Le Syndeac, principal syndicat d’employeurs du spectacle vivant public, publie en 2023 une feuille de route pour engager la mutation écologique de son secteur. Face à une empreinte carbone dominée à 75 % par les transports, il formule 11 engagements syndicaux et 7 propositions aux pouvoirs publics pour transformer en profondeur les modèles de création, de diffusion et de mobilité.
Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :
Présentation du document
Ce livret, publié en mars 2023 par le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), est le fruit d’un travail collectif engagé depuis 2021. À l’issue de son Assemblée générale 2021, le Bureau du Syndeac a érigé la mutation écologique en priorité de son mandat 2021-2023. Un groupe de travail ad hoc a été constitué en janvier 2022. Le document a été débattu lors de l’AG 2022, relu et amendé par les groupes syndicaux et les associations de labels (ASN, ACDN, ACCN, ACDCN). Il s’inscrit dans la perspective des concertations ouvertes avec le ministère de la Culture sur sa « feuille de route » en matière de transition écologique, et vise à fournir un mandat clair aux porte-paroles du Syndeac.
Le Syndeac préfère le terme de mutation écologique à celui de transition, car une mutation implique un changement radical de système, et non une simple évolution à l’intérieur d’un cadre inchangé. L’objectif affiché est de rendre le secteur culturel évidemment écologique, tout en veillant à ne pas aggraver les inégalités sociales et économiques.
Diagnostic : l’empreinte carbone du spectacle vivant
Les études sectorielles convergent : les transports (publics, artistes, décors) représentent environ 75 % des émissions de CO2 du spectacle vivant. Parmi ces émissions, la mobilité des publics pèse à elle seule 66 %, principalement parce que la grande majorité des spectateurs se déplacent en voiture individuelle thermique. Le numérique est également en cause : selon le rapport ADEME-ARCEP de 2022, le secteur numérique représente 3,6 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit près du double du transport aérien. Le matériel représente 50 % des émissions numériques à lui seul.
Trois axes prioritaires
Le Syndeac structure son analyse autour de trois grands thèmes, qui sont aussi les trois leviers d’action identifiés :
- Les mobilités des publics et des artistes : l’absence d’offre de transports en commun adaptée aux horaires culturels, l’implantation des salles hors des centres-villes, et les habitudes des spectateurs se combinent pour produire une empreinte carbone considérable.
- La production et la diffusion des spectacles : la logique du « toujours plus » génère surproduction, concurrence entre structures et tournées incohérentes. Les évaluations des pouvoirs publics, fondées sur des critères quantitatifs (nombre de créations, remplissage des salles), entretiennent cette spirale.
- Le numérique : loin d’être une solution miracle, le recours intensif au streaming HD ou aux plateformes aggrave le bilan carbone. Le Syndeac plaide pour un usage raisonné du numérique, centré sur les besoins réels et non sur la démonstration technologique.
Les deux clés de la mutation
Pour que les actions engagées sur ces trois axes produisent des effets, deux conditions transversales s’imposent comme des prérequis incontournables.
La première est le changement des imaginaires collectifs. Les artistes et les structures culturelles doivent non seulement réduire leur empreinte écologique, mais aussi contribuer à construire de nouveaux récits désirables sur la façon dont notre société peut vivre autrement. Cela suppose d’abandonner la norme du « toujours plus » — plus de créations, plus de tournées, plus de concurrence — pour valoriser le temps de présence artistique sur le territoire, la qualité des séries et la coopération entre lieux.
La seconde clé est l’accompagnement par les pouvoirs publics. Sans soutien de l’État et des collectivités territoriales, les professionnels de la culture ne peuvent aller au-delà des gestes quotidiens. Le Syndeac attend notamment une réforme des critères d’évaluation des structures, une planification écologique coordonnée entre ministères, et un financement dédié à la mutation du secteur.
