a également joué un rôle crucial dans la carrière d’Aretha Franklin, souvent surnommée la « Reine de la Soul ». Sous la direction de Jerry Wexler, Aretha Franklin a enregistré des succès emblématiques tels que « Respect » et « Chain of Fools », qui ont solidifié sa place dans l’histoire de la musique soul.
Le label a contribué à briser les barrières raciales dans l’industrie musicale en mettant en avant des artistes afro-américains et en favorisant l’intégration musicale.
c) Le Doo-wop
Certains chanteurs (auteurs-compositeurs) exécutent le crossover et pénètrent résolument dans le show business (les variétés) et même le rock naissant dans les années 50.
C’est alors que des groupes vocaux vont créer un genre nouveau, le doo-wop, puis diverses formes de soul music (la musique de l’âme), chacun apportant sa pierre au nouvel édifice.
Une émanation du gospel
Dans les années 1930 va fleurir une première génération de groupes vocaux – essentiellement des quatuors et, a cappella, qui manifestement sortent de l’église (noire) et qui vont être les précurseurs d’un nouveau genre apparaissant au début des années 50 : le doo-wop. Le terme « doo-wop » est une onomatopée évoquant les sons émis par le groupe pour soutenir le soliste. Dérivé des negro spirituals, c’est une une variante du rhythm and blues et du rock and roll, populaire durant les années 1950 et 1960. Ce style est généralement interprété par de petits ensembles vocaux comprenant un soliste ténor qui chante la mélodie, tandis que trois ou quatre autres chanteurs produisent des harmonies en arrière-plan. Les harmonies vocales dans le doo-wop se font écho ou se succèdent sous le chant principal. Les voix de second ténor et de baryton se mélangent, le ténor aigu se superpose au chant principal, et la basse résonne en dessous.
Les origines du doo-wop remontent aux enregistrements des Mills Brothers et des Ink Spots dans les années 1930 et 1940. Les Mills Brothers ont mis sur le devant de la scène une technique vocale étonnante consistant à imiter les instruments d’orchestre comme les vents, la contrebasse (le tuba) ou la batterie, tandis que les Ink Spots ont établi la prédominance du ténor et de la basse. L’influence de ces derniers est perceptible dans les premiers enregistrements de rhythm and blues des Ravens dans les années 1940, ou dans les reprises de certains de leurs tubes, telles que « My Prayer » par les Platters en 1956, véritable hit mondial porté par un chanteur lead merveilleux , le ténor Tony Williams, qui prêche comme à l’église et « If I Didn’t Care » par les Moments en 1970.
Le groupe vedette masculin de la Motown des années 1960 et 1970, les Temptations, a également adopté une couleur vocale inspirée de ce style doo-wop classique.
Il existe également une école de doo-wop féminin, représentée par des groupes tels que les Chantels, les Shirelles, ainsi que Patti LaBelle et les Bluebelles.
The Mills Brothers

Crédits : Domaine Public, William Morris Agency (management)/Photo by Maurice Seymour, New York.
The Mills Brothers, pionniers du jazz vocal et de la pop traditionnelle, ont marqué l’histoire de la musique avec leur son unique et leurs harmonies impeccables. Originaires de Piqua, Ohio, les frères John Jr., Herbert, Harry et Donald Mills commencent à chanter ensemble dès leur plus jeune âge, influencés par leur père, John Sr., qui dirige un quartet de barbershop.
Leur carrière décolle en 1931 lorsqu’ils signent un contrat avec CBS Radio, devenant ainsi les premiers artistes noirs à avoir leur propre émission nationale. Leur premier grand succès, « Tiger Rag », les propulse sur le devant de la scène musicale.
Parmi leurs nombreux succès, on compte « Paper Doll », « Glow Worm » et « You Always Hurt the One You Love », qui deviennent des classiques intemporels. Leur influence s’étend au-delà du jazz, touchant la pop et le R&B, et inspirant des générations d’artistes. Les Mills Brothers continuent à se produire et à enregistrer jusqu’aux années 1980, laissant un héritage musical riche et influent. Ils sont intronisés au Vocal Group Hall of Fame en 1998, en reconnaissance de leur contribution exceptionnelle à la musique.
