Travailler avec des publics en situation de handicap suppose de comprendre la diversité des situations rencontrées. Pour guider l’évaluation des besoins, les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) s’appuient sur une classification en neuf grandes familles de handicap, structurée dans le cadre de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances.
1. Déficience visuelle
La déficience visuelle désigne une altération persistante de la fonction visuelle, même après correction optique, évaluée par l’acuité visuelle (AV) et le champ visuel selon la classification de l’Organisation Mondiale de la Santé (CIF : Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé ; CIM-11 : Classification internationale des maladies, 11e révision). Elle se divise en six catégories, de la malvoyance légère (basse vision) à la cécité absolue. Par exemple, la catégorie I correspond à une AV corrigée inférieure à 3/10 mais supérieure ou égale à 1/10, avec un champ visuel d’au moins 20° (malvoyance) ; la catégorie V marque l’absence totale de perception lumineuse (cécité totale). Elle englobe ainsi la malvoyance (AV ≤ 4/10), les troubles neurovisuels et la cécité (AV ≤ 1/20).

Le taux d’incapacité fonctionnelle est exprimé en pourcentage et est fixé par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) selon deux seuils de référence.
Le premier seuil, à 50 %, correspond à une entrave significative dans la vie quotidienne, impliquant un impact notable sur la vie sociale, scolaire, professionnelle et domestique de la personne.
- Le deuxième seuil, à 80 %, indique une atteinte majeure de l’autonomie dans la réalisation des actes essentiels de la vie quotidienne.
Ces seuils permettent de définir trois catégories de taux d’incapacité : inférieur à 50 %, compris entre 50 % et 79 %, et supérieur ou égal à 80 %.
L’évaluation du taux porte principalement sur la capacité à effectuer les actes élémentaires de la vie quotidienne, et ne s’appuie pas uniquement sur la nature médicale de la pathologie à l’origine du handicap. Ainsi, le taux reflète l’impact réel du handicap sur la vie de la personne.
2. Déficience auditive
La surdité, ou déficience auditive, est une perte d’audition bilatérale ou unilatérale affectant la communication et relevant souvent du handicap sensoriel. Elle peut être congénitale, acquise ou associée à d’autres déficiences dans les handicaps rares. L’OMS utilise une classification des degrés de surdité basée sur la perte tonale moyenne (PTM) en décibels (dB), calculée sur les fréquences 500, 1000, 2000 et 4000 Hz, avec une déficience auditive considérée comme incapacitante au-delà de 40 dB dans la meilleure oreille.
On différencie deux types de surdité (la surdité de transmission et la surdité de perception). La presbyacousie est la baisse de l’audition due au vieillissement.
Chez l’enfant, une surdité qui n’est pas détectée très tôt a un impact sur le développement du langage. Chez l’adulte et la personne âgée, la baisse de l’audition conduit peu à peu à l’isolement et à la perte des stimulations essentielles pour préserver les facultés intellectuelles.
Classification BIAP (référence OMS)
La classification audiométrique adoptée par l’OMS repose sur le Bureau International d’Audiophonologie (BIAP) et distingue six catégories principales :
- Audition normale : PTM ≤ 20 dB. Pas d’incidence sociale.
- Déficience légère : PTM 21-40 dB. Difficultés pour les voix basses ou lointaines, mais perception de la parole normale.
- Déficience moyenne : PTM 41-70 dB (1ᵉʳ degré : 41-55 dB ; 2ᵉ degré : 56-70 dB). Compréhension aidée par la lecture labiale ; appareillage recommandé.
- Déficience sévère : PTM 71-90 dB (1ᵉ degré : 71-80 dB ; 2ᵉ degré : 81-90 dB). Perception seulement des sons forts près de l’oreille.
- Déficience profonde : PTM 91-119 dB (1ᵉ : 91-100 dB ; 2ᵉ : 101-110 dB ; 3ᵉ : 111-119 dB). Seuls les bruits très puissants perçus ; pas de parole intelligible.
