Auteur/autrice : emma@conservatoireaugmente.com

  • Le métier de scripte ou conseillère/conseiller musical pour captations de concert 

    Un script ou une conseillère/un conseiller musical pour captations de concert est une personne qui joue un rôle clé dans la réalisation et le développement de productions audiovisuelles musicales de qualité. Ce terme est utilisé dans le monde de la production audiovisuelle musicale pour désigner celles et ceux qui assument la direction artistique et technique des captations de concerts. 

    Quotidien 

    Le quotidien d’une conseillère ou d’un conseiller musical est principalement centré sur la préparation, la réalisation et la post-production des captations de concerts. Une grande partie du temps de travail est consacrée à l’étude des partitions, à la collaboration avec les réalisateurs et réalisatrices, à l’élaboration de scripts détaillés, à la direction en temps réel pendant les captations, ainsi qu’à la participation au montage. Les conseillères et conseillers musicaux assistent aussi aux répétitions et collaborent étroitement avec les équipes techniques et de production. 

    Types d’employeurs 

    Les conseillères et conseillers musicaux peuvent travailler pour : 

    • des chaînes de télévision (publiques ou privées) ; 
    • des sociétés de production audiovisuelle ; 
    • des plateformes de streaming musical ; 
    • des orchestres et ensembles musicaux (pour leurs productions internes) ; 
    • des festivals de musique. 

    Types de contrats 

    Les conseillères et conseillers musicaux peuvent occuper différents types de contrats : 

     Permanents 

    • statut : contrat à durée indéterminée, 
    • employeur : chaînes de télévision, sociétés de production ; 

    Freelance 

    • statut : intermittent du spectacle ou auto-entrepreneur, 
    • employeur : divers clients pour des projets spécifiques. 

    La majorité exerce en tant que freelance, alternant entre différents projets et structures. 

    Compétences requises 

    Les conseillères et conseillers musicaux doivent avoir une connaissance approfondie de la musique, de la lecture de partitions et des techniques de production audiovisuelle. D’excellentes compétences en communication, en gestion du stress et en travail d’équipe sont essentielles. Une formation musicale solide (souvent un diplôme supérieur en musique) est généralement requise, ainsi qu’une expérience significative dans la production audiovisuelle. La maîtrise des différents genres musicaux et des pratiques de concert constitue un atout important. 

    Défis du métier 

    C’est un métier exigeant, avec des horaires irréguliers et une forte pression liée aux contraintes du direct ou du quasi-direct. La nécessité de s’adapter rapidement aux imprévus, de concilier les visions artistiques des musiciens et des réalisateurs ou réalisatrices, et de maintenir une qualité constante dans des conditions parfois difficiles peut générer beaucoup de tension. L’évolution rapide des technologies de captation et de diffusion demande une mise à jour permanente des compétences et une formation continue. 

    Conclusion 

    Le métier de conseillère et conseiller musical est à la fois artistiquement stimulant et techniquement complexe. Il combine une expertise musicale approfondie avec des compétences en production audiovisuelle, tout en exigeant une grande réactivité et une capacité d’adaptation face aux défis spécifiques des captations de concerts en direct ou en différé. 

  • Le métier de directrice ou directeur artistique de label (DA) 

    Une directrice ou un directeur artistique de label est responsable de la vision créative et de la stratégie artistique d’une maison de disques. Leur rôle est de découvrir, développer et promouvoir des artistes, tout en supervisant la production et la commercialisation des projets musicaux. 

    Quotidien 

    Le quotidien des directrices et directeurs artistiques est rythmé par : 

    • des sessions en studio, 
    • des rencontres et échanges avec des artistes, 
    • des collaborations avec les équipes de l’industrie musicale. 

    Une grande partie du temps est consacrée à l’évaluation de nouveaux talents, à la planification de sorties d’albums, à la supervision de productions musicales et au travail conjoint avec les équipes marketing et promotion. 
    Les DA participent également à la négociation de contrats, assistent régulièrement à des concerts et suivent de près les tendances de l’industrie musicale. 

    Types d’employeurs et d’employeuses 

    Les directrices et directeurs artistiques de label peuvent travailler pour : 

    • des majors de l’industrie du disque (Universal Music, Sony Music, Warner Music), 
    • des labels indépendants, 
    • des labels de niche spécialisés dans certains genres, 
    • des labels créés par des artistes, 
    • des sociétés de production musicale, 
    • des plateformes de streaming développant leurs propres contenus. 

    Types de contrats 

    Le statut varie selon les structures : 

    Directrices et directeurs artistiques en major 

    • statut : généralement salariés en CDI 
    • employeur : grandes maisons de disques 
    • exemples : directrice artistique chez Universal Music France, directeur artistique chez Sony Music Entertainment 

    Directrices et directeurs artistiques en label indépendant 

    • statut : variable (CDI, associé ou associée, propriétaire) 
    • employeurs : labels indépendants 
    • exemples : directrice artistique d’un label de jazz, directeur artistique fondateur d’un label indie rock 

    Directrices et directeurs artistiques freelances ou consultants 

    • statut : travailleurs et travailleuses indépendants 
    • employeurs : labels divers pour des projets spécifiques ou du conseil 

    Directrices et directeurs artistiques d’artistes-labels 

    • statut : salarié/salariée ou associé/associée 
    • employeurs : labels créés et gérés par des artistes eux-mêmes 

    La plupart des directrices et directeurs artistiques occupent des postes permanents (souvent en CDI) dans les majors. Dans les petites structures ou les labels émergents, ils et elles peuvent être associés ou propriétaires du label. 

    Compétences requises 

    Les directrices et directeurs artistiques doivent combiner : 

    • une excellente connaissance de l’industrie musicale, 
    • une sensibilité artistique affirmée, 
    • un bon sens des affaires, 
    • la capacité à identifier de nouveaux talents et les tendances émergentes, 
    • des compétences en gestion de projet, négociation et marketing, 
    • une compréhension des aspects juridiques de l’industrie musicale, 
    • une aptitude à entretenir un réseau professionnel solide. 

    Représentation des genres 

    Comme pour beaucoup de postes de direction dans l’industrie musicale, la fonction reste encore très masculine. 

    Situation actuelle 

    • La représentation des femmes dans les postes de direction artistique progresse, mais demeure inégale. 
    • Moins de deux labels sur dix sont créés par des femmes. 
    • Dans les majors, les postes les plus élevés restent majoritairement occupés par des hommes. 

    Initiatives pour le changement 

    • Des organisations telles que Women in Music et Keychange promeuvent l’égalité des genres dans l’industrie musicale, y compris dans les postes de direction. 
    • Certains labels mettent en place des politiques de diversité pour favoriser une meilleure représentativité dans leurs équipes. 

    Défis du métier 

    Le métier de directrice ou directeur artistique de label est très concurrentiel et exigeant : 

    • pression constante pour découvrir le « prochain grand artiste » et produire des succès commerciaux, 
    • horaires irréguliers, souvent marqués par des concerts et événements en soirée ou le week-end, 
    • nécessité d’adapter en permanence les stratégies à l’évolution rapide du marché (impact du streaming, rôle des réseaux sociaux), 
    • gestion des attentes, parfois complexes, des artistes et de leur entourage. 

    En résumé 

    Être directrice ou directeur artistique de label est une fonction à la fois stimulante et exigeante. Elle demande un équilibre entre sensibilité artistique et compétences en gestion et en stratégie. C’est un métier au cœur des mutations de l’industrie musicale, qui requiert une grande adaptabilité et une solide vision pour accompagner les artistes et leurs projets. 

