C’est avec le blues que s’ouvre l’histoire du rock.
Clé de voûte de la musique populaire américaine, le blues trouve ses racines dans l’expérience douloureuse de l’esclavage et de la ségrégation. Née de la rencontre entre les traditions musicales africaines et le contexte social tumultueux du sud des États-Unis, cette forme d’expression a profondément marqué l’histoire culturelle américaine et mondiale.
Cet article sur l’histoire du rock explore le contexte historique et l’essence du blues, ses traits musicaux distinctifs ainsi que ses têtes de file.
Introduction
Au commencement, le blues

Crédits : Heinrich Klaffs, CC BY-SA 2.0
Le blues, pierre angulaire de la musique populaire américaine, trouve ses racines dans l’expérience douloureuse de l’esclavage et de la ségrégation. Née de la rencontre entre les traditions musicales africaines et le contexte social tumultueux du Sud des États-Unis, cette forme d’expression artistique a profondément marqué l’histoire culturelle américaine et mondiale.
Replaçons d’emblée cet événement culturel d’importance, la naissance de la première musique afro-américaine vers la fin du 19è siècle, dans ses contextes de chronologie historique, de géographie et…d’ethnographie (voire d’anthropologie). Comment ces esclaves, puis descendant d’esclaves, ont-ils pu se redresser et inventer une musique qui va influencer les musiques populaires du monde entier au XXè siècle ? Phénomène unique et inédit.
Contexte historique
Esclavage et colonisation

Crédits : James Richard Barfoot (1794-1863), CC BY 4.0
Contexte
Replaçons d’emblée cet événement culturel d’importance, la naissance de la première musique afro-américaine vers la fin du XIXe siècle, dans ses contextes de chronologie historique, de géographie et d’ethnographie (voire d’anthropologie).
Comment ces esclaves, puis descendants d’esclaves, ont-ils pu se redresser et inventer une musique qui influencera les musiques populaires du monde entier au XXe siècle ? Phénomène unique et inédit.
Esclaves
On a gommé leurs noms, pour leur donner juste un prénom, européen : Tom (et sa case).
Ils n’ont pu emporter avec eux leurs instruments de musique d’origine, qui auraient de toute façon été proscrits (notamment les tambours, dont le langage très structuré était considéré dangereux par les maîtres) dans ce nouveau monde. On a effacé leurs langues, leurs religions, on a bouleversé leur manière de s’habiller (ou non) pour leur imposer la culture, la civilisation des colons européens. Depuis leur départ d’Afrique jusqu’à leur « installation » dans le sud comme travailleurs forcés, ils subissent la violence, les violences, aussi bien morales que physiques, dans leur chair et dans leur âme. Que de douleurs, de désespoir (ils sont coupés totalement de leurs racines), que de peines et de détresse… Cet épisode dramatique, monstrueux désastre humanitaire, qui s’est déroulé pendant plusieurs siècles, est incontestablement l’un des plus noirs de notre histoire, avec ses millions de victimes et ses répercussions dans la société actuelle, avec une ségrégation et un racisme latent sévissant aujourd’hui encore, notamment aux États-Unis.
Colons
Après avoir colonisé la côte Nord Est de l’Amérique du Nord, où ils ont fondé les premiers états (de petite taille) de ce qui allait devenir les USA à l’indépendance (déclaration le 4 juillet 1776, fin de la guerre d’indépendance le 3 septembre 1783), et s’être établis dans le sud, progressivement, avant d’aller conquérir l’Ouest lointain (The Far West) encore sauvage (1776-1890), les colons européens se sont tournés vers les négriers quand il s’est agi de trouver de la main-d’œuvre pour leurs exploitations agricoles (blé, coton, maïs…). Négriers qui kidnappaient des africains (par millions, jusqu’à l’orée du XIXe siècle), les réduisaient en esclavage et les vendaient en Amérique du Nord, Centrale (Caraïbes) et du sud. La main d’œuvre n’avait pu être tirée de leurs propres rangs (des européens), du fait de leur faible nombre, ni de ceux des autochtones, que l’on appelait faussement les indiens, ces « Peaux-Rouges » ayant été largement exterminés, massacrés par millions suivant plusieurs méthodes très efficaces : expulsion de leurs terres et parcage dans des réserves (comme des animaux sauvages), élimination physique (les guerres indiennes, de 1778 à 1890), maladie (inoculée au moyen de la fourniture de couvertures infectées) etc., depuis l’arrivée des Espagnols et des Français au XVe siècle. Même après la guerre de Sécession – la Civil War qui opposa de 1861 à 1865 les Etats dit de « l’Union » au Nord aux Etats esclavagistes du Sud, dits « Confédérés », qui aboutit à l’abolition de l’esclavage (6 décembre 1865) défendue par Abrahm Lincoln, la situation ne s’est pas vraiment arrangée pour la communauté afro-américaine. La période de la Reconstruction, suivie de l’ère Jim Crow, a vu l’instauration de lois ségrégationnistes qui ont maintenu les Noirs dans une position de citoyens de seconde zone, jusqu’à leur abolition définitive en 1968.
En Savoir Plus
« Strange Fruit », Billie Holiday, 1969
Strange Fruit est une pierre angulaire du blues, interprétée par Billie Holiday pour la première fois en 1939. Elle est basée sur un poème écrit par Abel Meeropol, un enseignant et militant syndical profondément choqué par une photographie de lynchage d’Afro-Américains, pratique courante à l’époque notamment dans les états du Sud.
Le poème, initialement intitulé «Bitter Fruit», a été publié en 1937 et décrit de manière poignante les corps pendus aux arbres, comparés à des «fruits étranges». Meeropol a mis son poème en musique et l’a présenté à Billie Holiday, qui a été touchée par son message puissant et a décidé de l’interpréter. Billie Holiday a souvent interprété Strange Fruit au Café Society à New York, un club connu pour son engagement contre la ségrégation. La chanson a rapidement suscité des réactions fortes, devenant un hymne contre le racisme et les violences raciales.
Les patronymes des bluesmen

Huddie William Ledbetter dit «Leadbelly» tient comme beaucoup d’autres bluesmen son nom de scène d’une déformation de son nom.
Dans le sillage de l’abolition de l’esclavage en 1865, les recensements de 1870 et 1880 ont joué un rôle crucial. Pour la première fois, les noms de tous les Afro-Américains étaient enregistrés, ce qui a poussé beaucoup d’entre eux à choisir un nom de famille pour être correctement recensés, n’ayant souvent seulement qu’un prénom.
Des esclaves affranchis ont été affublés de patronymes tirés de la liste des pères fondateurs et des premiers présidents des États-Unis (Jackson, Hancock, Johnson, Washington, Franklin…) quand ce n’est pas en fonction de leur couleur de peau, plus ou moins foncée (broonzy, white, brown…), ou d’autres caractéristiques physiques ou professions, tandis que d’autres ont pris le nom de leur ancien propriétaire car ils n’avaient tout simplement pas d’autre référence.
Noms de scène
Les bluesmen ont ainsi souvent eu des «noms de scène» très imagés (Fats, Big (souvent les bluesmen sont des forces de la nature), Slim, Little, Sleepy, Howling Wolf, Muddy Waters, Hound Dog, Taj Mahal, Lightnin’, Mighty, Barkin’, Son, Brother, Sister, Blind, Sunnyland…) ou, comme les cowboys, donnant une indication de leur origine (Texas, Tampa, St Louis, Mississippi, Memphis, Louisiana…), quand ce n’est pas une déformation de leur nom : Ledbetter devient Leadbelly, Thibeaux (Walker) devient T Bone.it, où ils vont trouver des emplois et une vie plus urbaine, mais aussi un climat plus contrasté.

