Transition écologique · Transition économique

En réponse à l’urgence écologique, le secteur culturel doit repenser en profondeur ses modes de production et de diffusion. Cette étude montre que la coopération, bien plus qu’un idéal, constitue le levier concret d’une transition écologique et économique durable pour les structures culturelles.

Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :

Contexte et genèse de l’étude

Cette étude est née de la rencontre entre ARVIVA – Arts vivants, Arts durables et l’Institut européen de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (IE-EFC), avec le soutien de la Fondation Crédit Coopératif. Elle s’inscrit dans un contexte d’accélération des prises de conscience écologiques dans le secteur culturel, notamment depuis la crise du COVID-19 et l’aggravation visible des dérèglements climatiques.

ARVIVA, fondée en 2020, rassemble en 2023 plus de 375 membres (producteurs, techniciens, festivals, lieux de diffusion…). Ses travaux internes sur la mutualisation dans le spectacle vivant ont mis en évidence la nécessité d’aller au-delà de la logique de partage de ressources pour penser des dynamiques de coopération plus larges. L’IE-EFC, soutenu par l’ADEME, apporte un cadre conceptuel rigoureux – l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) – issu de recherches-interventions dans de nombreuses organisations.

L’originalité de cette approche est triple : elle mobilise une définition exigeante de la coopération ancrée dans le travail réel ; elle vise à soutenir les trajectoires singulières de transition des structures culturelles ; et elle part de l’échelle des structures pour ensuite penser des modes de coopération à l’échelle territoriale.

Cadre conceptuel : trois notions clés

Transition écologique

Elle ne se réduit pas à une démarche de sobriété (réduction de l’empreinte carbone, de la consommation de ressources matérielles). Elle implique simultanément la création de nouvelles formes de valeur, moins dépendantes des flux matière-énergie, fondées sur des ressources immatérielles – compétences, confiance, engagement, pertinence – et sur une prise en charge élargie des besoins culturels et sociaux des territoires.

Coopération

La coopération n’est pas un idéal moral mais un mode d’organisation du travail réel. Elle se construit en situation, parce qu’elle est la manière la plus efficace de réaliser un projet commun face à la complexité. Elle se décline à deux niveaux : la coopération interne (entre collaborateurs au sein d’une structure) et la coopération transverse (entre la structure et ses partenaires territoriaux). Elle repose sur trois ingrédients : un objet de travail commun, des compétences complémentaires reconnues, et une coresponsabilité dans la conduite de l’action.

Modèle économique

Le modèle économique est envisagé dans toute sa profondeur, bien au-delà de la seule dimension financière. Il comporte quatre dimensions (réelle, monétaire, institutionnelle, culturelle) et six registres descriptifs opérationnels qui permettent d’analyser et de faire évoluer une organisation.

RegistreCe qu’il désigne
Proposition de valeurNature de la production, effets utiles visés pour les bénéficiaires
Mobilisation des ressourcesUsage des ressources matérielles et immatérielles
Organisation du travailRépartition des rôles, méthodes, coordination interne/externe
ContractualisationRègles contractuelles, engagements réciproques, flux financiers
Accumulation / répartitionDistribution de la valeur monétaire entre acteurs
Gouvernance et évaluationPilotage stratégique, évaluation des effets produits

Enquête de terrain : quatre structures, quatre trajectoires

L’enquête a été menée dans quatre structures sélectionnées pour leur engagement dans la transition écologique, leur ancrage territorial diversifié et leur implication dans des réseaux de pairs.

StructureTerritoireNatureRéseau associé
SlowfestBordeaux / BèglesAssociation — diffusion sobre (vélo, solaire)ARMODO
ArtStockOccitanie / Île-de-FranceRessourcerie de décors du spectacle vivantRESSAC
La CoursiveDijon (QPV Grésilles)Tiers-lieu culturel et coopératifNous sommes ressources
Festival d’Aix-en-ProvenceProvenceGrand festival lyrique internationalCOFEES / Collectif 17h25

Enseignements transversaux

Aucune structure n’a suivi un plan préétabli : toutes ont développé leurs trajectoires de façon itérative, en réponse aux contraintes et opportunités du réel. Deux dynamiques récurrentes ont été identifiées :

  • L’élargissement progressif du cercle des acteurs impliqués, jusqu’à former un écosystème coopératif territorial.
  • L’enrichissement de la proposition de valeur, qui s’étend au-delà de la production artistique pour intégrer sensibilisation, formation, insertion, lien social ou animation territoriale.

La coopération émerge toujours d’abord informellement dans l’action concrète, avant d’être institutionnalisée. Elle nécessite des espaces dédiés (groupes de travail inter-métiers, temps de réflexivité) et des investissements immatériels spécifiques. Elle impose également de repenser les modes de contractualisation avec les partenaires, notamment pour partager le coût humain et financier de la transition.

Démarche méthodologique proposée : trois phases

Sur la base des enseignements de terrain, l’étude propose une méthodologie structurée en trois phases progressives, à adapter au contexte singulier de chaque structure. Elle ne constitue pas un guide de bonnes pratiques mais un référentiel d’action évolutif, à enrichir par l’expérimentation.

PhaseObjectifOutils clés
1. Stratégie coopérativeCartographier les enjeux, les acteurs et les ressources mobilisables pour définir une stratégie ancrée dans le réelCartographie des leviers, des acteurs et des relations existantes
2. Travail d’enquêteNourrir la stratégie par la réalité du travail : documenter, identifier les aspirations, qualifier les ressources immatériellesEntretiens, grille d’analyse EFC, analyse croisée collective
3. ConsolidationFaire évoluer le cadre formel de la structure : organisation, contractualisation, gouvernance, financement, évaluationGroupes de travail de direction, expérimentations, processus apprenant

Cette démarche requiert des accompagnateurs formés à l’EFC, capables de jouer un rôle de tiers et de faire émerger la parole sur le travail réel. Elle s’adresse prioritairement à des structures déjà engagées dans une dynamique de transition.

Enjeux et conditions de pérennité

L’étude identifie plusieurs conditions nécessaires à la durabilité des trajectoires de transition :

  • Développer une évaluation dialogique allant au-delà des seuls indicateurs quantitatifs d’impact environnemental, pour capter les effets utiles réels (liens créés, compétences développées, dynamiques territoriales enclenchées).
  • Accompagner les évolutions professionnelles profondes induites par la transition, en valorisant les métiers administratifs et techniques souvent invisibles, et en soutenant l’émergence de nouvelles compétences.
  • Faire évoluer les modes de contractualisation avec les partenaires (financeurs, structures du secteur événementiel, mécènes) pour partager les investissements immatériels et sécuriser les trajectoires sur le moyen terme.
  • Construire des groupes de pairs inter-structures pour soutenir les directions engagées et prévenir l’épuisement individuel.

La transition écologique dans le secteur culturel repose, au fond, sur un changement de paradigme économique : passer d’un modèle industriel fondé sur le volume à un modèle serviciel et territorial, fondé sur la qualité des relations et la coopération. Ce changement est complexe, de long terme, et ne peut se décréter — il se construit collectivement, à partir du réel.