  • Le métier d’ingénieure ou ingénieur du son 

    Une ingénieure ou un ingénieur du son est une professionnelle ou un professionnel dont l’expertise est l’enregistrement, le mixage et la production sonore. Les applications sont diverses : musique, cinéma, télévision, radio ou spectacle vivant. 

    Quotidien 

    Le quotidien des ingénieures et ingénieurs du son varie selon leur domaine de spécialisation, mais il est généralement rythmé par : 

    • des sessions d’enregistrement, de mixage ou de sonorisation, 
    • la préparation technique des séances, 
    • l’écoute et l’ajustement des sons, 
    • la collaboration avec des artistes, des réalisateurs et réalisatrices, des productrices et producteurs. 

    Ils et elles passent aussi du temps à entretenir et configurer le matériel audio, à expérimenter de nouvelles technologies sonores et à gérer les aspects administratifs liés à leurs projets. 

    Types d’employeurs et d’employeuses 

    Les ingénieures et ingénieurs du son peuvent travailler pour : 

    • des studios d’enregistrement, 
    • des sociétés de production audiovisuelle, 
    • des chaînes de télévision et stations de radio, 
    • des salles de concert et théâtres, 
    • des sociétés de post-production sonore, 
    • des fabricants d’équipement audio, 
    • ou exercer en freelance, en indépendant ou indépendante, pour divers projets. 

    Types de contrats 

    Les statuts varient selon l’activité : 

    Ingénieures et ingénieurs du son en studio 

    • statut : généralement salariés en CDI ou CDD 
    • employeurs : studios d’enregistrement, sociétés de production 
    • exemples : ingénieur du son chez Universal Music, ingénieur de post-production chez Audi’Art 

    Ingénieures et ingénieurs du son pour le spectacle vivant 

    • statut : souvent intermittents du spectacle 
    • employeurs : salles de concert, compagnies de théâtre, tourneurs 
    • exemples : ingénieure façade pour un festival, ingénieur retours pour la tournée d’un artiste 

    Ingénieures et ingénieurs du son freelances 

    • statut : travailleurs indépendants 
    • employeurs : clients variés, projets ponctuels 

    Ingénieures et ingénieurs du son pour la radiodiffusion et télédiffusion 

    • statut : souvent salariés en CDI 
    • employeurs : chaînes de télévision, radios 
    • exemples : ingénieur du son à France Télévisions, technicienne du son à Radio France 

    Beaucoup d’ingénieures et ingénieurs du son exercent comme freelances ou intermittents, alternant entre divers projets et employeurs. D’autres occupent des postes permanents dans des studios, sociétés de production ou médias. 

    Compétences requises 

    Les ingénieures et ingénieurs du son doivent posséder : 

    • une solide formation technique en acoustique, électronique et informatique appliquée à l’audio, 
    • la maîtrise des principaux logiciels de traitement audio (Pro Tools, Pyramix, Logic Pro, Ableton Live, etc.), 
    • une bonne oreille musicale et une sensibilité artistique, 
    • la connaissance et la manipulation d’une large gamme d’équipements audio, 
    • des compétences en communication et en gestion de projet pour collaborer efficacement avec artistes et équipes techniques. 

    Représentation des genres 

    Historiquement, le métier a été très masculin, en particulier dans l’industrie musicale et les métiers techniques. 

    Situation actuelle 

    • Dans certains secteurs, comme la post-production ou la radio, la proportion de femmes ingénieures du son est en augmentation. 
    • Dans d’autres domaines (concerts, enregistrement studio), elles restent encore sous-représentées. 

    Initiatives pour le changement 

    • Des organisations telles que SoundGirls ou Women’s Audio Mission travaillent à promouvoir et soutenir les femmes dans l’industrie audio. 
    • Certaines écoles et formations développent des initiatives pour favoriser davantage de diversité. 

    Défis du métier 

    Le métier d’ingénieure ou ingénieur du son comporte plusieurs contraintes : 

    • horaires irréguliers et longues journées, surtout dans le spectacle vivant, 
    • nécessité de formation continue face à l’évolution rapide des technologies, 
    • forte concurrence, notamment dans l’industrie musicale, 
    • gestion du stress lié aux délais serrés et aux attentes élevées des clients ou des artistes. 

    En résumé 

    Être ingénieure ou ingénieur du son est un métier à la fois technique et artistique, qui associe expertise technologique, créativité et collaboration. Cette profession, stimulante mais exigeante, demande adaptabilité, rigueur et curiosité permanente pour suivre les évolutions de l’industrie du divertissement et des médias. 

  • Le métier de fabricant ou fabricante d’anches

    Le facteur d’anches choisit un roseau selon son diamètre et son épaisseur pour en extraire des anches doubles ou simples placées à l’embouchure de certains instruments à vent. Il affine les pièces à la gouge ou avec des machines à têtes de diamant.

    Emploi et débouchés

    La fabrication d’anches est souvent semi-industrielle, un certain nombre d’opérations s’effectuant sur des machines de pointe. L’outil informatique est également de plus en plus intégré, permettant de réaliser des prototypes d’anches avant d’en faire des patrons en acier. Les fabricants d’anches
    recherchent en permanence à améliorer leur production, ce qui amène parfois à des créations de nouveaux prototypes : des anches ont été créées mélangeant fibres et résine et présentant de bonnes caractéristiques acoustiques et surtout une longévité améliorée (elles ne sont plus soumises
    aux problèmes hygrométriques et de température). Elles sont cependant utilisées le plus souvent comme anches d’études, car elles ne se rapprochent pas de la sonorité offerte par la nature. Dans son ensemble, la facture instrumentale française se concentre aujourd’hui surtout sur la lutherie de quatuor, les instruments à vent et leurs accessoires dont les anches.
    Les fabricants d’anches se retrouvent essentiellement dans le bassin varois où l’on trouve de nombreux sites de roseaux de qualité. Plusieurs centaines de milliers d’anches sont produites chaque jour dans le département du Var (source Festival de l’anche). Le secteur repose sur un réseau d’artisans indépendants proches des musiciens et sur quelques entreprises qui se partagent la majorité du marché (SARL Jany Berthelot, Marca, Neuranter/Glotin, Rico, Rigotti, Vandoren…). En France, le marché est estimé à 2 000 000 d’euros (source CSFI) réalisé à 70% par l’entreprise Vandoren. L’export est très important dans ce secteur où le savoir-faire et la qualité française sont réputés. Il peut constituer jusqu’à 96% des commandes des sociétés. Le marché est toujours en progression, la demande excédant à l’heure actuelle encore l’offre

    Devenir facteur d’anches

    Formation

    Aucune formation spécifique n’est dispensée dans le domaine de la facture d’anches. Les techniques de la facture d’anche sont néanmoins abordées dans les formations de technicien en facture d’instruments à vent.

  • Pianistes accompagnateurs : est-il temps de changer ce nom dans les conservatoires ? 

    Ariane Jacob, pianiste et professeur d’accompagnement au piano au CRR de Paris et au PSPBB 

    Janvier 2021 

    De plus en plus de pianistes accompagnateurs et accompagnatrices questionnent un intitulé qui ne reflète plus la richesse de leur métier. Entre reconnaissance insuffisante, statut précaire et terme parfois jugé réducteur, la profession s’interroge : comment nommer, aujourd’hui, ces musicien·nes dont le rôle dépasse largement l’« accompagnement » ? D’anciennes initiatives aux débats actuels, l’article explore les enjeux sémantiques, symboliques et institutionnels d’une appellation en quête de renouveau. 