Henry St Claire Fredericks (1942- )
1971

Aaron Thibeaux Walker (1910-75)
Am Folk Blues Fest, Hamburg, 1972

Lee Conley Bradley (1893-58)
Publicité guitare Gibson L-7, 1951

Rosetta Nubin (1915-73)
Photo publicitaire, 1938

Lizzie Douglas (1897-1973)
1930

Eleanora Fagan (1915-59)
Downbeat Club, New York, 1947

Gertrude Ma Pridgett (1886-1939)
Source manquante, 1920

Thomas Wright Waller (1904-43)
NY World-Telegram portrait, 1938

Chester A. Burnett (1910-1975)
Ann Arbor Blues Festival, 1970

Huddie W. Ledbetter (1885-1949)
Stuyvesant Casino, New York,1946

Sam Hopkins (1912-82)
Source manquante, 1960

McKinley Morganfield (1913-83)
Paris, 1976
Définition
L’essence du blues
Génèse
Interroger le blues, c’est d’abord questionner ses racines : les circonstances de son apparition, la signification du mot lui-même, et les éléments qui définissent cette expression artistique.
Dès le début, les colons blancs ont ainsi converti les esclaves afro-américains, de force, à la religion Chrétienne, en leur imposant d’aller à l’église et en leur apprenant la liturgie (La Bible), en anglais bien sûr, eux qui ne parlent pas encore bien la langue de leurs maîtres. Ils vont ainsi rapidement participer activement aux offices, leur riche culture du chant et de la musique leur permettant de s’y adapter facilement.
Les chants religieux, les cantiques (les hymnes), sont alors repris en chœur par ces esclaves, qui vont finir par les prendre en main au XIXe siècle, les remanier en leur insufflant un caractère plus africain, avec là aussi prédominance d’une pulsation où les temps forts sont placés sur le 2 et le 4 plutôt que sur le 1 et le 3. On va y trouver également la recherche de la transe mystique par la répétition des motifs en boucle et le rythme très marqué (danse). Quand la pulsation du blues et du jazz est le plus souvent ternaire, le gospel va, lui, « retourner » à la pulsation binaire, plus vivante, plus sautillante. On est dans la joie et l’espérance, on saute et l’on danse plutôt que l’on traine des pieds dans le désespoir et l’affliction. On y roule (rock) et on y balance (roll) déjà avec entrain, en faisant du bruit (rattle), certes, mais du holy noise.
Les premiers chants collectifs sont nés dans les plantations, où le travail est particulièrement pénible, cette expression musicale étant un moyen de communication premier entre des déracinés ne parlant pas la même langue (ils sont de provenances diverses), en tout cas dans un premier temps.
Des églises vont être réservées aux noirs et de nombreuses congrégations religieuses, des paroisses (communities), vont s’assembler et célébrer des messes chaque fin de semaine (« Sunday I Go To Church, I Kneel Down And Pray »). Lorsque le pasteur prononce son sermon, les fidèles répondent en tapant dans leurs mains (ou dans un tambourin, un tambour de Basque amené en Amérique par les Espagnols), et s’expriment non pas d’une voix douce et rentrée, mais fortement et avec énergie, de manière à bien remplir l’église de leurs voix, dans le but de faire vibrer les âmes (soul) des participants. Le chœur est bien sûr accompagné par l’orgue (church organ), ou l’harmonium, instrument exclusif qui se doit de trôner dans chaque église ou temple aux États-Unis.
Les marqueurs musicaux