Mills Brothers : « Tiger Rag »
The Platters : « Only You », « My Prayer »
The Coasters

Crédits : Domain Public, TGC-Topps Gum Cards-photo from ATCO Records
Produit par le duo d’auteurs-compositeurs phare du rock and roll, Jerry Lieber et Mike Stoller (des blancs), the Coasters (groupe vocal noir) ont marqué les années 1950 en introduisant un élément absent dans le Gospel (et dans le rock) : l’humour. Leur premier succès, « Down in Mexico », sort en 1956 et pose les bases de leur style unique, mêlant des histoires drôles à des harmonies vocales « Barbershop ». Mais c’est avec des titres comme « Searchin’ », « Young Blood » et « Yakety Yak » que les Coasters atteignent la consécration, devenant des incontournables des charts américains. Leur musique, souvent accompagnée du saxophone de King Curtis, déborde d’une énergie contagieuse. Les Coasters se démarquent également par leur capacité à traverser les genres, influençant aussi bien le doo-wop que le rock ‘n’ roll.
The Coasters : « Along Came Jones », « Charlie Brown », « Yakety Yak »
Barbershop & Close Harmony
(FACECAM KLAUS 4)
Le barbershop est un style de musique vocale a cappella qui se caractérise par des harmonies riches et complexes, appelées « close harmonies ». Le concept de close harmony (littéralement harmonie serrée) désigne un style d’arrangement vocal où les notes chantées par les différentes voix sont très proches les unes des autres en termes de hauteur. Ce type d’harmonie crée une texture sonore riche et dense, souvent utilisée dans les groupes vocaux de jazz, de barbershop et de pop. Le close harmony est particulièrement présent dans les quatuors de barbershop, où les voix sont arrangées de manière à rester très proches les unes des autres, souvent dans une seule octave. Ce style demande une grande précision et une excellente coordination entre les chanteurs, car les notes étant très proches, toute déviation peut être facilement perçue. C’est cette complexité et cette beauté harmonique qui rendent le close harmony si captivant et apprécié des amateurs de musique vocale. Cette tradition trouve ses origines dans les États-Unis à la fin du 19ᵉ siècle, souvent associée aux quatuors masculins qui se produisaient dans les salons de coiffure (d’où le nom « barbershop »).
Historiquement, les salons de coiffure étaient des lieux de rassemblement communautaire, particulièrement dans les communautés afro-américaines du Sud des États-Unis à la fin du 19e et au début du 20ᵉ siècle. Les hommes se réunissaient dans ces salons non seulement pour se faire couper les cheveux, mais aussi pour socialiser, échanger des nouvelles et se divertir. La musique y jouait un rôle central, et les quatuors de barbershop y trouvaient un public captif et enthousiaste. Les performances de barbershop se caractérisent le plus souvent par l’utilisation de quatre voix masculines (pouvant aller jusqu’à six) : le ou les ténor(s) dont un falsetto éventuellement, le lead (ou voix principale), le baryton et éventuellement baryton martin, et la basse. Le ténor chante les notes les plus aiguës, souvent en harmonie avec le lead, qui porte la mélodie. Le baryton ajoute des notes intermédiaires, tandis que la basse fournit les notes les plus graves, créant ainsi une texture harmonique riche et équilibrée. Le répertoire du barbershop inclut souvent des chansons populaires, des ballades et des morceaux de jazz, interprétés avec une précision vocale et une grande expressivité. Ce style musical est également connu pour ses « tags », des finales de chansons prolongées et harmonisées de manière élaborée.
The Four Freshmen :
https://www.youtube.com/@BarbershopHarmony
The Charades : Le doo-wop dans sa variante multicolore, avec une haute-contre en filigrane et des harmonies vocales très Barber Shop (close harmony).