    « Quand les mots ne désignent pas la réalité, cela crée du désordre. » Mona Ozouf 

    Un grand nombre de pianistes accompagnateur·ices ne se reconnaissent pas dans leur appellation et déplorent qu’elle ne représente qu’une facette de leurs nombreuses compétences. Je réfléchis depuis longtemps – deux tables rondes sur la question lors des journées de l’Accompagnement au CRR de Paris en 2009 et 2017 ainsi qu’un sondage Facebook effectué auprès de plus de cent cinquante personnes en juillet 2020 – à un terme plus porteur et plus dynamique qui pourrait s’y substituer.

    Le mot « accompagnement » est de plus en plus difficile à porter : les relations professionnelles sont moins verticales et le niveau des pianistes accompagnateurs a beaucoup progressé – une phrase telle que « elle ou il n’est pas très bon·ne pianiste, je lui conseille de se tourner vers l’accompagnement » se fait rare.

    Néanmoins, ce mot est défendu par beaucoup d’acteurs de la profession, en ce qu’il contient de belles valeurs : don, générosité et partage, le compagnon est « celui qui partage le pain ».

    Pour autant, une majorité de pianistes accompagnateurs déplore la position de subordination qu’il contient – le compagnon n’est pas maître – ainsi que la confusion que son usage plus large entraîne : légumes d’accompagnement, accompagnement thérapeutique, accompagnement scolaire, etc. Ils ne peuvent que constater dans les faits une organisation administrative qui minore leur fonction :

    — grilles de salaires minimales pour les accompagnateurs ; les tarifs les plus bas leur sont réservés dans les conservatoires quand ils sont vacataires ou contractuels,

    — quasi-absence de postes de PEA pour les accompagnateurs ; ils sont les plus nombreux à exercer avec des statuts précaires et plafonnent au statut ATEA malgré des parcours très diplômés,

    — organisation au sein des conservatoires qui les néglige ; plannings d’examens et/ou d’auditions qui se calent bien souvent entre l’administration et les professeurs sans les en informer, attribution de salles et/ou de pianos de seconde classe, absence de représentation dans les évènements de la saison, etc.

    Il s’ensuit un sentiment latent de dévalorisation ressenti par un nombre non négligeable de personnes, et une réflexion sur le choix d’un mot plus approprié paraitrait légitime. Elle a été menée aux États-Unis depuis longtemps, puis au Royaume-Uni : à présent, nombre d’institutions majeures ont adopté le terme de collaborative pianist1, mais des réticences s’expriment en France pour adopter son équivalent : « pianiste collaboratif·ve » ou « pianiste collaborateur·rice », à cause de la période de la Collaboration. S’il est employé classiquement dans le milieu de l’entreprise, il semble pour autant ne pas être accepté dans un champ artistique. Malgré la perte de la dimension internationale de « pianiste collaboratif·ve », les mots « pianiste partenaire », « pianiste associé·e » ou encore « pianiste guide » pourraient représenter une alternative intéressante.

    Notes

    1. Se reporter aux actions et travaux de Samuel Sanders, Martin Katz et Simon Lepper. ↩︎
  • Pianiste accompagnateur : le qualificatif « accompagnement » fait-il obstacle à la revalorisation de la profession ?

    Lors de l’assemblée générale de l’ANMAM, la question de l’appellation « accompagnement » a été relancée par Ariane Jacob. Entre poids historique du terme, enjeux de reconnaissance et comparaisons internationales, la réflexion interroge : faut-il conserver un mot chargé de valeurs mais parfois dévalorisant, ou lui préférer une appellation nouvelle, plus en phase avec la réalité et l’avenir de la profession ? 

    Lors de la récente assemblée générale de l’ANMAM, notre consœur Ariane Jacob a mis sur la table la question de l’appellation « accompagnement » pour notre discipline, question éminemment cruciale. Je ne saurais ici mieux expliquer qu’elle-même les tenants et aboutissants de sa réflexion : je salue son initiative et pense qu’elle doit tous nous interpeller. Ce petit mot est ma modeste contribution. 

    Ariane Jacob situe sa réflexion dans son environnement d’enseignante, à savoir l’enseignement supérieur, et fait remarquer que d’autres pays n’utilisent pas les mêmes termes, et qu’un alignement sur l’international serait opportun, ne serait-ce que pour des raisons pratiques. Ce n’est pas là, bien sûr, sa seule motivation. Si j’ai bien compris, il s’agit de glisser du champ lexical du compagnonnage à celui du labeur, de l’accompagnement à la collaboration. Il s’agit donc d’un petit réajustement spatial, mais avec de nombreuses répercussions sémantiques : l’accompagnateur suit de près, sur le chemin, un ami qui a l’initiative ; le collaborateur travaille avec autrui à un but commun, en bonne intelligence. Il y a donc un petit pas effectué en avant, la question est de savoir si cela est suffisant pour améliorer le regard porté sur notre profession. 

    La première interrogation que l’on peut avoir, c’est de savoir si le mot précède la réalité, ou s’il la suit : je ne souhaite pas y répondre. Le choix d’un mot judicieux a bien des pouvoirs, après tout. Est-ce le bon mot ? Ariane Jacob, en tout cas, en propose un qui ne sort pas de nulle part. Pour rester dans la modernité, je crois que l’on opère une translation du registre du care, où l’on prend soin de quelqu’un, vers un registre plus Uber, où l’on loue ses services, fussent-ils de grande valeur. C’est dit sans jugement. La chose qui me préoccupe le plus, et qui n’oblitère pas la pertinence de la proposition, c’est toute la richesse historique qui repose dans le mot français « accompagnement » quand il parle des pianistes : un savoir-faire identifié, ancien, admiré, et disons-le avec cocorico ; unique. Unique, non que l’on sache accompagner uniquement en France, mais qu’une situation spécifique à notre pays confère son sens au mot : classes d’accompagnements, métiers d’accompagnateur et de professeur d’accompagnement, et même genres d’accompagnement (vocal, chorégraphique, instrumental, chef de chant…). 

    Est-ce un métier déconsidéré, une pratique de seconde zone ? Oui et non, chacun en a fait l’expérience. Certaines appellations ont pu cacher la forêt : je pense à l’anglicisme « coach », qui fait florès. Un mot ronflant, justifiant des salaires plus élevés, voire une ligne dédiée dans le livret d’un CD ou le générique d’un film. Et peut-être un surcroît d’autorité ? Les jazzmen ont choisi le mot « sideman », mais ont conservé la notion de soliste, liée essentiellement à la capacité de vendre un groupe sous un nom connu, et plus largement au modèle économique de la culture en Amérique. Ce qui me pousse à faire la remarque suivante : si « l’accompagnateur » n’est pas assez considéré, c’est aussi parce qu’il (ou elle) est celui que l’on ne veut pas payer au prix fort, sur lequel on essaie d’économiser. On retrouve cela dans le fameux « premier grade » de la fonction publique territoriale. 

    Pour ma part, je pense que revaloriser la profession est plus une question syndicale que sémantique, mais les deux ne sont pas antinomiques… Qu’en pensez-vous ? 