Expression du désespoir des déracinés et déshérités, la forme spécifique du blues influencera largement les musiques populaires du XXe siècle, le rock et ses dérivés.
Les marqueurs musicaux qui caractérisent le blues et définissent sa forme si spécifique sont multiples : note bleue, shuffle, textes mélancoliques, twelve bars, apparition de la guitare électrique, etc…
Quand les musiques populaires en Afrique sont jouées généralement en majeur, sur des pulsations franchement binaires, en Amérique elles se retrouvent souvent en mineur, avec apparition de notes bleues sur des pulsations ternaires (avec des rythmes pratiquement toujours binaires), qui trainent des pieds lamentablement : c’est le shuffle. La tristesse et le désespoir contre la force vitale et l’espoir en des lendemains meilleurs.
Note Bleue
La note bleue (de l’anglais blue note) est une note abaissée d’un demi-ton au maximum, qui donne sa couleur musicale au blues, et plus tard au jazz. Les notes bleues peuvent être considérées comme des notes ajoutées à la gamme majeure : ces notes sont aux troisième, cinquième et septième degrés, abaissées d’un demi-ton.
La couleur blue note la plus emblématique correspond à une quinte bémol, c’est-à-dire à l’ajout de la quarte augmentée dans la gamme majeure.
Appuyez sur le bouton (▶) pour écouter et suivre les notes bleues.
Ecouter un chant avec et sans notes bleues
Ecouter la « blue note » sur cette introduction d’harmonica de Sonny Boy Williamson II
Shuffle
Le swing est une rythmique jazz qui consiste à accentuer les temps faibles dans une mesure à deux ou quatre temps. En outre, les pulses binaires sont remplacés par des pulses ternaires pour donner une impression de balancement. Ainsi, au lieu de jouer deux croches successives, on joue la première et la troisième croche d’un triolet (autrement dit, la première note est plus longue et la deuxième plus courte, créant un effet de balancement).
Le «swing ratio» (rapport de swing) varie avec le tempo : il est comparable à celui d’un triolet à un tempo rapide, mais devient plus binaire à un tempo plus élevé.
À l’inverse, à un tempo plus lent, le rapport se rapproche de celui d’une croche pointée suivie d’une double croche. On n’est pas très loin des notes inégales en musique baroque. Le shuffle est au blues et au rock ce que le swing est au jazz, à ceci près que l’inégalité ne varie pas en fonction du tempo.
Appuyez sur le bouton (▶) pour écouter et suivre un shuffle.
Ecouter un blues avec une rythmique shuffle
Textes du désespoir
Les textes sont évidemment le reflet de l’état de désolation des bluesmen. Ces plaintes sont souvent structurées en vers, avec rimes (approximatives) et résolutions succinctes.
Version Originale (Anglais) :
If I had possession
over judgment day
Lord, the little woman I’m lovin’ wouldn’t
have no right to pray
And I went to the mountain
lookin’ far as my eyes could see
And I went to the mountain
lookin’ far as my eye could see
Some other man got my woman and the lonesome blues got me
And I rolled and I tumbled and I
cried the whole night long
And I rolled and I tumbled and I
cried the whole night long
Boy, I woke up this mornin’
my biscuit roller gone
Had to fold my arms and I
slowly walked away
(spoken) I didn’t like the way she done
Had to fold my arms and I
slowly walked away
I said in my mind, « Yo, »
trouble gon’ come some day
Now run here, baby
set down on my knee
I wanna tell you all about the
way they treated me
Traduction (Français) :
Si j’avais la possession
sur le jour du jugement
Seigneur, la petite femme que j’aime n’aurait pas
le droit de prier
Et je suis allé sur la montagne
et j’ai regardé aussi loin que mes yeux pouvaient voir
Et je suis allé à la montagne
regardant aussi loin que mes yeux pouvaient voir
Un autre homme a pris ma femme et le lonesome blues m’a pris
Et j’ai roulé, j’ai dégringolé et j’ai
pleuré toute la nuit
Et j’ai roulé et j’ai dégringolé et j’ai
pleuré toute la nuit
Je me suis réveillé ce matin
Mon rouleau à patisserie a disparu
J’ai dû croiser les bras et je
me suis éloigné lentement
(parlé) Je n’ai pas aimé sa façon de faire
J’ai dû croiser les bras et je
me suis éloigné lentement
J’ai dit dans mes pensées, «Yo,»
Les problèmes viendront un jour ou l’autre
Maintenant viens là, bébé
assieds-toi sur mes genoux
Je veux tout te dire sur la
façon dont ils m’ont traité
Twelve Bars
Une autre caractéristique distinctive du blues est sa forme. Quand le blues n’est pas purement et simplement une récitation linéaire, sur une note ou un accord (John Lee Hooker), il est basé sur une structure en douze mesures (avec une progression d’accord typique), sans couplets ni refrains, tournant en boucle jusqu’à une coda aléatoire, et approximative.
Les temps forts, comme dans la majorité des musiques issues du blues, sont le deuxième et le quatrième, contrairement à ce qui se passe en Europe, où c’est plutôt le premier et le troisième que l’on accentue.
Appuyez sur le bouton (▶) pour écouter et suivre un blues en douze mesures.
Ecouter un blues en douze mesures :
Grille de blues
La structure emblématique des 12 mesures du blues peut également être représentée sous la forme d’une « grille d’accords ». Chaque case de la grille représente une mesure, et précise la note de basse (ci-dessous avec la notation anglo-saxonne qui attribue à chaque note une lettre de l’alphabet – le « la » correspondant à la lettre A, le « si » à la lettre B, le « do » à la lettre C, etc) mais également un chiffre qui indique l’accord à réaliser à partir de la basse.
Le chiffre 7 correspond ici à un accord de septième (c’est-à-dire 7 notes au-dessus de la basse), sur une basse de la (A), puis ré (D), puis mi (E) avant de revenir sur le la (A). On parle de « chiffrage d’accords ».

On parle alors de « basse chiffrée » et non de « grille » car la basse est toujours écrite sur les portées d’une partition plutôt que représentée dans des cases, mais le principe est le même.
Guitare et voix

Crédits : Gottlieb, William P., 1917-, photographer, The Library of Congress, Public domain
Forme Originelle
Après être sorti des champs de coton, dès que les esclaves se sont emparés d’instruments, le blues a presque toujours été l’expression d’un chanteur seul s’accompagnant à la guitare, les duos guitare-harmonica, comme Soony Terry & Brownie McGhee ou Buddy Guy & Junior Wells, étant exceptionnels. Par opposition au chœur des fidèles du gospel, accompagné par un organiste ou un pianiste (l’orgue d’église acoustique devenant électrique à l’apparition de l’Hammond Organ au milieu des années 30).
La guitare, amenée par les conquistadors espagnols (Spanish guitar comme disent les américains), est au départ de configuration classique (ou flamenca) avec une petite caisse de résonance et des cordes en boyaux (de chat !). C’est un instrument de salon, facile à transporter et surtout polyphonique. On peut y simuler des percussions comme tout autre type d’instrument, même un orchestre entier, mais elle a le défaut rédhibitoire de n’être pas très sonore. Et pour se faire mieux entendre en plein air, ou dans des bouges bruyants, il serait bon d’augmenter sa puissance sonore, son efficacité.
La guitare, sous diverses formes, existait déjà sur le sol américain avant l’introduction de la « Spanish guitar », notamment grâce aux instruments amenés par les colons européens dès le XVIe siècle, comme la vihuela et d’autres cordophones apparentés. Cependant, ces instruments restaient marginaux par rapport au banjo et à la mandoline, qui dominaient la musique populaire américaine au début du XXe siècle.
L’introduction de la « Spanish guitar » au XIXe siècle, sous l’impulsion de lutheries comme celles de Christian Frederick Martin, a véritablement marqué le début de la popularité de la guitare moderne aux États-Unis, en lui donnant une place centrale dans la musique américaine et en inspirant l’évolution vers la guitare folk à cordes métalliques. L’électrification de la guitare et l’ajout d’autres instruments viendra plus tard, concomitamment avec les premières migrations des musiciens vers le nord des États-Unis, mais le blues des origines, qui trouve sa source dans les états esclavagistes du sud, s’incarne dans cette version épurée et intimiste.
Du côté de la voix, les bluesmen vont avoir tendance à hurler (howlers, screamers…) et érayer leur voix pour être bien perçus. Si on ne les entend pas, les « spectateurs » finissent par détourner leur attention des artistes et leurs « employeurs » (patrons de ces bars crasseux) vont être amenés à les « remercier ».
Ecoutez la voix de Blind Willie Johnson dans « Praise God I’m Satisfied »
En savoir plus
Guitare Slide
Étroitement associée au blues, le jeu en slide est une technique qui consiste à utiliser un objet dur, comme un bottleneck pour glisser le long des cordes de la guitare au lieu de les presser contre les frettes. Cela permet de créer des transitions fluides entre les notes, produisant un son distinctif et expressif.
Cela permet de créer des effets musicaux spécifiques :
- glissando : transition fluide entre les notes, sans les interruptions des frettes
- vibrato : en bougeant légèrement le slide, on peut ajouter un vibrato expressif, imitant la voix humaine
- sustain prolongé : le slide permet de maintenir les notes plus longtemps, ajoutant une dimension lyrique au jeu
Bottleneck
Un bottleneck est un accessoire pour jouer en slide, souvent fabriqué à partir du goulot d’une bouteille en verre, d’où son nom (bottleneck signifie littéralement goulot de bouteille). Aujourd’hui, les bottleneck peuvent être en verre, en métal ou en céramique. Chaque matériau offre une texture sonore différente.
Flat picking
Le flat picking est une technique de jeu de guitare utilisant un médiator (ou plectre) pour pincer les cordes, contrairement au fingerpicking qui utilise les doigts. Cette technique permet de jouer des mélodies rapides et précises, ainsi que des accords rythmiques.
La guitare était principalement utilisée comme instrument rythmique. Cependant, des guitaristes ont commencé à jouer des solos, ce qui a conduit à l’émergence de deux styles principaux : le fingerstyle et le flat picking. Des guitaristes comme Big Bill Broonzy ont utilisé des techniques de picking qui ont influencé le développement du flat picking.
Migration et évolution
Le blues du Delta, les sources du Nil

