Un guide pratique pour les musicien·nes

Face à l’impact environnemental grandissant du numérique, ce guide pratique STOMP (2023) explore les enjeux, bonnes pratiques et alternatives à destination des musicien·nes et de leur écosystème professionnel, pour une stratégie numérique responsable.

Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :

1. Contexte et enjeux : le numérique, un angle mort de la transition musicale

Le secteur musical a largement entamé sa transition écologique du côté du spectacle vivant, mais l’impact environnemental de ses activités numériques reste quasi inexploré. Or le numérique représente 3,5 % des émissions mondiales de GES, avec une consommation électrique qui croît de 5 % par an. Les équipements électroniques constituent la principale source de pollution : 79 % de l’empreinte carbone numérique française provient des terminaux (ordinateurs, smartphones, tablettes), contre 16 % pour les datacenters et seulement 5 % pour les réseaux. Le recyclage reste très faible (17,4 % des déchets collectés en 2019) tandis que les besoins en métaux rares s’intensifient, menaçant les ressources naturelles à l’échelle planétaire.

En l’absence d’action, l’empreinte carbone du numérique pourrait augmenter de 187 % d’ici 2050 selon l’ADEME. Pourtant, les professionnel·les du secteur musical affichent un intérêt décroissant depuis la crise climatique (noté 4/5 en moyenne) jusqu’aux enjeux numériques spécifiques du secteur (noté bien en-deçà de 3/5). Ce désintérêt s’explique par l’immatérialité perçue des activités numériques — un leurre qualifié de « piège rhétorique » —, par l’absence de données disponibles et par la quasi-inexistence d’initiatives professionnelles collectives sur ce versant.

IndicateurValeurSource
Part du numérique dans les GES mondiaux3,5 %ARCEP / ADEME 2022
Hausse prévue de la conso. électrique du numérique+5 % par anADEME
Empreinte carbone du numérique en France (2020)2/3 : fabrication terminauxADEME-ARCEP
Répartition empreinte : nos appareils79 %ADEME 2020
Répartition empreinte : datacenters16 %ADEME 2020
Répartition empreinte : réseaux5 %ADEME 2020
Part du streaming dans les revenus musique enregistrée67 % (17,5 Mds $)IFPI Global Music Report 2023
Revenus mondiaux musique enregistrée (2022)26,2 milliards $IFPI 2023
Fausses écoutes estimées en France1 à 3 % des écoutesCNM 2023
Déchets électroniques produits en France/an20 millions de tonnesADEME-ARCEP 2022
Sources principales : ADEME-ARCEP 2022, IFPI Global Music Report 2023, CNM 2023.

2. Le streaming et les nouvelles technologies : entre opacité et effets rebond

Le streaming concentre 67 % des revenus mondiaux de la musique enregistrée (17,5 milliards de dollars en 2022), mais son bilan environnemental reste totalement opaque. Spotify attribue 98,9 % de son empreinte carbone au Scope 3 (émissions hors de son contrôle direct), et les rares données publiées par les plateformes sont fragmentaires, invérifiables et non normalisées. Le chercheur Vincent Lostanlen (CNRS/LS2N) résume la situation : la comptabilité écologique de la musique numérique « reste à inventer ». L’initiative sectorielle DIMPACT, regroupant Google, Netflix, Spotify et d’autres géants, prône une amélioration de l’efficacité énergétique sans questionner le modèle de croissance des usages — une approche insuffisante selon plusieurs expert·es.

Les nouvelles technologies (IA générative, métaverse, NFT, blockchain) suscitent un intérêt mitigé des professionnel·les interrogé·es. Leur impact environnemental est sous-estimé : 5 à 50 requêtes sur ChatGPT consomment en moyenne un demi-litre d’eau ; les processeurs de minage Bitcoin consomment environ 91 TWh par an, soit la consommation totale de la Finlande. Le risque d’effet rebond est systématique : toute amélioration d’efficacité entraîne une multiplication des usages, sans réduction nette des émissions. Ce phénomène, décrit par François Ribac et corroboré par l’histoire des technologies, vaut aussi bien pour la 5G, l’IA que pour les vinyles biodégradables.

3. Portrait du secteur et rôle des artistes

L’enquête menée auprès d’une soixantaine d’artistes et d’une trentaine de professionnel·les européen·nes révèle un écosystème musical « dépolitisé » sur les questions du numérique. Les artistes utilisent majoritairement les outils standards (Spotify, YouTube, Instagram, Facebook, réseaux de distributions classiques) par nécessité commerciale et manque d’alternatives connues. 94 % des répondants sont présents sur Facebook, 85 % sur Instagram, 79 % sur YouTube et TikTok ; 85 % diffusent sur YouTube Music, 79 % sur Spotify.