    Cristophe Petit

  • Penser l’accessibilité musicale : retour d’expérience d’Élise Marre, du quatuor Anches Hantées

    Penser l’accessibilité musicale : retour d’expérience d’Élise Marre, du quatuor Anches Hantées

    Des capsules sensorielles pour « sentir » la musique, des interprètes en langue des signes sur scène, et une conviction : l’expérience musicale ne passe pas uniquement par l’audition. Le quatuor Anches Hantées a fait de l’accessibilité un pilier de son projet artistique, en développant des outils qui permettent aux personnes sourdes et malentendantes de vivre pleinement un concert.

    Qu’est-ce qui a initialement motivé votre quatuor, Anches Hantées, à rendre tous vos concerts accessibles au public sourd ? 

    L’impulsion a été profondément personnelle. J’ai deux enfants sourds sur trois, et notre fils aîné est atteint de surdité profonde. Très tôt, on a vu qu’il adorait la musique : il nous suivait partout, en tournée comme en concert, avec une joie et une attention qui nous ont bouleversées. 
    Après son implantation cochléaire (un premier à 5 ans, puis l’autre à 7 ans), on s’attendait à une rééducation longue, de 18 à 24 mois. Or l’oralité est arrivée en quelques semaines. Cette progression « flash » nous a amenés à nous demander ce que la musique apporte vraiment, et s’il y avait un lien entre ce bain musical et la rapidité de sa rééducation. D’autant plus qu’il a ensuite développé un excellent niveau musical : à 14 ans, il est en 3ᵉ cycle de trompette en CHAM, sans avoir besoin d’adaptation pédagogique. 
    Tout cela nous a fait comprendre que l’expérience musicale ne repose pas uniquement sur « entendre » au sens strict : elle est aussi corporelle, émotionnelle et culturelle. Si un enfant qui n’entend presque rien peut aimer la musique, c’est qu’on peut y entrer autrement… à condition qu’on en ouvre la porte. 

    Vous avez trouvé un lien entre la musique et la rapidité de cette rééducation. D’après vous, quel est le rôle de la vibration dans ce processus ? 

    Je pense que le bain de musique que mon fils a reçu dès son plus jeune âge a vraiment compté. Même avec une surdité profonde, j’ai l’impression qu’il est resté en lien avec le son par les vibrations. Je le voyais souvent se serrer contre la clarinette contrebasse, comme s’il cherchait à sentir la musique avec tout son corps. Mon hypothèse, c’est que ces vibrations lui ont donné très tôt l’idée que le son existait et qu’il avait du sens. Et je me dis que ça a pu l’aider à construire sa lecture labiale, qui est devenue un appui essentiel ensuite, au moment où son cerveau a dû apprendre à décoder les signaux complexes envoyés par l’implant. 
    Par ailleurs, la musique offre une entrée plus simple que le langage verbal. Les sons musicaux durent plus longtemps, donc le cerveau a davantage de temps pour les traiter, et leur organisation est plus régulière, comme une porte d’accès là où la parole peut d’abord ressembler à un mur. Enfin, je me demande aussi si cette stimulation précoce n’a pas contribué à maintenir les aires auditives disponibles, au lieu qu’elles se réorganisent vers d’autres sens. Cette réorganisation croisée, où le cortex auditif est partiellement recruté par la vision ou le toucher en cas de surdité profonde, est un phénomène bien décrit dans la littérature. 

    Vous mentionnez que vous disposez de matériel vibrant (SubPACs, capsules sensorielles) pour proposer une transcription de la musique aux personnes sourdes et malentendantes. Pouvez-vous expliquer comment ce dispositif a été conçu, testé, adapté ? 

    Nous avons d’abord cherché ce qui existait déjà et nous avons essayé les SubPACs, ces gilets vibrants. Nous avons été assez déçus, parce qu’ils ne restituent les fréquences que jusqu’à 400 Hz, ce qui reste trop limité pour la perception de la musique. Nous avons aussi compris, en échangeant avec des personnes sourdes qui avaient déjà fréquenté des salles équipées de ce type de système, qu’elles en ressortaient souvent frustrées. 
    Ensuite, à l’Institut national des jeunes sourds, nous avons découvert un autre outil : un transducteur que les élèves se passaient et touchaient pour sentir les vibrations. J’ai contacté l’entreprise qui distribuait les gilets et nous avons mené des tests avec ce transducteur. C’est ce travail qui a conduit à imaginer une version plus ergonomique et plus adaptée à la scène : la capsule sensorielle, une sorte de « boule » que l’on tient contre soi pour recevoir les vibrations. Pour la mettre au point, nous avons organisé des ateliers afin de recueillir les retours de participants sourds aux profils variés, parce que la surdité ne se vit pas de la même façon d’un individu à l’autre. 
    Quand on est sourd de naissance, on entre souvent dans le son autrement, par le corps, le rythme, les vibrations, sans forcément chercher à retrouver une audition « comme avant ». À l’inverse, quand la surdité arrive plus tard, l’attente peut être différente, parfois plus précise ou plus exigeante, parce qu’il existe une mémoire de ce qui a été entendu auparavant et un désir de se rapprocher de cette sensation perdue. Enfin, pour certains, la musique ressentie par le contact vibratoire est une découverte totale : l’expérience peut être très intense, parfois même un peu déstabilisante au début, avant de devenir plus confortable et compréhensible. 

    Q : Comment se déroulent les ateliers que vous organisez ? 

    Notre quatuor propose des ateliers en amont des concerts pour rencontrer le public sourd et malentendant et mieux cerner les attentes de chacun, puisque chaque personne vit la surdité différemment et qu’il existe autant de profils que d’individus. Ces ateliers, ouverts à tout âge, consistent d’abord à jouer un morceau, puis à inviter les participants sur scène pour toucher les instruments pendant que les musiciens jouent, leur offrant ainsi un contact avec une vibration assez forte. Ils sont également encouragés à souffler dans une clarinette pour qu’ils produisent la vibration eux-mêmes. Un aspect essentiel de l’atelier est de faire tester le matériel vibrant (gilets ou capsules sensorielles) aux personnes sourdes pour recueillir leurs retours sur ce qu’ils préfèrent, sachant que certains peuvent même découvrir qu’ils n’ont besoin de rien, percevant déjà suffisamment de vibrations et/ou en exploitant leurs restes auditifs. 

    Vos concerts sont-ils destinés uniquement au public sourd ? 

    Nos concerts ne sont pas pensés uniquement pour un public sourd, parce que, pour nous, l’accessibilité peut concerner n’importe quel concert du quatuor. L’idée est surtout de permettre à une même famille, avec des membres sourds et des entendants, de vivre ensemble la même expérience de concert. 
    Concrètement, quand un concert est rendu accessible, il est organisé en bilingue, avec la présence d’un interprète en langue des signes qui traduit tout ce que nous disons sur scène. La musique elle-même s’inscrit alors dans une forme de « bilinguisme un peu particulier », où le sonore et le visuel se répondent. Et la présence du public sourd, comme les dispositifs vibrants, crée souvent un vrai point de rencontre avec les entendants : à la fin, beaucoup restent pour un temps d’échange, pour comprendre le rôle de l’interprète et le fonctionnement du matériel, et discuter de cette expérience partagée. 

    Votre dispositif est utilisé dans des contextes très variés, comme les centres sociaux et les établissements médico-éducatifs. Le matériel vibrant a-t-il des applications au-delà de la surdité ? 