Le Delta du Mississippi, région agricole du Sud profond, est considéré comme le berceau du blues.
Origines Géographiques
Considérée comme le berceau du blues, la région dite «Delta du Mississippi», région agricole du Sud profond, n’est pas du tout située à l’embouchure dudit fleuve à La Nouvelle-Orléans, mais plus haut dans l’état du Mississipi. Bordée à l’est par le fleuve Mississipi le long de la Louisiane et de l’Arkansas, elle se trouve entre Memphis (Tennessee) au nord et Vicksburg (Mississippi) au sud.
Les bluesmen les plus emblématiques sont originaires de ce delta (parallélogramme qui s’étire du sud au nord, le long du grand fleuve), notamment de villes comme Rolling Fork (Muddy Waters), Itta Bena (B.B. King), Lyon (Son House) ou Vicksburg (Willie Dixon), etc.
(carte dynamique)
Nombre de bluesmen originaires de cette région suivront les chemins qu’empruntent de nombreux Afro-Américains lors des grandes migrations intérieures à la recherche de meilleures opportunités professionnelles. Ce vaste mouvement de population les conduit notamment vers les grandes villes du Nord (Saint-Louis, Davenport, Minneapolis, Louisville, Indianapolis, Chicago, Milwaukee, Cincinnati, Detroit, Cleveland et Pittsburgh), où le blues, porté par ces migrants, s’implante et évolue.Ceux quittant Atlanta et Miami remontent plus à l’est vers des villes comme Richmond, Baltimore, Philadelphie et New York. Enfin, deux autres axes migratoires orientent la population – et par ricochet le blues – vers la West Coast, à San Francisco et Los Angeles (Californie), puis vers Portland (Oregon) et Seattle (Washington) au nord, près de la frontière canadienne.
Playlist
CHARLEY PATTON
Charlie Patton (1891-1934)

Charley Patton est souvent considéré comme le «père du Delta blues». Il est l’un des premiers musiciens à populariser ce style musical en dehors de la région du Delta du Mississippi.
Patton a grandi dans une famille nombreuse et a passé une grande partie de sa jeunesse dans la plantation de coton de Will Dockery, où il a développé son amour pour la musique. Il a commencé à jouer de la guitare à l’âge de 14 ans et a rapidement été influencé par des musiciens locaux comme Henry Sloan.
Au cours de sa carrière, Patton est devenu un musicien itinérant, parcourant le Mississippi et d’autres États pour se produire. Il est connu pour son jeu de guitare rythmique et complexe, ainsi que pour ses performances scéniques spectaculaires : il impressionnait en effet son public en jouant de la guitare derrière sa tête ou même entre ses jambes, ce qui a influencé de nombreux musiciens de blues et de rock qui ont suivi, comme Jimi Hendrix. Ses chansons abordaient souvent des thèmes de la vie quotidienne des Afro-Américains dans le Sud des États-Unis, comme les conditions de travail difficiles et les inondations du Mississippi.
Entre 1929 et 1934, il a enregistré plus de 70 titres pour les labels Paramount et Vocalion, dont certains de ses morceaux les plus célèbres comme High Water Everywhere, Screamin’ and Hollerin’ the Blues et Pony Blues. Son influence sur le blues et la musique populaire américaine est immense, inspirant des générations de musiciens, y compris des légendes comme Robert Johnson, Howlin’ Wolf et Muddy Waters.
ROBERT JOHNSON
Robert Leroy Johnson (1911-1938)

La légende Robert Leroy Johnson est née le 8 mai 1911 à Hazlehurst dans le Mississippi, et morte le 16 août 1938 dans des circonstances mystérieuses, il n’a que 27 ans (bienvenue au club), seulement deux ans après les fameuses séances d’enregistrement où il grave ses grands classiques (29 morceaux, pas plus), qui seront repris par d’innombrables artistes, de Jimi Hendrix à Eric Clapton en passant par Jimmy Page, The Rolling Stones ou encore Bob Dylan.
Il se produit dans le Chitlin Circuit, réseau de salles de spectacle dans les régions de l’Est, du Sud et du Haut Midwest offrant un cadre commercial et culturel aux artistes afro-américains, mais il n’est pas enregistré, pas connu. Il ne deviendra célèbre que longtemps après sa mort.
Légende
Il aura raconté lui-même sa légende (le pacte avec le diable) : un soir très sombre, alors qu’il se promenait dans les alentours de Clarksdale, dans le Delta du Mississippi, il se perd à un carrefour (crossroads). Comme il commence à s’endormir, une brise fraîche le réveille. Il voit alors au-dessus de lui une ombre immense avec un long chapeau. Effrayé, ne pouvant dévisager cette apparition, Johnson reste comme paralysé. Sans un mot, l’apparition se penche, prend sa guitare, l’accorde, joue quelques notes divines avant de lui rendre l’instrument et de disparaître dans le vent noir du Sud. En réalité, cette légende provient d’un autre bluesman, Tommy Johnson (curieusement un autre Johnson), qui prétendait avoir vendu son âme au diable, un soir, à un carrefour, pour obtenir sa virtuosité à la guitare.
LEADBELLY
Huddie William Ledbetter (1888-1949)

Le «ventre de plomb» est découvert par les fameux musicologues John et Alan Lomax, juste après l’un de ses passages par la prison, à laquelle il a été condamné pour violences répétées. Séduits par son talent, ils enregistreront des centaines de ses chansons pour la bibliothèque du Congrès.
Spécialiste de la douze cordes, il en joue de main de maître dans un folk blues des plus raffinés, où sa voix haut perchée mais vigoureuse fait merveille. Leadbelly a grandi au Texas, où il a été exposé à une variété de styles musicaux, notamment les spirituals, les work songs et les ballades. Il commence sa carrière musicale en jouant de l’accordéon avant de se tourner vers la guitare. Son répertoire, là aussi, va servir de référence à un nombre incalculable d’artistes, de Harry Bellafonte aux Beach Boys, en passant par Led Zeppelin, les Rolling Stones, Creedence Clearwater Revival, Nirvana ou… Joe Dassin.
HOWLIN’ WOLF
Chester Arthur Burnett (1910-1976)