La question du rôle des artistes dans cette transition est centrale mais délicate. L’ensemble des professionnel·les consulté·es s’accorde sur le fait qu’il n’est pas légitime de faire reposer sur les artistes une responsabilité qui incombe d’abord à l’industrie numérique. Les artistes sont déjà précarisé·es par les modèles de rémunération en ligne, exposé·es aux critiques médiatiques dès qu’ils s’expriment sur ces sujets, et dépendent structurellement des plateformes pour leur visibilité. Leur pouvoir d’influence existe, mais doit s’exercer dans le cadre d’une transformation systémique portée par l’ensemble de la filière.

4. Actions identifiées : une boîte à outils classée par ordre de facilité

La partie pratique du guide recense des alternatives numériques concrètes, organisées par facilité d’adoption. Le principe directeur est la sobriété numérique : réduire la consommation d’énergie, prolonger la durée de vie des équipements, protéger les données personnelles et favoriser les logiciels libres plutôt que les solutions GAFAM. Ces actions visent simultanément la réduction d’impact environnemental, la protection de la vie privée, la sécurité et une meilleure justice sociale numérique.

UsageAlternative sobre recommandée
NavigateurFirefox / LibreWolf (+ extensions uBlock Origin, HTTPS Everywhere)
Moteur de rechercheDuckDuckGo, Qwant, Startpage, Zaclys
MailProtonMail, Tutanota, services Chatons (Framasoft)
MessagerieSignal, Matrix/Element
Réseaux sociauxMastodon (Twitter), Pixelfeed (Instagram), PeerTube (YouTube), Funkwhale (streaming)
Stockage / partageNextcloud, services Chatons, l’Autre Net, Ouvaton
Système d’exploitationGNU/Linux (Ubuntu Studio, Librazik pour musicien·nes)
DAW / logiciels musicauxArdour, LMMS, Hydrogen (libres, multi-plateformes)

Pour les musicien·nes, GNU/Linux propose deux distributions spécialisées (Ubuntu Studio, Librazik) préinstallées avec des logiciels de création audio libres (Ardour, LMMS, Hydrogen). Ces systèmes fonctionnent sur du matériel ancien, allongeant ainsi la durée de vie des appareils — premier levier d’action selon l’étude ADEME-ARCEP. Le collectif des Chatons (Framasoft) permet de trouver des hébergeurs alternatifs pour l’ensemble des besoins numériques courants. Des associations comme l’Autre Net, Nubo, Ouvaton ou Zaclys proposent des services équivalents à Google Drive ou Microsoft Teams, sans collecte de données.

5. Préconisations et feuille de route

ÉchelleActions prioritaires
SectorielleConcertation, transparence des DSP, score de notation des services numériques, mutualisation du stockage des masters
Entourage professionnelFormation, sensibilisation, veille, intégration dans les stratégies d’artistes
Musicien·nesMatériel reconditionné, allongement durée de vie, promotion du téléchargement, sobriété numérique

Trois exigences transversales structurent les préconisations : la mesure transparente des impacts (sans laquelle aucune décision démocratique ne peut s’appuyer), l’optimisation et la transformation des usages et systèmes (sobriété, éco-conception radicale, logiciels libres), et une montée en compétence généralisée de toutes les parties prenantes. Ces axes s’inscrivent dans les recommandations de GreenIT, Négaoctet, de l’INR (charte du numérique responsable) et du Shift Project.

6. Prospective : vers un numérique convivial et soutenable

Le guide plaide pour un changement de paradigme collectif, loin de la seule optimisation technique. Plusieurs initiatives low-tech existent déjà : le festival Sarcus (limites de capacité, alimentation locale, interdiction des téléphones), Diggers Factory (vinyles pressés on demand en matériaux recyclables), Resonate.coop (plateforme coopérative alternative à Spotify). Des artistes comme BLOND:ISH ou Billie Eilish montrent qu’une stratégie numérique engagée peut combiner construction d’univers artistique, mobilisation climatique des fans et diversification des revenus hors tournées — un modèle pertinent dans un contexte de contraintes écologiques croissantes.

La conclusion du guide est sans ambiguïté : ni les solutions individuelles ni la transformation cosmétique des géants du numérique ne suffiront. La seule voie efficace est collective — par la collaboration entre artistes, collectifs, acteurs d’un numérique sobre et éthique — pour reprendre le contrôle des outils de création et de diffusion, et co-construire un secteur musical numérique réellement soutenable.