    Oui, la vibration a une portée qui dépasse largement la seule question de l’audition. Nous utilisons ce matériel dans des IME(instituts médico-éducatifs) auprès d’enfants polyhandicapés. Pour certains enfants autistes avec lesquels nous travaillons, la vibration semble favoriser l’attention et l’apaisement. Les éducateurs nous disent qu’ils parviennent à rester présents et attentifs tout au long du concert, alors qu’habituellement ils quittent l’activité au bout de cinq à dix minutes. Dans le champ médical, nous observons aussi des effets très positifs auprès de personnes atteintes d’Alzheimer en EHPAD. L’amplification des sensations vibratoires aurait une réelle valeur thérapeutique, notamment en aidant certains patients à retrouver des paroles de chansons. Plus étonnant encore, dans un institut, le dispositif a été testé auprès d’un enfant aveugle très agité, et la vibration a contribué à l’apaiser et à stabiliser son attention. 
    Dans ces différents contextes, la vibration semble aider à mieux réguler certains troubles associés à un handicap sensoriel.  

    Quelles collaborations sont nécessaires pour garantir le bon fonctionnement de ce dispositif ? 

    Le fonctionnement repose sur une collaboration à la fois technique et humaine. Sur le plan matériel, nous avons dû travailler de près avec l’entreprise Timmpi, car l’équipement représente un coût réel : un gilet revient à environ 500 € en kit, et une capsule dépasse les 2000 €. Comme les lieux ne sont pas toujours équipés, nous venons avec notre propre parc de matériel à chaque sollicitation, c’est-à-dire cinq gilets et quatre capsules. 
    Mais rendre un concert accessible ne dépend pas seulement du matériel. Il faut bien sûr la présence d’un interprète en langue des signes, de même qu’un ingénieur du son réellement impliqué, qui comprend l’enjeu spécifique de la vibration. Son rôle est essentiel, car il doit trier et ajuster les sons pour éviter d’amplifier des bruits parasites, comme des pas sur scène ou des bruits de clés d’instruments, qui peuvent être très dérangeants pour quelqu’un qui découvre la musique par ce canal. Enfin, ce travail s’appuie sur des partenariats institutionnels. Certains lieux, comme l’Opéra de Montpellier, se sont beaucoup investis sur ces questions et ont choisi de s’équiper après avoir constaté l’efficacité du dispositif. Nous partageons également notre expérience avec d’autres musiciens et musiciennes : par exemple, nous prêtons des capsules à des artistes comme Florine Hardouin, afin qu’ils puissent proposer une vraie expérience vibratoire complète, plutôt que de se limiter à des gilets seuls, souvent sources de déception. 

    Malgré ces efforts, vous mentionnez que le public sourd reste difficile à attirer. Quelle est la principale raison de cette réticence ? 

     Il faut avoir en tête que la communauté sourde porte une histoire collective très douloureuse. Pendant longtemps, elle a subi des violences institutionnelles et une forte stigmatisation. Certaines pratiques scolaires anciennes étaient profondément humiliantes, et la reconnaissance de la langue des signes en tant que langue à part entière est très récente : en France, le baccalauréat en LSF n’existe que depuis les années 2000. Les générations précédentes ont été contraintes à l’oralisation, souvent au détriment de leur accès à l’écrit, ce qui a laissé beaucoup de personnes de plus de cinquante ans en grande difficulté avec le français écrit. 
    Dans ce contexte, la méfiance actuelle est compréhensible. Beaucoup franchissent rarement les portes des salles de spectacle, parce qu’ils ont trop souvent été déçus par des propositions annoncées comme accessibles mais qui ne l’étaient pas réellement. Quand ils s’aperçoivent sur place que l’adaptation n’est pas au rendez-vous, cela peut être vécu comme une forme de manque de respect, voire d’exclusion. Construire une relation de confiance demande donc du temps et de la constance : il peut falloir des dizaines d’heures d’échanges pour que quelques personnes acceptent de venir à une première représentation. 

    Comment faut-il adapter la communication pour atteindre efficacement ce public ?

    Pour toucher ce public, il faut vraiment repenser la communication. D’abord, il faut privilégier le visuel. Quand on envoie un mail, il devrait idéalement être accompagné d’une vidéo en langue des signes. Le texte écrit, surtout quand il est un peu long, fonctionne mal : au-delà de quelques mots, beaucoup ne s’y retrouvent plus ou ne se sentent pas concernés. Ensuite, ne croyez pas que le sous-titrage suffit. Certaines personnes sourdes ne lisent pas assez vite pour suivre un discours en direct, et cela peut même ajouter une difficulté au lieu d’en enlever.  
    Il est aussi important de faire attention aux codes graphiques utilisés. Les pictogrammes « classiques » de l’accessibilité sont souvent mal reçus, parce qu’ils renvoient directement à l’idée de handicap. À l’inverse, un signe visuel qui marche bien est celui des deux mains indiquant “langue des signes”, car il affirme une langue et une culture plutôt qu’une déficience. 
    Enfin, la communication doit passer par le réseau. Les communautés sourdes sont très structurées localement. Travailler avec un interprète du coin, qui connaît les personnes et les associations locales, fait une énorme différence : la confiance se construit beaucoup par les liens humains et le bouche-à-oreille au sein de ces réseaux. 

    La surdité en France : chiffres clés et cadre légal

    • Environ 7 millions de personnes en France sont sourdes ou malentendantes, soit autour de 11 % de la population.
    • Parmi elles, on estime à environ 500 000 le nombre de personnes avec une surdité sévère ou profonde.
    • Les enquêtes de la DREES évoquent aussi jusqu’à 10 millions de personnes ayant des limitations fonctionnelles auditives (toutes sévérités confondues).
    • La malentendance augmente fortement avec l’âge : dans les données DREES/HID, plus d’1,4 million de personnes déclarent beaucoup de difficultés à entendre ou n’entendre pas du tout, et la majorité se situe après 60 ans.
    • La langue des signes française est utilisée par plus de 100 000 personnes en France (estimation couramment retenue).
    • 18 janvier 1991 : loi dite « Fabius ». Pour la première fois, les familles obtiennent le droit légal de choisir une éducation bilingue LSF/français ou une éducation uniquement orale. 
    • 11 février 2005 : loi handicap. La LSF est reconnue officiellement comme “langue à part entière” dans le Code de l’éducation. 
    • 2009 : la LSF devient épreuve facultative au baccalauréat (mise en place après les textes de 2007).
    • Aujourd’hui : malgré ces reconnaissances, l’accès scolaire reste faible : environ 5 % des élèves sourds bénéficient d’un enseignement en LSF/bilingue. 

  • Enseignement musical et handicap : l’expérience de la classe adaptée du CRR de Caen

    Enseignement musical et handicap : l’expérience de la classe adaptée du CRR de Caen

    Depuis 2011, le Conservatoire à Rayonnement Régional de Caen accueille des élèves en situation de handicap dans une classe spécifiquement adaptée. Un dispositif rare en France, né d’une volonté politique affirmée de traduire concrètement les principes d’accessibilité de la loi de 2005. Nicolas Heim, enseignant et référent handicap de l’établissement, revient sur cette expérience pionnière : entre accompagnement éducatif et exigence musicale, il dessine les contours d’une pédagogie sur mesure, loin de toute logique de performance ou de normalisation.