Les 11 engagements syndicaux du Syndeac
Le Syndeac prend des engagements concrets à destination de ses adhérents (lieux de diffusion et équipes artistiques). Ces engagements couvrent les trois axes identifiés et se déclinent comme suit :
| N° | Intitulé | Acteurs concernés |
| 1 | Fin des clauses d’exclusivité territoriale | Les lieux |
| 2 | Développement de pratiques d’inclusivité territoriale | Lieux + équipes artistiques |
| 3 | Engagement des labels nationaux : apports en coproduction à seuil plancher | Les lieux |
| 4 | Transparence des programmations à l’échelle régionale (N-2) | Les lieux |
| 5 | Diffusion des dates de tournées dans brochures et sur le web | Les lieux |
| 6 | Généraliser le train pour voyages < 5h, réduire les déplacements | Lieux + équipes artistiques |
| 7 | Grande étude sur l’accès des publics aux structures | Lieux + équipes artistiques |
| 8 | Former 100 % des adhérents à la mutation écologique d’ici 2024 | Lieux + équipes artistiques |
| 9 | Usage raisonné du numérique : limiter le streaming HD | Lieux + équipes artistiques |
| 10 | Réflexion sur les conséquences sociales de la mutation écologique | Lieux + équipes artistiques |
| 11 | Groupe de travail sur « Le futur désirable du spectacle vivant en 2050 » | Lieux + équipes artistiques |
Parmi ces engagements, certains sont particulièrement structurants. La fin des clauses d’exclusivité territoriale (engagement 1) vise à faciliter le montage de tournées coopératives et à réduire les déplacements inutiles. La transparence des programmations à N-2 (engagement 4) entend substituer la coopération à la concurrence entre lieux. L’obligation de prendre le train pour tout trajet inférieur à cinq heures (engagement 6) est un signal fort adressé à l’ensemble du secteur. Enfin, la formation de 100 % des adhérents d’ici 2024 (engagement 8) vise à faire de la mutation écologique une culture d’entreprise partagée.
Les 7 propositions aux pouvoirs publics
Le Syndeac adresse également sept propositions concrètes à l’État et aux collectivités territoriales, reconnaissant que la mutation écologique du secteur ne peut se réaliser sans leur engagement actif :
| N° | Proposition | Destinataire |
| 1 | Élaborer un Schéma Local Culturel des Transports Publics par département | État / Préfets / DRAC |
| 2 | Établir un référentiel carbone et publier un bilan annuel de la mutation | Ministère de la Culture |
| 3 | Réformer l’évaluation des structures vers des critères qualitatifs | État / DRAC / Collectivités |
| 4 | Engager un chantier sur la valorisation du travail artistique | Pouvoirs publics |
| 5 | Créer un comité interministériel de la culture (Culture, Écologie, Transports) | État |
| 6 | Instaurer une éco-participation de 0,50 € par billet de spectacle et de cinéma | Pouvoirs publics |
| 7 | Dénoncer le projet Métavers, contraire aux objectifs de sobriété numérique | Gouvernement |
Parmi ces propositions, l’éco-participation de 0,50 € par billet mérite une attention particulière : appliquée à l’ensemble du secteur culturel (soit environ 250 millions de billets selon les Chiffres clés 2021 du ministère de la Culture), elle générerait environ 125 millions d’euros dédiés au financement de la mutation écologique. Le Syndeac souligne également que le budget alloué par le ministère de la Culture à la « transition écologique » ne représente que 56 millions d’euros sur un budget global de 4,2 milliards, soit 1,33 % — un niveau jugé largement insuffisant au regard des enjeux.
Conclusion
Ce document constitue bien plus qu’une liste d’engagements : il affirme une vision politique du secteur culturel, refusant l’approche malthusienne (moins de créations, moins de travail) pour défendre un modèle durable où mieux vaut davantage que plus. La mutation sera collective ou ne sera pas. Elle requiert une triple coordination : au niveau individuel de chaque structure, au niveau sectoriel via le syndicat, et au niveau politique en impliquant l’État et les collectivités comme catalyseurs. Le Syndeac entend se doter d’un groupe de travail prospectif permanent sur « le futur désirable du spectacle vivant en 2050 » pour continuer à penser cette transformation sur le long terme.