Le «Loup Hurleur», lui aussi né dans le Mississipi, a été affublé dans sa jeunesse d’autres sobriquet comme Big Foot ou Bull Cow, tant il était bien charpenté et massif (il chaussait en effet du 53 et mesurait 1,92 m pour 125 kg). Howlin’ Wolf a grandi dans une plantation de coton et a été influencé par des musiciens comme Charley Patton, qui lui a appris à jouer de la guitare.
Dans les années 1930, il a commencé à se produire dans des clubs du Mississippi et de l’Arkansas. Il n’enregistre son premier disque qu’à l’âge de quarante et un ans et il est l’un des premiers à électrifier sa guitare, avec un son saturé convenant bien à ses lupins hurlements. Il a ainsi joué un rôle clé dans la transformation du Blues acoustique du Delta en Blues électrique de Chicago. C’est de sa voix puissante et rocailleuse, avec laquelle il hurle au loup à l’occasion, que vient à Mr Burnett son nom de scène.
SONNY BOY WILLIAMSON II
Rice Miller (1899-1965)

Sonny Boy (fiston) Williamson (1899-1965), deuxième du nom, est un chanteur harmoniciste, mais aussi compositeur, qui réalise son premier enregistrement en 1951. Il est souvent considéré comme l’un des plus grands joueurs d’harmonica de son époque et a grandement influencé le développement du blues moderne.
Il n’aura pas véritablement de succès avant de passer chez Chess Records (à Chicago) où il produit plus de 70 chansons de 1955 à 1964.
LONNIE JOHNSON
Alfonzo Johnson (1899-1970)

Tenant du country blues puis pionnier de l’urban blues, le néo-louisianais Lonnie Johnson (1899-1970) enregistre dès le début des années 1920 un grand nombre de disques classés dans la catégorie race records,ce qui signifiait que cette musique s’adressait à une population exclusivement de couleur.
Johnson a grandi dans une famille de musiciens et a commencé à jouer du violon et de la guitare dès son plus jeune âge. Il a joué dans divers groupes et orchestres, explorant une multitude de styles musicaux, du ragtime au jazz en passant par le blues. Ce chanteur guitariste de grande classe a influencé énormément de musicien de blues, et pas seulement, notamment Robert Johnson, T Bone Walker, Jimi Hendrix et Eric Clapton.
BIG BILL BROONZY
Lee Conley Bradley (1927-1958)

Le «gros William bronzé» (1927-1958) enregistre son premier disque en 1927 et va graver plus de trois cents titres sous son nom, sans compter ses innombrables interventions avec d’autres grands bluesmen comme Washboard Sam, Jazz Gillum ou Memphis Slim, où il excelle par la qualité de son jeu de guitare et la limpidité de sa voix.
Il s’électrifie après-guerre pour jouer un blues plus urbain, et plus policé, avant de revenir aux sources du blues traditionnel, individuel et acoustique. Il est l’un des premiers à venir en Europe, et notamment en France, en 1951, pour y porter la bonne parole du blues.
BLIND WILLIE JOHNSON
Willie Johnson (1897-1945)

Quand on est noir, dans le Sud, et que de plus on est aveugle (on ne peut donc pas travailler aux champs), on peut être recueilli par une communauté religieuse, une paroisse. C’est le cas de Willie Johnson (1897-1945) qui chante alors du blues chrétien, une anomalie rare.
Cet artiste vénéré voit sa chanson Dark Was The Night, Cold Was The Ground figurer parmi les vingt-sept chansons du monde gravées sur le Voyager Golden Record, un disque envoyé à bord des sondesspatiales Voyager en 1977. Ce disque contient des sons et des images sélectionnés pour représenter la diversité de la vie et de la culture sur Terre, et la musique de Johnson a été choisie pour illustrer la profondeur émotionnelle de l’humanité. À plus de 19 milliards de kilomètres de notre planète en 2015, la sonde Voyager 1, lancée en 1977 avec son disque d’or servant de bouteille à la mer, est l’objet humain le plus éloigné de la Terre.
Blues urbain et guitare électrique

Great Depression
La Grande Dépression qui frappe les États-Unis après le krach boursier de 1929 provoque un exode rural. L’industrialisation du nord des États-Unis (sidérurgie, textile, pétrochimie, automobile, radio, petit et grand ménager…) et la décrépitude du sud vont inciter la population noire, bluesmen compris, à émigrer vers le Nord. En remontant le cours du Mississippi, les Bluesmen laisseront de fortes empreintes en cours de route, comme à St Louis dans le Missouri, puis en passant par exemple du Delta du Mississipi et du deep south en général (Tennessee, Mississippi, Texas, Louisiane) à Chicago, Milwaukee ou Detroit, où ils vont trouver des emplois et une vie plus urbaine, mais aussi un climat plus contrasté.

Naissance de la guitare éléctrique
L’électrification de la guitare et l’évolution de sa facture distingue le Delta blues de ses futures formes.
Playlist des différents courants
Fresque du blues urbain
Le blues de Chicago
L’urbanisation progressive de la population afro-américaine a entraîné une évolution significative du blues dont Chicago, en particulier, est devenu un centre névralgique. Le blues de Chicago se distingue d’autres formes de blues urbain par son enracinement encore marqué dans le Delta blues avec une forte présence de l’harmonica et des riffs de guitare électrique.
MUDDY WATERS
McKinley Morganfield (1913-1983)

McKinley Morganfield, plus connu sous le nom de Muddy Waters, est né à Rolling Fork (Mississippi), ville aux eaux boueuses qui ont inspiré son nom de scène. En 1941, Alan Lomax, célèbre folkloriste, enregistre Muddy pour la Bibliothèque du Congrès, révélant au monde son talent brut.
Trois ans plus tard, comme des millions d’autres Afro-Américains durant la Grande Migration, il quitte le Sud pour Chicago où son adoption de la guitare électrique et l’intégration d’une section rythmique complète (batterie, piano, basse, cette dernière étant inventée en 1950 par Leo Fender) ont jeté les bases du Chicago blues. Cette évolution a non seulement redéfini le son du blues, mais a également préfiguré la formation standard des groupes de rock des années 60.
En 1948, ilsigne avec Chess Records et enchaîne les succès comme I Feel Like Going Home et I Can’t Be Satisfied. Les Rolling Stones eux-mêmes, grands admirateurs du bluesman, tirent leur nom de sa chansonRollin’ Stone.
B. B. KING
Riley Ben King (1925-2015)