    En 2011, le Conservatoire à Rayonnement Régional de Caen a mis en place une classe spécifiquement adaptée aux élèves en situation de handicap. Quand cette démarche a-t-elle été engagée, et quels en sont les principes fondateurs, tant sur le plan pédagogique que dans l’organisation du parcours proposé ?

    Cette classe a été créée il y a quatorze ans, à l’initiative d’une volonté politique affirmée, soutenue par la direction du conservatoire de l’époque, Stéphane Béchy et avec l’aide d’une personne investie par ce projet, Laurent Lebouteiller. L’objectif était de traduire concrètement les principes d’accessibilité inscrits dans la loi du 11 février 2005 et d’ouvrir l’établissement à des publics qui jusque-là pouvaient être exclus des parcours de formation musicale traditionnels.
    Il était clairement établi que certaines personnes, notamment en situation de polyhandicap ou présentant des formes sévères d’autisme, ne pouvaient pas suivre un enseignement instrumental tel qu’il est structuré dans les cursus classiques. La création d’un cadre pédagogique spécifique s’est donc imposée comme une nécessité. La mission de cette classe est clairement définie : permettre à ces élèves d’accéder à une pratique musicale sans objectif de performance, sans logique de normalisation et en dehors de tout parcours diplômant. Le conservatoire a fait le choix d’accueillir ces élèves pour la pratique musicale elle-même, indépendamment de toute perspective d’examen ou de validation de fin de cycle. En cela, cette initiative annonçait déjà ce que propose aujourd’hui le SNOP, à savoir des parcours adaptés aux besoins de chaque usager : « parcours études », « parcours programmes » avec l’appui d’un « plan d’accompagnement », « parcours personnalisés », etc. Le dispositif de la classe adaptée repose sur des cours individuels de trente minutes, proposés chaque semaine, sur une durée pouvant aller jusqu’à dix ans. Ce type de structure reste aujourd’hui très rare en France. Sa mise en œuvre a été rendue possible par la combinaison de plusieurs facteurs, notamment un engagement politique durable, le soutien constant de la Direction, des moyens financiers dédiés et des professeurs de musique qui avaient bien estimé la valeur de cet enseignement.

    Votre rôle d’enseignant dans cette classe est donc très spécifique. Comment articulez-vous votre approche pédagogique entre les objectifs musicaux et ceux relevant de l’éducation spécialisée ? Et concrètement, comment se déroulent les cours de trente minutes, tant dans les outils utilisés que dans les pratiques

    Pour les élèves que j’accompagne, l’approche se rapproche effectivement en grande partie de l’éducation spécialisée. Environ trois quarts du travail ne relèvent pas directement de la pratique musicale au sens strict. L’objectif est souvent avant tout social. Parfois, le simple fait de venir au cours constitue déjà un objectif en soi.
    Une grande partie du travail porte sur des compétences transversales : la mémorisation, l’observation, l’écoute, le respect des consignes. Pour certaines personnes, notamment les élèves autistes, le fait de se rendre dans un lieu public, de rencontrer d’autres personnes, de dire bonjour, ou encore de supporter une stimulation sensorielle importante comme le bruit, représente un véritable défi. À ce titre, les objectifs sont proches de ceux que l’on retrouve dans des structures comme les instituts médico-éducatifs. Cela dit, la dimension musicale reste essentielle. Il ne s’agit pas de faire de la musique comme prétexte, mais bien de s’appuyer sur elle. Selon les profils, mes compétences musicales peuvent devenir centrales. Par exemple, lorsqu’on souhaite reproduire une musique de film, la capacité à transcrire, adapter et structurer musicalement devient indispensable.
    J’utilise différents supports en fonction des besoins et des possibilités de chaque élève. Les cloches de la marque Fuseau, par exemple, demandent relativement peu de motricité et permettent de travailler le son, la vibration, la sensation, l’observation et la mémorisation. Les synthétiseurs à touches lumineuses sont également très utiles : ils sont robustes et permettent de travailler la concentration et la motricité fine, parfois sur des gestes simples mais complexes pour certains élèves, comme appuyer sur deux touches en même temps.
    D’autres instruments sont également mobilisés, notamment des percussions ou des instruments à cordes, afin de favoriser une approche plus ludique et corporelle de la musique. Les élèves montrent d’ailleurs souvent une appétence particulière pour la percussion, d’autant que la salle est très bien équipée dans ce domaine. Le chant et la chorale sont aussi très appréciés, car ils permettent un accès direct à la musique sans passer par une motricité fine parfois complexe.
    L’ensemble du travail s’adapte en permanence aux capacités, aux envies et à l’état du moment de chaque élève. Il n’y a pas de méthodologie unique, mais une recherche constante d’équilibre entre accompagnement éducatif et exigence musicale.

    Sur la question des ressources et du répertoire, existe-t-il aujourd’hui des partitions ou des outils pédagogiques facilement disponibles pour ce type d’enseignement ?

    Le répertoire réellement adapté reste très limité. Par exemple, les cloches Fuseaux sont accompagnées d’un petit livret de chansonnettes très simples, comme Au clair de la lune, mais cela reste sommaire.
    Concernant les personnes en cécité totale, l’édition de partitions en braille musical n’existe pas commercialement, essentiellement pour des raisons de coût. Lorsqu’un besoin se présente, il faut passer par une association spécialisée, comme l’Association Valentin Haüy à Paris, afin d’obtenir une transcription à la demande. C’est possible, mais cela prend du temps. Face à ces limites, on mise beaucoup sur la création et la transcription. Un outil important, c’est l’Orgue sensoriel : c’est un dispositif qui combine des capteurs ergonomiques, un ordinateur équipé d’un logiciel et une sonorisation. Il permet d’associer un geste simple à une action musicale, et de déclencher ensuite des sons ou des séquences sans passer par la lecture traditionnelle de la partition, ce qui ouvre énormément de possibilités selon les profils.

    Enfin, lorsqu’on travaille avec des compositeurs, on leur demande aussi d’écrire des pièces pensées pour être reprises, avec des moyens financiers raisonnables, plutôt que des œuvres qui ne seraient jouables qu’une seule fois parce qu’elles exigeraient un matériel trop rare ou trop coûteux.

    La question du coût revient souvent lorsqu’on évoque l’équipement spécialisé. Est-ce un frein important à la mise en place de ce type de dispositif ?

    Le coût, en soi, n’est pas le principal obstacle. Il s’agit avant tout de choix budgétaires et de priorités politiques. À titre d’exemple, un Orgue Sensoriel représente un investissement d’environ 7 000 euros. L’ensemble du matériel utilisé dans la classe adaptée, même en l’estimant de manière large, se situe autour de 25 000 euros, ce qui permet de répondre à une très grande majorité des besoins liés aux différents types de handicap.
    Ce sont donc des arbitrages à opérer : décider, par exemple, d’investir dans des outils pédagogiques adaptés plutôt que dans des équipements très coûteux destinés à d’autres usages, comme un piano à queue de plus pour une salle de cours. La question n’est pas tant celle du coût que celle des priorités que l’on se donne.

    En tant que référent handicap, vous accompagnez l’orientation des élèves en situation de handicap au sein du conservatoire. Comment s’organise concrètement l’accueil d’un nouvel élève, et comment décidez-vous de son orientation entre la classe adaptée et le parcours d’instrument classique, notamment pour les situations intermédiaires ?