The Charades : « Please Be My Love Tonight »
5. Playlist
a) Les grands groupes de gospel
The Soul Stirrers
Les Soul Stirrers, formés en 1926 à Trinity, Texas, sont reconnus comme l’un des groupes de gospel les plus influents de leur époque. Fondé par Silas Roy Crain, le groupe a rapidement évolué pour inclure des membres tels que Rebert H. Harris, Thomas L. Brewster, Edward Allen Rundless, Jr., et O.W. Thomas. Leur style, mêlant harmonies vocales sophistiquées et improvisations poignantes, a redéfini les standards du gospel.
Dans les années 1930, les Soul Stirrers ont commencé à se faire un nom en enregistrant des chansons pour la Library of Congress sous la direction d’Alan Lomax. Leur popularité a continué de croître, et ils ont signé un contrat avec Specialty Records en 1943, enregistrant des titres mémorables comme « By and By » et « In That Awful Hour ».
L’arrivée de Sam Cooke en 1950 a marqué un tournant décisif pour le groupe. Cooke, avec sa voix suave et émotive, a apporté une nouvelle dimension aux Soul Stirrers. Des chansons comme « Jesus Gave Me Water » et « Touch the Hem of His Garment » sont devenues des classiques instantanés. Cooke a quitté le groupe en 1956 pour poursuivre une carrière solo dans la Soul, mais son passage a laissé une empreinte indélébile.
Après le départ de Cooke, Johnnie Taylor a pris la relève en tant que chanteur principal. Sous sa direction, le groupe a continué à produire des succès et à influencer la scène musicale gospel et soul.
The Drifters
The Drifters (à la dérive) est, avec The Soul Stirrers, l’autre grand groupe vocal Gospel ayant effectué le crossover. Véritables légendes du rhythm and blues et du doo-wop, ils ont marqué les années 1950 et 1960 avec une série de succès inoubliables, malgré de nombreux changements de membres. Plusieurs chanteurs lead sont sortis des Drifters à terme pour faire eux aussi carrière en solo, dans la soul, en particulier les renversants Clyde McPhatter et Ben E. King. Formé en 1953 à New York par Clyde McPhatter après son départ des Dominoes, le premier groupe se fait connaître avec des titres comme « Money Honey » et « Honey Love », qui dominent les charts R&B. Après le départ de McPhatter en 1955, le manager George Treadwell remplace l’ensemble du groupe par les Five Crowns, menés par Ben E. King. Cette nouvelle formation connaît un succès retentissant avec des hits comme « There Goes My Baby », « Save the Last Dance for Me » et « Under the Boardwalk ».
Leur collaboration avec des auteurs-compositeurs de renom comme Carole King, Gerry Goffin, et Doc Pomus contribue à leur succès durable.
The Drifters : « Unchained Melody », « Save The Last Dance For Me », « Under The Boardwalk », « On Broadway » :
Clyde McPhatter and the Drifters: « What Ya’ Gonna Do»
(Benjamin Earl Nelson) Ben E. King : « Stand By Me »
The Golden Gate Quartet
Le Golden Gate Quartet, formé en 1934 à Norfolk, Virginie, est une véritable institution du gospel. À l’origine connu sous le nom de Golden Gate Jubilee Singers, le groupe a été fondé par quatre étudiants : Willie Johnson, William Langford, Henry Owens et Orlandus Wilson. Quartet vocal, chantant généralement a cappella un Gospel authentique, le Golden Gate Quartet va étrangement faire une longue carrière en France, où le groupe s’est installé à la fin des années 50.
Dès 1935, le Golden Gate Quartet commence à se produire dans des églises et à la radio locale, la station WIS à Columbia, Caroline du Sud. Leur popularité croit rapidement et en 1937, ils signent un contrat avec Bluebird Records, enregistrant 14 chansons en deux heures lors de leur première session ! En 1941, ils sont invités à chanter lors de la troisième investiture du président Franklin D. Roosevelt, à l’initiative de la Première Dame Eleanor Roosevelt. Leur influence s’étend à l’international avec leur première tournée européenne en 1955, souvent à guichets fermés. Le groupe a également joué un rôle important en tant qu’ambassadeurs culturels, effectuant des tournées dans 28 pays sous les auspices du Département d’État des États-Unis entre 1958 et 1960.