Riley Ben King, plus connu sous le nom de B.B. King (1925-2015), est né à Itta Bena, dans le Mississippi.
Bien que n’étant pas strictement un représentant du Chicago Blues, il illustre parfaitement l’évolution du blues vers un style plus urbain et électrique. Son jeu de guitare distinctif, caractérisé par un vibrato expressif et des phrases mélodiques inspirées du jazz, a influencé des générations de musiciens bien au-delà du blues. Son titre The Thrill Is Gone est un parfait exemple de la fusion entre le blues traditionnel et des arrangements plus modernes.
Sa carrière, qui s’étend sur plus de six décennies, a profondément marqué le paysage musical mondial
ALBERT KING
Albert Nelson (1923-1992)

Albert King, né Albert Nelson à Indianola dans le Mississippi, est l’un des géants du blues, souvent surnommé « The Velvet Bulldozer » en raison de sa stature imposante et de son jeu de guitare tout en finesse. Dès son plus jeune âge, il est plongé dans la musique grâce à son père, Will Nelson, qui joue de la guitare. Mais c’est en écoutant des légendes comme Elmore James et Robert Nighthawk qu’il trouve sa véritable inspiration.
Dans les années 1950, Albert King quitte le Mississippi pour s’installer à Saint-Louis, où il développe son style unique de guitare électrique, caractérisé par des bends puissants et des vibratos expressifs. En 1961, il connaît son premier succès avec Don’t Throw Your Love on Me So Strong, mais c’est en signant avec le label Stax en 1966 qu’il atteint la consécration. Son album Born Under a Bad Sign (1967) devient un classique instantané, influençant des générations de musiciens, de Jimi Hendrix à Eric Clapton.
Le Jazz et le rhythm and blues
Le rhythm and blues (R&B) émerge dans les années 1940 et 1950, et représente une autre étape cruciale dans l’évolution du blues et son influence sur la musique populaire. Combinant des éléments de blues, de jazz et de gospel, le R&B a produit des artistes emblématiques qui ont posé les jalons du rock’n’roll naissant.
NAT KING COLE
Nathaniel Adams Coles (1919-1965)

Nat King Cole, né Nathaniel Adams Coles à Montgomery (Alabama), est une figure emblématique du jazz et du rhythm and blues. Dès son plus jeune âge, il est plongé dans la musique grâce à sa mère, organiste à l’église, qui lui apprend à jouer du piano. À quatre ans, il donne déjà son premier concert, interprétant Yes! We Have No Bananas.
La famille déménage à Chicago, où Nat s’imprègne de l’effervescence musicale du quartier de Bronzeville. Il quitte l’école à 15 ans pour se consacrer entièrement à la musique, formant son premier groupe, le King Cole Trio, en 1937. Leur succès Straighten Up and Fly Right en 1943 marque le début de sa carrière fulgurante.
Nat King Cole devient le premier Afro-Américain à animer une émission de télévision nationale, The Nat King Cole Show, en 1956, brisant ainsi des barrières raciales dans le monde du divertissement. Malgré les défis et les discriminations, il reste une figure charismatique et influente, avec des tubes intemporels comme Unforgettable et Mona Lisa.
LOUIS JORDAN
Louis Jordan (1908 – 1975)

Né à Brinkley dans l’Arkansas, Louis Jordan est une figure emblématique du jazz, du blues et du rhythm and blues. Surnommé «le roi du juke-box», il a marqué les années 1930 à 1950 avec son style unique et son charisme indéniable. Fils d’un chef d’orchestre, il apprend très tôt à jouer de la clarinette et du saxophone, se produisant dès l’âge de 15 ans avec les Rabbit Foot Minstrels.
En 1936, il rejoint l’orchestre de Chick Webb, où il rencontre Ella Fitzgerald et affine son style. Deux ans plus tard, il forme son propre groupe, les Tympany Five, et révolutionne la scène musicale avec des morceaux comme Is You Is or Is You Ain’t My Baby? et Caldonia.
Jordan devient l’un des premiers artistes noirs à connaître un succès massif auprès du public blanc, ouvrant la voie à des légendes comme Chuck Berry et Ray Charles.
Il s’éteint en 1975 à Los Angeles, laissant derrière lui un héritage musical immense et une influence durable sur le rock ‘n’ roll et le rhythm and blues.
BIG JOE TURNER
Joseph Vernon Turner (1911-1985)

Big Joe Turner, né Joseph Vernon Turner Jr. à Kansas City (Missouri), est une légende du blues, du jazz et du rhythm and blues. Surnommé «the boss of the blues», il est l’un des pionniers du rock ‘n’ roll, avec une carrière qui s’étend des années 1920 aux années 1980.
Turner commence à chanter dans les rues et les églises de Kansas City après la mort de son père. À 14 ans, il quitte l’école pour travailler dans les clubs de nuit, où il devient rapidement connu comme le «Singing Barman» grâce à ses performances en tant que barman chanteur. En 1936, il s’installe à New York avec son ami, le pianiste Pete Johnson, et leur participation au concert From Spirituals to Swing au Carnegie Hall les propulse sur le devant de la scène.
Big Joe Turner enregistre des classiques intemporels comme Shake, Rattle and Roll qui devient un hit majeur, repris notamment par Bill Haley and His Comets. Sa voix puissante et son style énergique font de lui une figure incontournable du jump blues et du rock ‘n’ roll naissant.
T-BONE WALKER
Aaron Thibeaux Walker (1910 – 1975)

T-Bone Walker, né Aaron Thibeaux Walker le 28 mai 1910 à Linden au Texas, est un pionnier de la guitare électrique et un innovateur du jump blues et du West Coast blues. D’origine afro-américaine et cherokee, il grandit dans le sud de Dallas, où il rencontre Blind Lemon Jefferson qui l’initie au blues. Dès l’âge de 10 ans, il quitte l’école pour se consacrer à la musique, devenant rapidement un artiste professionnel sur le circuit du blues.
En 1929, il enregistre son premier single, Wichita Falls Blues, sous le nom de Oak Cliff T-Bone. Mais c’est en 1947 qu’il connaît un succès retentissant avec Call It Stormy Monday (But Tuesday Is Just as Bad), un classique du blues où la guitare électrique occupe une place primordiale.
T-Bone Walker devient alors une figure incontournable, influençant des générations de musiciens, de B.B. King à Jimi Hendrix, qu’il inspire notamment par son habileté à jouer de la guitare avec ses dents.
JIMMY RUSHING
James Andrew Ru (1901-1972)