    Lorsqu’un nouvel élève arrive, la situation la plus simple est celle où la famille se présente avec une notification de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) et demande un rendez-vous. Cet échange permet de comprendre le projet de l’élève, ses envies, mais également d’évaluer s’il a besoin d’aménagements particuliers. Si l’élève souhaite, par exemple, suivre un cours de violon et que rien n’indique, à ce stade, la nécessité d’un accompagnement spécifique, il peut directement débuter dans le parcours classique (selon la terminologie du SNOP, « parcours études »). Dans ce cas, nous posons un cadre souple, avec la possibilité de revenir vers moi si des difficultés apparaissent par la suite, qu’elles concernent la concentration, la fatigue ou l’organisation du travail.

    Il arrive aussi que certains élèves choisissent de ne pas évoquer immédiatement leur handicap. Ce n’est pas rare qu’un élève fasse état de sa reconnaissance MDPH seulement après plusieurs années, au moment où des difficultés deviennent plus visibles voire insurmontables ou que celle-ci existe bien mais ne serve pas.
    Pour les élèves qui se situent clairement entre les deux dispositifs. C’est-à-dire ceux qui ont un handicap mais qui peuvent suivre un enseignement instrumental classique, l’orientation se fait vers le parcours d’instrument traditionnel. Souvent, c’est lors du cours collectif (Formation Musicale, chant choral, etc.) que l’élève peut ne pas trouver sa place. On lui propose alors, faute d’alternative pédagogique, de supprimer temporairement ce cours grâce à un plan d’accompagnement. Celui-ci sera revu à la fin de l’année scolaire pour faire le bilan de l’année écoulée et étudier, collégialement, l’année scolaire suivante.

    Lorsqu’il s’agit d’envisager le passage d’un élève de la classe adaptée vers un parcours classique, la décision est prise avec beaucoup de prudence. Ce type de transition se prépare souvent sur une année entière, car une fois dans le cursus classique, l’élève est soumis aux mêmes règles que les autres (le règlement des études), notamment par rapport à l’assiduité des cours ou aux examens de fin de cycle. En cas d’échec à un examen de fin de cycle, il n’est pas possible de revenir en classe adaptée. Le rôle du référent handicap est donc d’anticiper au maximum et d’éviter d’orienter un élève vers un parcours qui pourrait le mettre en difficulté ou le conduire à un échec.

    Quel a été votre parcours de formation pour accompagner des élèves en situation de handicap, et comment avez-vous construit cette expertise au fil du temps ?

    Ma sensibilisation au handicap a commencé il y a cinq ans, à travers une formation de trois jours, proposés par l’association MESH. Cette formation a été déterminante, car elle m’a permis de prendre conscience de la diversité et de l’ampleur des limitations physiques. C’est également dans ce cadre que j’ai découvert l’Orgue Sensoriel, qui a ensuite pris une place importante dans mon travail.

    Par la suite, j’ai suivi plusieurs formations plus approfondies autour de l’autisme au sein du Centre Régional Autisme de Normandie (C.R.A), notamment la formation de niveau 1, d’une durée de dix-huit heures. L’objectif était de mieux comprendre un handicap qui peut être particulièrement déroutant, notamment dans ses manifestations et ses besoins spécifiques.

    Pour les autres formes de handicap, il n’existe pas toujours de formations clairement identifiées. Je m’appuie donc beaucoup sur l’adaptabilité, le bon sens et la capacité à chercher des solutions concrètes. Et, surtout, je travaille en lien étroit avec les parents, qui restent, selon moi, la meilleure source d’informations et de compréhension de leur enfant.

    Certains professionnels estiment que les classes spécialisées peuvent paradoxalement renforcer des formes d’exclusion. Comment situez-vous cette question, et comment pensez-vous l’articulation entre inclusion et dispositifs dédiés ?

    L’inclusion est aujourd’hui souvent abordée comme un objectif incontournable, parfois même comme une norme à atteindre. Il y a la loi de 2005 bien sûr mais il y a sans doute une volonté, louable évidemment, de ne plus exclure, alors on veut inclure. Or, dans la réalité des parcours, les situations sont beaucoup plus nuancées. L’enjeu principal n’est pas d’appliquer un principe général, mais de permettre à chaque personne de pratiquer la musique dans les meilleures conditions possibles.
    La classe adaptée n’est pas pensée comme une mise à l’écart évidemment, mais comme un cadre choisi et construit pour répondre à des besoins spécifiques. Elle offre un environnement dans lequel certains élèves peuvent réellement entrer dans une pratique musicale, là où un parcours classique serait trop contraignant ou inadapté. La question essentielle devient alors celle de la place juste pour chacun, en fonction de ses capacités, de son rythme et de ses attentes à un moment donné.
    Pour certaines personnes, notamment celles présentant des handicaps rares ou des besoins très spécifiques, l’inclusion au sens strict n’est pas la priorité. Pour elles, un dispositif dédié peut être la réponse la plus pertinente. Inclusion et classe spécialisée ne s’opposent pas : ce sont des modalités complémentaires, qui doivent être pensées au cas par cas, sans hiérarchie automatique entre les deux.

  • Le métier de chorégraphe  

    Le métier de chorégraphe  

    Une chorégraphe ou un chorégraphe est un ou une artiste, dont la vocation est de créer et de composer des danses et des mouvements destinés à la scène, au cinéma, à la télévision ou à d’autres médias. Ce terme désigne les personnes qui conçoivent et dirigent l’exécution de séquences chorégraphiques et expressives. Leur rôle est de créer des œuvres qui transmettent des émotions, des idées ou des récits à travers le mouvement du corps. 

    Quotidien 

    Le quotidien des chorégraphes est centré sur la création artistique et la direction de danseuses et danseurs. Une grande partie du temps est consacrée à : 

    • la conception et l’expérimentation de mouvements ; 
    • l’improvisation ; 
    • la direction de répétitions ; 
    • la collaboration avec des danseurs et danseuses, des musiciens et musiciennes, et des scénographes. 

    Les chorégraphes consacrent également du temps à la recherche d’inspiration, à l’étude de techniques de danse, à la gestion administrative (budgets, plannings) et à la communication de leur vision artistique auprès des équipes techniques et des producteurs et productrices. 

    Types d’employeurs et d’employeuses 

    Les chorégraphes peuvent travailler pour : 

    • des compagnies de danse ; 
    • des théâtres et opéras ; 
    • des studios de cinéma et de télévision ; 
    • des comédies musicales ; 
    • des événements commerciaux et spectacles ; 
    • des établissements d’enseignement de la danse ; 
    • ou exercer en tant qu’indépendants ou freelances. 

    Types de contrats

    Les statuts varient selon les projets et les structures : 

    Chorégraphes résidents 

    • statut : CDI ou contrat long terme 
    • employeur : grandes compagnies de danse, ballets nationaux 
    • exemple : chorégraphe principal d’un ballet national

    Chorégraphes freelances

    • statut : indépendants ou auto-entrepreneurs 
    • employeur : compagnies, théâtres, projets ponctuels 

    Chorégraphes directeurs ou directrices artistiques 

    • statut : fondateurs ou fondatrices d’une compagnie 
    • employeur : leur propre structure et collaborations extérieures 

    Chorégraphes pour le secteur commercial et événementiel 

    • statut : variable (indépendant·e, salarié·e temporaire) 
    • employeur : agences événementielles, productions commerciales 

    La majorité des chorégraphes exercent en freelance, travaillant projet par projet. Certains établissent néanmoins des relations stables avec des compagnies ou institutions. 