- Déficience totale (cophose) : PTM ≥ 120 dB. Absence totale de perception sonore.
Cette échelle évalue l’impact sur la communication et guide les prises en charge, avec des sous-niveaux pour une précision clinique.
3. Handicaps moteurs
Les handicaps moteurs correspondent à des déficiences des fonctions motrices, incluant la mobilité, la force musculaire, la coordination, l’équilibre et la précision des mouvements. Ces déficiences résultent de lésions ou dysfonctionnements neurologiques (ex. : paralysie cérébrale, sclérose en plaques, accident vasculaire cérébral), musculaires (ex. : dystrophie musculaire) ou ostéo-articulaires (ex. : arthrose sévère, amputations).
Selon la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’OMS (2001), ils sont classés dans le domaine des troubles de la motricité (codes b7 : fonctions motrices et de l’exercice), subdivisés en :
- Mobilité corporelle (b710-b729) : altérations de la marche, des transferts ou de la posture.
- Force musculaire (b730-b735) : faiblesse ou paralysie partielle/totale (hémiparésie, tétraplégie).
- Coordination et tonus (b760-b779) : tremblements, ataxie ou spasticité.
Ces handicaps limitent les activités physiques quotidiennes (déplacements, préhension, alimentation) et la participation sociale, souvent aggravés par des facteurs environnementaux (barrières architecturales) ou personnels (douleur, fatigue). Ils sont fréquemment associés à d’autres déficiences, comme sensorielles (troubles visuels), cognitives ou psychiques, et touchent environ une personne sur 6 dans le monde selon l’OMS (données 2023). Une prise en charge multidisciplinaire (kinésithérapie, orthèses, aides techniques) vise à optimiser l’autonomie et la qualité de vie.
4. Handicaps cognitifs : troubles neurodéveloppementaux (TND)
Les troubles du neurodéveloppement désignent un ensemble de conditions chroniques qui émergent précocement dans le développement cérébral, altérant les fonctions cognitives, sociales, motrices ou comportementales, et affectant durablement les apprentissages et l’autonomie.
Classifications principales
Selon la Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) de l’OMS et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5), ils englobent les troubles du spectre autistique (TSA), la déficience intellectuelle (DI), le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dyscalculie) et les retards du développement moteur ou langagier. En France, la stratégie nationale pour l’autisme et les troubles du neurodéveloppement (TND, 2018-2022 prolongée) les regroupe sous cette catégorie, reconnus comme handicaps rares via la loi de 2005 quand associés à d’autres déficiences, avec évaluation par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) pour un plan personnalisé de compensation (PPC).
Exemples courants
TSA (troubles du spectre autistique) : déficits en communication sociale, comportements répétitifs, hypersensibilité sensorielle, touchant 1-2 % des enfants.
DI (déficience intellectuelle) : limitations intellectuelles (QI < 70) et adaptatives (autonomie quotidienne), souvent modérée.
TDAH : inattention persistante, impulsivité ou hyperactivité interférant avec l’école et les relations.
Les troubles « dys » désignent des troubles spécifiques des apprentissages, caractérisés par des difficultés isolées dans un domaine cognitif malgré une intelligence normale et un enseignement adapté.
- Dyslexie : trouble persistant de la lecture fluide et précise, avec confusion de lettres (b/d, p/q), lenteur en déchiffrage et erreurs d’orthographe malgré un apprentissage standard.
- Dysorthographie : difficulté spécifique à l’orthographe grammaticale et lexicale, indépendante de la lecture, entraînant des fautes systématiques en dictée.
- Dyscalculie : problèmes dans la compréhension des nombres, calcul mental (tables de multiplication), estimation de quantités ou résolution de problèmes arithmétiques simples.
- Dyspraxie : trouble de la coordination motrice fine et globale, affectant l’écriture manuscrite (lente, illisible), les gestes quotidiens (boutonner, utiliser des couverts) ou l’organisation spatiale.
- Dysphasie : trouble du langage oral, avec retard en expression (vocabulaire pauvre) ou compréhension, sans atteinte sensorielle ni intellectuelle générale.