The Golden Gate Quartet :
« Golden Gate Quartet Gospel Train »
« Joshua Fit The Battle Of Jericho »
« Didn’t it Rain »
The Staples Singers
Créé en 1948 et drivé par « Pops » Staple, auteur-compositeur, chanteur et guitariste, ce groupe vocal familial comprenait ses enfants Cleotha, Pervis, Yvonne et la charismatique Mavis Staples. Leur carrière débute dans les églises de Chicago avec un gospel pur et dur avant de réaliser eux aussi le cross-over, à partir du milieu des années 60 avec une soul très revendicatrice, voire même insurgée, que l’on pourrait tout à fait chanter à l’église. Les Staple Singers ont ainsi marqué l’histoire de la musique avec leur fusion unique de genres et leur engagement social. Ils commencent alors à intégrer des éléments de soul et de R&B dans leur musique, produisant des classiques comme « Respect Yourself », « I’ll Take You There » et « If You’re Ready (Come Go with Me) ». Leur musique, imprégnée de thèmes de justice sociale et de droits civiques, devient la bande-son de nombreux mouvements de l’époque. En 1972, « I’ll Take You There » atteint le sommet des charts, consolidant leur statut de légendes de la musique.
Les Staple Singers continuent à se produire et à enregistrer jusqu’aux années 1990, et leur influence perdure aujourd’hui, portée par la voix puissante et l’engagement indéfectible de Mavis Staples.
The Staple Singers :
« Swing Low Sweet Chariot – aka Let Me Ride »
« Respect Yourself »
« I’ll Take You There »
b) Du Gospel à la soul
Ray Charles Robinson « Ray Charles » (1930 – 2004)
Ray Charles, né Ray Charles Robinson en 1930 à Albany, en Géorgie, est une légende de la musique américaine, souvent surnommé « The Genius ». Aveugle dès l’enfance, probablement à cause d’un glaucome, c’est sans doute le premier à jaillir de l’église (en même temps qu’il sort du blues traditionnel) en effectuant le fameux crossover.
Il va mêler le blues et le gospel au jazz, dans le genre dont il est l’un des créateurs dès la fin des années 40 : la soul. Mais sa soul (que l’on appelle également R&B selon la formule de son producteur d’alors Jerry Wexler), au son nouveau, retourne parfois drastiquement à ses origines avec des morceaux manifestement Gospel, sur lesquels il chante l’amour et la passion amoureuse plutôt que l’adoration du Christ. Attitude qui fera scandale dans la communauté Gospel.
Il signe avec Atlantic Records en 1952, où il a révolutionné la musique avec des titres comme « I Got a Woman » et « What’d I Say ». Son style unique et sa voix rauque ont rapidement fait de lui une icône. En 1960, il enregistre « Georgia on My Mind », qui est devenu l’un de ses plus grands succès et un hymne intemporel.
Il a vendu plusieurs dizaines de millions d’albums, et a été récompensé de douze Grammy Awards, parmi les très nombreuses récompenses et distinctions qu’il reçoit au cours de sa carrière. C’est un des premiers à entrer au Rock’n’Roll Hall of Fame en 1986.
(Raymond Charles Robinson) Ray Charles
« Hallelujah I Love Her So »
« At Newport » : The Right Time »
« Drown In My Own Tears »
Sam Cooke (1931 – 1964)
Sam Cooke, de son vrai nom Samuel Cook, a ajouté un « e » à la fin de son nom lorsqu’il a commencé sa carrière pour s’émanciper de sa connotation historiquement reliée à l’histoire de l’esclavage. De nombreux Afro-Américains, au sortir de l’esclavage, n’avaient qu’un prénom, et furent affublés, au moment des premiers recensements, de patronymes décrivant leurs caractéristiques physiques, leurs métiers, quand ce n’était pas ceux des anciens présidents, ou ceux de leurs maîtres.