Jimmy Rushing, né James Andrew Rushing à Oklahoma City, est une figure emblématique du jazz et du blues. Son surnom «Mr. Five by Five» gagne en popularité en 1942 grâce à une chanson qui décrit sa stature imposante : «il mesure cinq pieds de haut et cinq pieds de large», et devient ainsi un symbole de son charisme et de sa présence scénique. Fils de musiciens, il grandit dans une famille où la musique est omniprésente. Son père, trompettiste, et sa mère, chanteuse, lui transmettent leur passion dès son plus jeune âge.
Rushing commence sa carrière musicale en jouant du piano dans les clubs de Los Angeles avant de rejoindre les Blue Devils de Walter Page en 1927. En 1935, il devient le chanteur vedette de l’orchestre de Count Basie, avec lequel il enregistre des classiques comme Going to Chicago et Harvard Blues. Sa voix puissante et son style de blues shouterlui permettent de se faire une place de choix dans le monde du jazz.
CHARLES BROWN
Charles Brown (1922 – 1999)

Né à Texas City, Charles Brown est une figure emblématique du blues californien (ou West Coast blues). Pianiste virtuose et chanteur à la voix douce et mélancolique, il a marqué les années 1940 et 1950 avec des classiques comme Driftin’ Blues et Merry Christmas Baby.
Après des études de pharmacie et une formation de pianiste classique, Brown quitte le Texas pour Los Angeles en 1943. Il se fait rapidement remarquer dans les cabarets chics de Hollywood, où son jeu de piano, influencé par Fats Waller et Earl Hines, séduit le public. Il rejoint alors le trio de Johnny Moore, les Three Blazers, remplaçant Nat King Cole et connaissant un succès immédiat.
La critique de l’époque lui attribue le surnom de «Sepia Sinatra», pour son style de crooner sophistiqué, qui reflétait les aspirations de la communauté noire en quête de réussite sociale dans les grandes villes. Malgré une baisse de popularité dans les années 1950, Brown connaît un renouveau dans les années 1990 grâce à des collaborations avec le guitariste de jazz Danny Caron.
Le Texas Blues
LIGHTNIN’ HOPKINS
Sam John Hopkins (1912-1982)

Lightnin’ Hopkins, né Sam John Hopkins à Centerville (Texas), est une légende du blues texan, connu pour son jeu de guitare électrique innovant et son style improvisé. Dès son plus jeune âge, il est plongé dans la musique grâce à ses frères et à son cousin, le célèbre bluesman Texas Alexander. À huit ans, il fabrique sa première guitare avec une boîte de cigares et du grillage à poules, montrant déjà une ingéniosité qui marquera sa carrière.
En 1946, il est découvert par Lola Anne Cullum du label Aladdin Records, quile surnomme «Lightnin’» en raison de son jeu de guitare fulgurant. Son premier succès Katie Mae le propulse sur le devant de la scène blues.Hopkins enregistre alors de manière prolifique, accumulant plus de deux cents titres entre 1946 et 1953. Malgré son talent indéniable, il reste principalement connu dans la communauté noire jusqu’à la fin des années 1950.
Un fait marquant est sa rencontre avec le producteur Sam Charters en 1959. À cette époque, Hopkins vit dans des conditions précaires à Houston. Charters le retrouve et enregistre l’album Penitentiary Blues en seulement quatre heures, relançant ainsi sa carrière et le faisant découvrir au public blanc lors du renouveau du folk blues des années 1960.
TEXAS ALEXANDER
Alger «Texas» Alexander (1900-1954)

Alger «Texas» Alexander, né à Jewett au Texas, est une figure emblématique du blues texan. Avec sa voix puissante et profonde, il a marqué les années 1920 et 1930 en enregistrant des morceaux mémorables comme Mama’s Bad Luck Child et Sittin’ on a Log.
Bien que sa carrière ait été entachée par des rumeurs de meurtre et des séjours en prison, ces histoires restent controversées et non confirmées. Ce qui est certain, c’est que Texas Alexander a collaboré avec des légendes telles que Blind Lemon Jefferson et Lightnin’ Hopkins, influençant profondément la scène blues de l’époque.
Malgré une vie marquée par la pauvreté et la maladie, il a laissé une empreinte indélébile sur le blues, inspirant des générations de musiciens. On raconte que lorsqu’il chantait, sa voix pouvait être entendue à un pâté de maisons de distance. Lowell Fulson se souvenait de lui en disant : «Il ne chantait pas, il rugissait. Il remplissait chaque endroit où il allait.»
LOWELL FULSON
Lowell Fulson (1921-1999)

Lowell Fulson, né à Atoka (Oklahoma), est une figure incontournable du blues de la côte ouest. Avec une carrière s’étendant sur plus de cinq décennies, Fulson a su marier les sonorités rurales de l’Oklahoma avec les influences urbaines de la Californie, créant ainsi un style unique et influent.
Dès ses débuts, il a collaboré avec des légendes comme Ray Charles et Stanley Turrentine, et a servi dans la marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi ses morceaux les plus célèbres, on retrouve Reconsider Baby, un standard du blues, et Tramp, qui a connu un succès retentissant dans les années 1960. En 1950, Fulson embauche un jeune pianiste aveugle nommé Ray Charles. Charles, qui n’était alors qu’au début de sa carrière, a tourné avec Fulson pendant plusieurs années, ce qui a grandement influencé son propre style musical. Malgré les défis de la vie, y compris des problèmes de santé vers la fin de sa carrière, Fulson a continué à enregistrer et à se produire jusqu’à sa mort le en 1999.
JIMMY REED
Mathis James Reed (1925-1976)

Jimmy Reed, né Mathis James Reed à Dunleith (Mississippi), est l’un des bluesmen les plus influents de l’après-guerre. Avec sa voix traînante et ses solos d’harmonica simples mais pénétrants, il a su captiver un large public, transcendant les frontières du blues pour toucher la pop et le rock. Dès les années 1950, il enchaîne les succès avec des titres comme Honest I Do, Baby What You Want Me to Do et Bright Lights, Big City. Son style accessible et ses mélodies accrocheuses lui valent une place de choix dans le cœur des amateurs de musique, et ses morceaux sont repris par des artistes aussi divers que les Rolling Stones et Elvis Presley.
Son alcoolisme était notoire, au point que lors des enregistrements, sa femme, Mary « Mama » Reed, devait souvent lui souffler les paroles de ses chansons, car il était trop ivre ou oubliait le texte. On peut même l’entendre murmurer les paroles sur certains de ses enregistrements, ajoutant une touche d’authenticité brute à sa musique. Malgré ses luttes personnelles, y compris une épilepsie mal diagnostiquée, Reed a continué à se produire et à enregistrer jusqu’à son décès en 1976.
TAJ MAHAL
Henry Saint Clair Fredericks (1942- )