Évaluation et prise en charge
Un diagnostic multidisciplinaire (pédopsychiatre, psychologue, orthophoniste) repose sur des outils standardisés comme l’Autism Diagnostic Interview-Revised (ADI-R) pour le TSA ou la Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC) pour la DI. Les interventions combinent thérapies comportementales, éducation adaptée via les Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) ou les Instituts médico-éducatifs (IME), et médicaments, visant l’inclusion scolaire et sociale.
Ces troubles, souvent invisibles, affectent 5-10 % des enfants et persistent chez 50 % des adultes sans accompagnement.
5. Handicaps mentaux
Les handicaps mentaux correspondent à des altérations significatives et persistantes des fonctions intellectuelles et adaptatives, survenant avant l’âge adulte, limitant les apprentissages, l’autonomie et la participation sociale.
Les handicaps mentaux et les troubles du neurodéveloppement (TND) se recoupent partiellement, mais diffèrent par leur portée, leur origine et leur classification.
Les handicaps mentaux correspondent spécifiquement à la déficience intellectuelle (DI), définie par un quotient intellectuel (QI) inférieur à 70, des déficits adaptatifs majeurs (conceptuels, sociaux, pratiques) et un début avant 18-22 ans, selon le DSM-5 et la CIM-11.
La DI est un sous-ensemble des TND, mais tous les TND ne sont pas des handicaps mentaux.
Classifications principales
Selon la Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) de l’OMS et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5), ils se définissent par une déficience intellectuelle (DI) avec quotient intellectuel (QI) inférieur à 70 et des déficits adaptatifs dans au moins deux domaines (conceptuel, social, pratique). En France, la loi de 2005 et le décret 2020 les reconnaissent comme handicaps rares lorsqu’associés à d’autres déficiences (motrices, sensorielles), évalués par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) pour un plan personnalisé de compensation (PPC), classés en légère, modérée, sévère ou profonde.
Exemples courants
- DI légère (QI 50-70) : Retards en lecture/écriture, autonomie partielle en vie quotidienne, touchant 85 % des cas.
- DI modérée (QI 35-50) : Difficultés langagières marquées, besoin d’accompagnement pour l’hygiène et les tâches simples.
- DI sévère à profonde (QI < 35) : communication limitée (gestes, signes), dépendance totale pour les soins personnels.
Évaluation et prise en charge
Un diagnostic multidisciplinaire (neuropsychologue, pédopsychiatre, éducateur spécialisé) repose sur des outils comme la Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC) ou la Wechsler Adult Intelligence Scale (WAIS) pour le QI, et des échelles adaptatives (Vineland).
Les interventions combinent éducation spécialisée via Instituts médico-éducatifs (IME) ou Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS), thérapies occupationnelles, orthophonie et accompagnement adulte en Foyer d’accueil médicalisé (FAM) ou Services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH), favorisant l’inclusion et l’emploi adapté.
Ces handicaps affectent 1-2 % de la population et bénéficient d’un suivi à vie pour optimiser la qualité de vie.
6. Handicaps psychiques
Les handicaps psychiques regroupent des troubles psychiques sévères et persistants altérant la perception de la réalité, la régulation émotionnelle et les fonctions cognitives, affectant les activités quotidiennes et la participation sociale.
Classifications principales
Selon la Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) de l’OMS et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5), ils incluent la schizophrénie et les troubles psychotiques (hallucinations, délires), les troubles bipolaires (épisodes maniaques/dépressifs récurrents) et les troubles graves de la personnalité (borderline avec instabilité affective). En France, la loi de 2005 et le décret 2020 les reconnaissent comme handicaps rares lorsqu’associés à d’autres déficiences (motrices, sensorielles), nécessitant un plan personnalisé de compensation (PPC) via la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH).
Exemples courants
- Schizophrénie : idées délirantes (persécution), hallucinations auditives, retrait social, touchant environ 1 % de la population adulte.
- Trouble bipolaire de type I : phases maniaques avec euphorie excessive, irritabilité et comportements à risque, alternant avec dépressions profondes.
