Pianistes accompagnateurs : est-il temps de changer ce nom dans les conservatoires ? 

Ariane Jacob, pianiste et professeur d’accompagnement au piano au CRR de Paris et au PSPBB 

Janvier 2021 

De plus en plus de pianistes accompagnateurs et accompagnatrices questionnent un intitulé qui ne reflète plus la richesse de leur métier. Entre reconnaissance insuffisante, statut précaire et terme parfois jugé réducteur, la profession s’interroge : comment nommer, aujourd’hui, ces musicien·nes dont le rôle dépasse largement l’« accompagnement » ? D’anciennes initiatives aux débats actuels, l’article explore les enjeux sémantiques, symboliques et institutionnels d’une appellation en quête de renouveau. 

« Quand les mots ne désignent pas la réalité, cela crée du désordre. » Mona Ozouf 

Un grand nombre de pianistes accompagnateur·ices ne se reconnaissent pas dans leur appellation et déplorent qu’elle ne représente qu’une facette de leurs nombreuses compétences. Je réfléchis depuis longtemps – deux tables rondes sur la question lors des journées de l’Accompagnement au CRR de Paris en 2009 et 2017 ainsi qu’un sondage Facebook effectué auprès de plus de cent cinquante personnes en juillet 2020 – à un terme plus porteur et plus dynamique qui pourrait s’y substituer.

Le mot « accompagnement » est de plus en plus difficile à porter : les relations professionnelles sont moins verticales et le niveau des pianistes accompagnateurs a beaucoup progressé – une phrase telle que « elle ou il n’est pas très bon·ne pianiste, je lui conseille de se tourner vers l’accompagnement » se fait rare.

Néanmoins, ce mot est défendu par beaucoup d’acteurs de la profession, en ce qu’il contient de belles valeurs : don, générosité et partage, le compagnon est « celui qui partage le pain ».

Pour autant, une majorité de pianistes accompagnateurs déplore la position de subordination qu’il contient – le compagnon n’est pas maître – ainsi que la confusion que son usage plus large entraîne : légumes d’accompagnement, accompagnement thérapeutique, accompagnement scolaire, etc. Ils ne peuvent que constater dans les faits une organisation administrative qui minore leur fonction :

— grilles de salaires minimales pour les accompagnateurs ; les tarifs les plus bas leur sont réservés dans les conservatoires quand ils sont vacataires ou contractuels,

— quasi-absence de postes de PEA pour les accompagnateurs ; ils sont les plus nombreux à exercer avec des statuts précaires et plafonnent au statut ATEA malgré des parcours très diplômés,

— organisation au sein des conservatoires qui les néglige ; plannings d’examens et/ou d’auditions qui se calent bien souvent entre l’administration et les professeurs sans les en informer, attribution de salles et/ou de pianos de seconde classe, absence de représentation dans les évènements de la saison, etc.

Il s’ensuit un sentiment latent de dévalorisation ressenti par un nombre non négligeable de personnes, et une réflexion sur le choix d’un mot plus approprié paraitrait légitime. Elle a été menée aux États-Unis depuis longtemps, puis au Royaume-Uni : à présent, nombre d’institutions majeures ont adopté le terme de collaborative pianist1, mais des réticences s’expriment en France pour adopter son équivalent : « pianiste collaboratif·ve » ou « pianiste collaborateur·rice », à cause de la période de la Collaboration. S’il est employé classiquement dans le milieu de l’entreprise, il semble pour autant ne pas être accepté dans un champ artistique. Malgré la perte de la dimension internationale de « pianiste collaboratif·ve », les mots « pianiste partenaire », « pianiste associé·e » ou encore « pianiste guide » pourraient représenter une alternative intéressante.

Notes

  1. Se reporter aux actions et travaux de Samuel Sanders, Martin Katz et Simon Lepper. ↩︎