Grand rival de Ray Charles, qui deviendra plus célèbre que lui à l’époque, Sam Cooke passe d’abord par la case Gospel, au sein du groupe vocal The Soul Stirrers (en 1951), avec lequel il va déjà, avant de le quitter en 1957, se détacher de l’église. « A Change is Gonna Come », dont Bob Dylan dit qu’il aurait aimé le composer, est la première tentative, à l’époque de la lutte pour les droits civiques en ce milieu des années 60, de « revendiquer » pour le peuple noir. Une chanson politique, en quelque sorte, mais produite en douceur avec force violons. Magnifique et pathétique (« Je suis né au bord de la rivière, dans une petite tente, et depuis, comme la rivière, je n’ai jamais cessé de courir … »).
Sam Cooke est assassiné en 1964, dans de mystérieuses circonstances, il n’a que 33 ans et est au faîte de sa gloire.
(Samuel Cook) Sam Cooke & The Soul Stirrers :
« Jesus Gave Me Water »
« A Change Is Gonna Come »
Wilson Pickett (1941 – 2006)
Le n°2 dans la course au succès de la soul/rhythm and blues, lui aussi dans le Memphis Sound : le hurleur, mais néanmoins magnifique chanteur, à l’instar de James Brown, Wilson Pickett a souvent prêché comme à l’église. Même si on n’aurait pu que difficilement lui attribuer le titre de révérend.
Surnommé « The Wicked Pickett », il est une figure emblématique de la soul des années 1960. Né en 1941 à Prattville, Alabama, il grandit à Detroit où il est influencé par le gospel et les stars du rock and roll comme Little Richard. Pickett commence sa carrière musicale avec le groupe gospel The Violinaires avant de rejoindre les Falcons en 1959, où il se fait remarquer avec « I Found a Love ». Sa carrière solo décolle véritablement avec le hit « In the Midnight Hour » en 1965, coécrit avec Steve Cropper de Booker T. and the MG’s. Ce titre devient un classique instantané et propulse Pickett au rang de star.
Wilson Pickett : « Something You Got »
Percy Sledge : « When A Man Loves A Woman »
Al Green (1946 – )

Crédits : Mike Douglas Show, Public domain, via Wikimedia Commons
Formidable auteur-compositeur-interprète, Al Green, surnommé « The Reverend », prend la relève chez Stax à la disparition d’Otis Redding. Né Albert Leornes Greene en 1946 à Forrest City, Arkansas, il grandit dans une famille nombreuse et commence à chanter dès son plus jeune âge.
Sa carrière décolle véritablement lorsqu’il rencontre le producteur Willie Mitchell en 1968, qui l’aide à signer chez Hi Records. Il change le son et la forme du R&B de Memphis et réinvente la soul avec panache et un énorme succès, jusqu’au moment où il décide de retourner à l’église dans les années 70, après avoir survécu à une agression violente. Cet événement le pousse en effet à se consacrer davantage à sa foi, devenant pasteur et intégrant des éléments de gospel dans sa musique. Malgré cette transition qui l’éloigne quelques années du show business, il fait son come-back dans les années 80 avec quelques grands hits, mêlant habilement soul et gospel.