- Trouble de la personnalité borderline : impulsivité (automutilations, crises suicidaires), peur de l’abandon et relations instables.
Évaluation et prise en charge
Un diagnostic multidisciplinaire (psychiatre, psychologue clinicien, travailleur social) repose sur des outils comme l’échelle PANSS (Positive and Negative Syndrome Scale) pour la schizophrénie ou le SCID-5 (Structured Clinical Interview for DSM-5).
Les interventions combinent antipsychotiques/psychotropes, thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou dialectiques (DBT pour borderline), et accompagnement médico-social via les Services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH) ou les Foyers d’accueil médicalisé (FAM), favorisant l’autonomie et l’insertion professionnelle. Ces handicaps, souvent stigmatisés, affectent 2-3 % des adultes et nécessitent un suivi à vie pour prévenir les rechutes.
7. Polyhandicap
Les polyhandicaps désignent des déficiences multiples, graves et irréversibles associées à des troubles mentaux profonds, limitant toute communication verbale ou comportementale, et nécessitant une assistance humaine permanente pour les actes essentiels de la vie.
Classifications principales
Selon la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’OMS et la loi du 11 février 2005 en France, le polyhandicap se définit par l’association d’au moins trois déficiences (mentale profonde avec QI < 20-35, motrice sévère comme tétraplégie, sensorielle fréquemment présente), survenant avant trois ans, avec dépendance totale pour l’alimentation, l’hygiène et la mobilité. Classé comme 6ᵉ famille de handicap par le décret 2005-244, il relève de la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) pour un plan personnalisé de compensation (PPC), distinct des handicaps simples par sa pluralité et sa gravité extrême.
Touchant un cas sur 10 000 naissances, ces situations exigent un suivi à vie en structures hautement spécialisées pour prévenir les complications (escarres, infections).
8. Santé invalidante
Les handicaps liés à la santé invalidante regroupent des maladies chroniques ou évolutives graves qui entraînent une limitation significative de la participation sociale et professionnelle, sans entrer dans les autres familles de handicap définies par la loi de 2005.
Classifications principales
Selon la loi du 11 février 2005 en France et le décret 2005-244, cette 8ᵉ famille concerne des pathologies de longue durée (affections de longue durée – ALD reconnues par la Sécurité sociale) comme la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, l’insuffisance rénale chronique ou l’épilepsie sévère, évaluées par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) via un taux d’incapacité ≥ 50 %. La Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) de l’OMS les classe comme troubles chroniques invalidants quand ils altèrent durablement les fonctions corporelles et les activités quotidiennes, nécessitant un plan personnalisé de compensation (PPC).
Ces situations touchent 10-15 % des demandes MDPH et exigent un suivi adaptatif face à l’évolution des symptômes.
9. Handicaps rares
Les handicaps rares désignent une configuration rare de déficiences ou troubles associés, d’une prévalence ne dépassant pas 1 cas pour 10 000 habitants, résultant de combinaisons complexes de déficits sensoriels, moteurs, cognitifs ou psychiques, rendant le diagnostic, l’évaluation et la prise en charge particulièrement difficiles en raison de la rareté des expertises requises.
Classifications principales
Selon l’arrêté du 2 août 2000, intégré à l’article D. 312-194 du Code de l’action sociale et des familles en 2005, et complété par le conseil scientifique de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) en 2008, ils se déclinent selon les 5 catégories suivantes :
- Déficience auditive grave + déficience visuelle grave (ex. : surdité profonde avec malvoyance sévère).
- Déficience visuelle grave + autres déficiences graves (ex. : cécité + trouble du spectre autistique sévère).
- Déficience auditive grave + autres déficiences graves (ex. : surdité + déficience intellectuelle).
- Dysphasie grave (trouble neurodéveloppemental du langage oral sévère), associée ou non à une autre déficience.
- Déficience grave + affection chronique grave ou évolutive (ex. : épilepsie sévère, affection mitochondriale, trouble métabolique ou évolutif du système nerveux).