    Compétences requises

    Une chorégraphe ou un chorégraphe doit posséder : 

    • une excellente maîtrise technique de la danse ; 
    • une forte créativité et une compréhension de la composition chorégraphique ; 
    • des compétences en pédagogie et en direction d’artistes ; 
    • une bonne connaissance de la musique, de l’anatomie et des styles de danse ; 
    • des aptitudes en gestion de projet, communication et négociation. 

    Une sensibilité artistique affirmée et une capacité à innover sont essentielles. 

    Représentation des genres 

    Historiquement, même si les femmes ont toujours été nombreuses parmi les interprètes chorégraphiques, les postes de chorégraphes, surtout dans les grandes institutions, ont été majoritairement occupés par des hommes. 

    Situation actuelle 

    • En 2021, 32 % des chorégraphies en France étaient signées par des femmes (+5 % par rapport à 2018, selon France Musique). 
    • Fin 2023, sur 19 centres chorégraphiques nationaux (CCN), 12 étaient dirigés par des hommes, 3 par des femmes, 2 par des binômes paritaires et 2 par des collectifs mixtes. 

    Initiatives pour le changement 

    • Programmes institutionnels et festivals visant à promouvoir les chorégraphes femmes. 
    • Réseaux de mentorat et dispositifs de soutien pour les chorégraphes émergentes. 

    Défis du métier 

    La carrière de chorégraphe est exigeante sur plusieurs plans : 

    • physique et émotionnel : horaires irréguliers, alternance de périodes intenses et d’incertitudes ; 
    • artistique : nécessité d’innover et de se renouveler en permanence ; 
    • pratique : gestion de budgets, négociations et organisation des productions ; 
    • professionnelle : forte concurrence, surtout pour les projets à gros budget, et carrière parfois plus courte que dans d’autres disciplines artistiques. 

    En résumé 

    Être chorégraphe est un métier passionnant et exigeant, qui conjugue créativité artistique, maîtrise technique, direction humaine et gestion pratique. C’est une profession où l’innovation et la capacité d’adaptation sont essentielles pour évoluer au sein d’un paysage chorégraphique et culturel en constante transformation. 

  • Le métier d’interprète chorégraphique

    Le métier d’interprète chorégraphique

    Un danseur ou une danseuse interprète des œuvres chorégraphiques, que ce soit en tant que soliste, au sein d’un corps de ballet, d’une compagnie de danse contemporaine ou d’un groupe de danse. Son rôle est de créer, d’interpréter ou de transmettre des chorégraphies à un public. Les interprètes chorégraphiques peuvent se spécialiser dans divers styles, du ballet classique aux danses contemporaines, urbaines ou populaires.  

    Quotidien 

    Le quotidien des danseuses et danseurs est rythmé par l’entraînement, les répétitions et les représentations. Une grande partie de leur temps est consacrée à l’entraînement individuel, indispensable pour entretenir la condition physique et affiner la technique. À cela s’ajoutent les répétitions collectives pour préparer les chorégraphies qui seront présentées sur scène. 
    De plus en plus, ce quotidien inclut aussi des activités de médiation culturelle, d’enseignement ou de participation à des projets éducatifs. 

    Types d’employeurs et d’employeuses 

    Les danseurs et danseuses peuvent exercer dans des contextes variés et collaborer avec des structures multiples : 

    • ballets nationaux ou régionaux ; 
    • compagnies de danse contemporaine ; 
    • opéras ; 
    • compagnies de danse commerciale ou de variétés ; 
    • studios de production pour la télévision et le cinéma ; 
    • établissements d’enseignement (conservatoires, écoles de danse) ; 
    • travail indépendant ou freelance pour divers projets. 

    Types de contrats 

    Comme la plupart des artistes du spectacle vivant (musiciens et musiciennes, comédiens et comédiennes, techniciens et techniciennes du son et de l’image…), les danseurs et danseuses travaillent principalement sur des projets ponctuels et relèvent du régime d’intermittence du spectacle. Beaucoup complètent leurs revenus par l’enseignement dans des écoles de danse et conservatoires. 

    Dans le domaine du ballet classique, seule une minorité bénéficie de postes permanents. On estime que moins de 10 % des artistes chorégraphiques occupent un emploi dit « permanent ». 

    • Ballets de la Réunion des opéras de France : les danseurs et danseuses relèvent de la fonction publique territoriale. Ils et elles sont recruté·es en CDD renouvelable d’une durée maximale de trois ans, souvent pour une saison. Ce n’est qu’au terme de six années sous CDD qu’un CDI peut être proposé (loi n°2005-843 du 26 juillet 2005). En pratique, le terme « permanent » désigne aussi bien les personnes en CDI que celles en CDD saisonniers. 
    • Centres chorégraphiques nationaux (CCN) : seuls quelques CCN comptent majoritairement des artistes en CDI (par exemple le Ballet Preljocaj, le Malandain Ballet Biarritz, le Ballet national de Marseille, le Ballet de l’Opéra national du Rhin, le Ballet de Lorraine, et le CCN de Rillieux-la-Pape). En décembre 2020, ces six structures employaient au total 131 danseuses et danseurs permanents. 
    • Opéra national de Paris : il s’agit d’un établissement public industriel et commercial (EPIC). Ses salariés et salariées relèvent du droit privé et les danseurs permanents sont recrutés en CDI. Outre l’Opéra de Paris, sept opéras en région disposent également d’un ballet permanent (Avignon, Bordeaux, Lyon, Lorraine, Rhin, Nice, Toulouse). 

    En décembre 2020, on comptait 338 postes de danseuses et danseurs dans les ballets d’opéra, dont 154 à l’Opéra de Paris. En parallèle, près de 4 311 artistes chorégraphiques étaient indemnisés au titre de l’intermittence (annexe 10) au 31 décembre 2018. 

    Compétences requises 

    Outre l’excellence technique dans leur style de danse, les danseuses et danseurs doivent développer : 

    • une solide culture chorégraphique ; 
    • des capacités d’expression corporelle et de créativité ; 
    • des aptitudes au travail en équipe ; 
    • une discipline personnelle rigoureuse. 

    De plus en plus, des compétences en communication et en gestion de projet sont également recherchées. 

    Représentation des genres

    Historiquement, la danse professionnelle a attiré davantage de femmes, en particulier dans le ballet classique. Mais cette tendance varie selon les styles et les contextes culturels. 

    • Danse classique : majoritairement féminisée. 
    • Danse contemporaine : répartition plus équilibrée, avec une volonté de parité dans de nombreuses compagnies. 
    • Danses urbaines et hip-hop : longtemps dominées par les hommes, elles connaissent une participation féminine de plus en plus importante. 

    Défis du métier 

    La carrière de danseuse ou de danseur peut être instable, avec des revenus irréguliers. Elle demande : 

    • une grande flexibilité ; 
    • la gestion du stress lié aux représentations ; 
    • une disponibilité importante pour les déplacements ; 
    • une résistance physique particulière, car la carrière chorégraphique est souvent plus courte que celle d’autres artistes du spectacle vivant. 

    En résumé

    Le métier de danseur et danseuse interprète est à la fois exigeant et gratifiant. Il associe passion artistique, rigueur technique et force physique, tout en demandant une adaptabilité constante face aux multiples réalités du spectacle vivant contemporain.