(Albert Leornes Greene) Al Green :
« L.O.V.E. »
« Take Me To The River »
« Lay It Down »
Aretha Franklin (1942 – 2018)

Crédits : Atlantic Records(Life time: Published before 1978 without a copyright notice), Public domain, via Wikimedia Commons
La fille du Révérend Franklin, qui faisait sans doute déjà du Gospel dans le ventre de sa mère, va faire le crossover elle aussi, à l’instigation de son fameux producteur chez Atlantic : Jerry Wexler. C’est ce dernier qui aura l’idée géniale d’emmener Aretha enregistrer à Memphis dans les studios Stax (avec les musiciens du cru) mais aussi à Muscle Schoals, dans le studio Fame (avec les musiciens locaux là aussi : les Swampers). C’est lui aussi qui a l’idée en 1971 d’envoyer Aretha jouer dans le temple des hippies, à San Francisco, le Fillmore West, accompagné par l’orchestre The Kingpins de King Curtis (avec Bernard Purdie à la batterie, Jerry Jemmott à la basse, Billy Preston à l’orgue, Cornell Dupree à la guitare…). Apercevant Ray Charles au premier rang elle le fait monter sur scène pour réinterpréter son hit « Spirit in The Dark » avec lui (Ray Charles improvise alors totalement sur un morceau qu’il ne connaît pas !).
En 1972, un film sur et avec la « Queen of soul » est réalisé par Sydney Pollack. Film qui ne sortira jamais sur les écrans mais dont les enregistrements sonores ont fait l’objet d’une édition phonographique en double album. Aretha y retourne à l’église (une petite église baptiste d’une banlieue de Los Angeles, à Watts), avec le révérend James Cleveland et le Southern California Community Choir). Elle y interprète des grands classiques du Gospel avec une ferveur renouvelée. Une véritable merveille. C’est l’album live de Gospel le plus vendu de tous les temps.
(Aretha Louise Franklin) Aretha Franklin
« Aretha Live At The Fillmore West » : « Spirit In The Dark-reprise »
« Amazing Grace »
« Mary Don’t You Weep »
« Old Landmark »
Solomon Burke 1940 – 2010)

Crédits : Atlantic Records, Public domain, via Wikimedia Commons
Solomon Burke, né James Solomon McDonald en 1940 à Philadelphie, a su marier gospel, blues, jazz et country pour créer un son unique. Surnommé The King of Rock‘n’Soul, the Bishop of Soul ou encore The Muhammad Ali of Soul, lui qui a franchi le pas du crossover dans les années 50 retourne en 1964 à ses premières amours : le prêche enflammé. Dès son plus jeune âge, il prêche et anime en effet une émission de radio gospel. En 1961, il connaît son premier succès national avec « Just Out of Reach ». Suivent des titres emblématiques comme « Cry to Me », « If You Need Me » et « Everybody Needs Somebody to Love », qui deviennent des classiques du genre.
(James Solomon Vincent McDonald Burke) Solomon Burke « Everybody Needs Somebody To Love »
c) La reine du Gospel
Mahalia Jackson
Surnommée la « Reine du Gospel », fille de révérend, Mahalia Jackson fait partie de ces artistes qui ont joué un rôle crucial dans la diffusion du gospel au-delà des frontières religieuses. Cette femme noire – femme et noire : deux caractères rédhibitoires à l’époque, va devenir la première grande prêtresse du Gospel, dès ses enregistrements de 1946.
Le 28 août 1963, Mahalia Jackson est présente dans la foule de manifestants rassemblés devant le Lincoln Memorial de Washington pour recevoir le discours de Martin Luther King (« I Have A Dream »). C’est elle qui lui aurait donné l’idée d’improviser la fin de son discours en lui criant : « Parle-leur de ton rêve, Martin ! ». Elle chante par ailleurs à la Maison-Blanche lors de l’intronisation du président John F. Kennedy, ce qui inspirera la grande Aretha Franklin, qui viendra chanter à son tour en 2009 pour l’intronisation d’un président, noir cette fois, Barack Obama. Elle y portera un costume semblable à celui que portait Mahalia Jackson en 1961.
Mahalia Jackson :
« In The Upper Room »
« Didn’t Rain »
« Nobody Knows The Trouble I’ve Seen »
6. Héritage
a) Une influence qui perdure
Le Gospel s’institutionnalise et se renouvelle
(FACECAM KLAUS 5)
Né en Amérique du Nord au début du siècle dernier, dans un contexte anglophone marqué par la lutte contre l’esclavage, le Gospel s’est depuis répandu dans d’autres aires culturelles et linguistiques. C’est ainsi que l’on a vu naître, à partir des années 60, un Gospel francophone, porté par les protestantismes des Caraïbes, de l’Afrique de l’Ouest, du Québec et de l’Europe de l’Ouest. Un genre florissant aujourd’hui encore : on peut en effet assister en fin de semaine à des messes Gospel dans toutes les banlieues de Paris, offices qui rassemblent parfois un nombre impressionnant de fidèles (et d’officiants).
De l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis, le Gospel n’a jamais vraiment fait son entrée à Broadway, dans ces théâtres new-yorkais où l’on a joué des plays (comédies musicales) par milliers depuis le début du siècle dernier. Le caractère sacré du genre faisant sans doute reculer les artistes et producteurs éventuels. Pourtant, un spectacle Gospel a bien été monté en 1983, avec force vedettes (noires) au chant, en présence d’un récitant fameux : l’acteur Morgan Freeman. Le show (une adaptation de la tragédie de Sophocle « Œdipe à Colone ») a été filmé et enregistré, heureusement. Les acteurs y chantent et les chanteurs y jouent la tragédie dans un Gospel resplendissant.
b) Playlist
Kirk Franklin (1970 -)
Le (encore) jeune Kirk Franklin s’est forgé un empire (en tout cas une église et une société de production) en quelques années seulement. Il compose, produit, arrange et prêche avec une vigueur et une conviction particulièrement communicatives. Il dirige son orchestre et surtout son chœur (The Family) avec un grand savoir-faire, ce qui l’amène à passer allégrement du Gospel traditionnel à un Gospel très « urbain » proche du R&B (new gospel), très soul, mais qui peut toujours être donné lors de messes auxquelles assistent parfois des dizaines de milliers de « fidèles ». Et cela de par le monde ! Surnommé « The Reigning King of Urban Gospel ».
(Kirk Dewayne Franklin) Kirk Franklin « The Fight Of My Life » album :
« Declaration (This Is It) »
« He Will Supply »
Kirk Franklin « The Rebirth Of Kirk Franklin » album :
« Hosanna »
Incroyable mix de Gospel et de jazz (arrangements vocaux très sophistiqués « à la big band »), le groupe vocal Take Six pratique le genre, le plus souvent a cappella, à la perfection, en tout cas dans son merveilleux premier disque, où l’on ne trouve rien à jeter, et continue à tourner aujourd’hui.
Take Six « Do Be Do Wop Bop » album :
« Spread Love »
« Mary »
Formé en 1980 sur le campus d’Oakwood College à Huntsville, Alabama, Take 6 est un sextet vocal qui a redéfini les frontières du gospel et du jazz. Fondé par Claude McKnight, le groupe a rapidement intégré des membres talentueux comme Mark Kibble, Mervyn Warren, Alvin Chea, Cedric Dent et David Thomas.
Leur premier album éponyme, sorti en 1988, a immédiatement rencontré un succès critique et commercial, remportant plusieurs Grammy Awards. Take 6 a collaboré avec des légendes de la musique telles que Quincy Jones, Stevie Wonder et Whitney Houston, consolidant leur statut de pionniers de l’a cappella moderne.
Frank MacComb (1970 -)
Héritier du légendaire auteur-compositeur-interprète et pianiste Donny Hathaway (pourtant méconnu), Frank McComb est un authentique chanteur de Gospel, quand il ne déploie pas sa très funky soul à la Stevie Wonder.
Véritable virtuose de la soul et du jazz né en 1970 à Cleveland, Ohio, il commence à jouer du piano dès son plus jeune âge, influencé par le gospel et les légendes du jazz.
Sa carrière décolle dans les années 1990 lorsqu’il rejoint le groupe Buckshot LeFonque de Branford Marsalis, avec lequel il enregistre deux albums acclamés. McComb se distingue par sa capacité à fusionner des éléments de soul, de jazz et de R&B, créant un son unique et intemporel.
En 2004, il sort son premier album indépendant, « Straight From The Vault », et a collaboré depuis avec des artistes de renom tels que Prince, Chaka Khan et Will Smith, tout en continuant à produire et à enregistrer sa propre musique. Frank McComb est également un pédagogue passionné, transmettant son art au Frank McComb Independent Artist Institute, un programme de master class destiné aux artistes indépendants. Son influence et son talent continuent de résonner, faisant de lui une figure incontournable de la scène musicale contemporaine.
Frank McComb « Love Stories » album :
« His Eye Is On The Sparrow »
c) Le Gospel en image
Gospel At Colonus :
« Live Where You Can »
« Fair Colonus »
On retrouve les Blind Boys of Alabama, ces vieux routiers du gospel en compagnie des Soul Stirrers dans « Gospel At Colonus ». Les survivants du groupe d’origine (The Five Blind Boys Of Alabama) sont produits par Peter Gabriel dans son label Realworld. Production et qualité sonore assurés.
The Blind Boys Of Alabama « Spirit Of The Century » :
« The Last Time »
Al Green : « Gospel According To Al Green »
Le révérend Al Green fait son retour à l’église, en crossover inverse en quelque sorte, après avoir effectué une rédemption consécutive à des événements révélateurs, à ses yeux, de sa déchéance spirituelle. Lui qui avait fait un énorme succès dans la soul au début des années 70 a failli mourir plusieurs fois, notamment en tombant de scène, et a vu sa petite amie se suicider devant lui…
Film de Robert Mugge, 1984. L’histoire d’une star de la soul qui abandonne sa carrière de chanteur pour devenir un gospel minister.
La preuve que ce l’on dit de lui un peu plus haut n’est pas une « vue de l’esprit » :
Kirk Franklin « The Rebirth Of Kirk Franklin Live »
Film largement primé, ce biopic interprété par un Jamie Fox hallucinant (il chante lui même !), raconte en détail (mais à la manière hollywoodienne) trente ans de la vie du Genius, l’inventeur de la soul.
Ray
Film de Taylor Hackford, 2005. Biopic sur un mythe.
The Blues Brothers, Film de John Landis, 1980.
The Blues Brothers, premier du nom : le fameux film de John Landis, avec les frères Blues John Belushi et Dan Aycroyd, où l’on peut voir notamment le gratin des survivants de la soul, du blues et du rhythm and blues, parmi lesquels Aretha Franklin (scène d’anthologie dans son restaurant : « Think ! »)
Ray Charles (en patron de pawn shop)
ou James Brown chantant « The Old Landmark » (en révérend endiablé dans l’église de la révélation pour les Blues Brothers : « Can you see the light ? », « What light ? » « The Band, Jake ! The Band ! »)
7. Conclusion
a) À retenir
Le gospel est bien plus qu’un genre musical religieux : c’est la matrice de toute la musique populaire américaine du XXe siècle.
Né dans les plantations sous forme de work songs et de negro spirituals, il s’épanouit dans les églises baptistes et pentecôtistes afro-américaines avant de franchir leurs murs pour conquérir le grand public. Ce mouvement de crossover, incarné par des pionniers comme Ray Charles, Sam Cooke ou Aretha Franklin, donne naissance à la soul, au rhythm and blues, puis irrigue le rock and roll et la pop.
Le doo-wop, les harmonies barbershop, les grands labels comme Atlantic Records : autant d’étapes et d’institutions qui témoignent de la façon dont une musique de foi, portée par des voix afro-américaines, a transformé l’industrie musicale mondiale tout entière, et continue de le faire, de Kirk Franklin à Take Six.
Le gospel reste aujourd’hui vivant et en constante évolution, loin d’être une simple pièce de musée : il résonne chaque dimanche dans les banlieues de Paris comme dans les méga-églises américaines, preuve que la frontière entre le sacré et le profane n’a jamais vraiment cessé de se négocier, note après note.