Taj Mahal, de son vrai nom Henry Saint Clair Fredericks, est né à Harlem à New York. Ce multi-instrumentiste et chanteur a su fusionner les sonorités du blues traditionnel avec des influences caribéennes, africaines et hawaïennes, créant ainsi un style unique et éclectique. Il a choisi son nom de scène après avoir rêvé de Gandhi et de l’Inde.
Dès les années 1960, il se fait remarquer avec des albums comme The Natch’l Blues et Giant Step, qui mettent en lumière son talent pour réinventer le blues tout en respectant ses racines. Taj Mahal a collaboré avec des artistes de renom tels que Ry Cooder et a influencé des générations de musiciens avec son approche innovante.
Malgré les défis de l’industrie musicale, Taj Mahal a su creuser un sillon très personnel et continue de se produire sur scène, apportant sa touche unique au blues contemporain.
Les pianistes du blues

Parallèlement à l’électrification du blues, le piano a progressivement pris une place importante dans l’évolution du genre, mais plus tardivement.
La musique noire de piano n’arrive en effet à New York que juste avant la seconde guerre mondiale où elle est jouée par les blancs.
Scott Joplin
Scott Joplin (1868-1917) était un compositeur et pianiste américain, souvent surnommé le «roi du Ragtime». Né au Texas, il est devenu l’un des principaux créateurs de ce genre musical populaire.
S’il n’entre pas vraiment dans la catégorie des bluesmen, son influence sur le blues au piano et plus tard le jazz est indéniable. Ses compositions les plus célèbres, telles que Maple Leaf Rag et The Entertainer, ont eu une influence durable sur la musique américaine et ont contribué à populariser le ragtime dans le monde entier.
Jelly Roll Morton
Autre pianiste incontournable de l’époque, Jelly Roll Morton s’auto-proclame l’inventeur du jazz. Bien que controversée, cette affirmation n’enlève rien à son influence, Morton ayant introduit des éléments rythmiques novateurs (décalage des appuis et accentuation des contre-temps) et étant l’un des tous premiers à arranger pour des ensembles de jazz, préfigurant les big bands.
Son titre King Porter Stomp a notamment défini le «stomp» (progression d’accords caractéristique) qui a été largement repris par de nombreux jazzmen, de Duke Ellington à Cab Calloway en passant par Benny Goodman et Fats Waller.
Fats Waller
Pionnier du stride piano et premier des entertainers, Fats Waller contribue quant à lui à l’évolution du blues vers le jazz naissant.
Son titre Honeysuckle Rose illustre l’introduction de structures musicales plus complexes, incluant des ponts (bridges) pour les modulations.
Albert Ammons
Spécialiste du boogie-woogie, cet art instrumental peu chanté, Albert Ammons transpose au piano des rythmes originellement joués à la guitare.
Son style, caractérisé par une main gauche très active «la pompe», influencera grandement le rock ‘n’ roll.
Playlists
ALBERT AMMONS
Albert Clifton Ammons (1907-1949)

Né à Chicago,Albert Ammons est une légende du boogie-woogie, style de blues pianistique qui a enflammé les années 1930 et 1940. Dès son plus jeune âge, il apprend le piano en marquant les touches avec un crayon, une méthode autodidacte qui lui permet de maîtriser rapidement l’instrument. Ammons se fait un nom en jouantdans les clubs de Chicago, notammentau Club DeLisa, où il forme son propre groupe, les Rhythm Kings. Leur enregistrement de Swanee River Boogie en 1936 devient un succès retentissant, vendant plus d’un million de copies. Il déménage ensuite à New York, où il se produit régulièrement au Café Society avec d’autres grands noms du boogie-woogie comme Meade Lux Lewis et Pete Johnson.
Il participe le 23 décembre 1938 au célèbre concert From Spirituals to Swing produit par John Hammond au Carnegie Hall, souvent cité comme le point de départ de la popularité du boogie-woogie. Deux semaines après ce concert, le producteur Alfred Lion fonde Blue Note Records et enregistre plusieurs solos d’Ammons, lançant ainsi la célèbre maison de disque.
JELLY ROLL MORTON
Ferdinand Joseph LaMothe (1890-1941)

Jelly Roll Morton, né Ferdinand Joseph LaMothe à La Nouvelle-Orléans, est une figure emblématique du jazz et du blues.Pianiste virtuose, compositeur et chef d’orchestre, il est souvent considéré comme l’un des premiers véritables arrangeurs de jazz, prouvant que ce genre, ancré dans l’improvisation, peut conserver son essence même lorsqu’il est noté.
Morton commence sa carrière dans les bordels de Storyville, le quartier chaud de La Nouvelle-Orléans, où il développe son style unique mêlant ragtime, blues et jazz. En 1915, il publie Jelly Roll Blues, l’une des premières compositions de jazz jamais imprimées.
FATS WALLER
Thomas Wright Waller (1904-1943)

Le brillant entertainer (pianiste chanteur) Fats Waller grave ses premiers disques en 1922, et ce sont des blues : Muscle Shoals Blues et Birmingham Blues.
Fats (corpulent dès son plus jeune âge) signe pas moins de 450 compositions, dont certaines deviennent des standards, qu’il chante avec un entrain très communicatif. Il va même écrire des comédies musicales pour Broadway, dont seront tirées ses«plus grands succès» : Ain’t Misbehavin’, Black and Blue ou Honeysuckle Rose.
Il apparaît dans des films comme le mythique La Symphonie magique (Stormy Weather) en 1943 et est l’un des premiers Afro-Américains à tourner en Europe, dès les années 30.
Le Swamp Blues
SLIM HARPO
James Isaac Moore (1924-1970)

Slim Harpo, né James Isaac Moore à Lobdell, est une figure emblématique du swamp blues, un style de blues caractéristique de la Louisiane. Avec sa voix traînante et son jeu d’harmonica distinctif, il a captivé un large public, devenant l’un des artistes de blues les plus populaires de son époque.
Dès les années 1950, il commence à se produire dans les bars de Baton Rouge sous le nom de «Harmonica Slim», avant d’adopter le pseudonyme Slim Harpo pour se différencier d’un autre artiste. Son premier succès I’m a King Bee, sorti en 1957, est rapidement suivi par des hits comme Rainin’ in My Heart et Baby Scratch My Back, ce dernier atteignant la première place du classement R&B en 1966.
Malgré son succès musical, Harpo n’a jamais été un musicien à plein temps. Il possédait une entreprise de transport et devait souvent jongler entre ses tournées et son travail pour subvenir aux besoins de sa famille. Il décède prématurément d’une crise cardiaque en 1970.
SNOOKS EAGLIN’
Fird Eaglin Jr. (1937-2009)

Snooks Eaglin, né Fird Eaglin Jr. à La Nouvelle-Orléans, est un chanteur et guitariste de blues et rhythm and blues de la Louisiane. Connu pour son jeu de guitare virtuose et son répertoire éclectique, il a gagné le surnom de «The Human Jukebox» grâce à sa capacité à jouer une multitude de styles musicaux, allant du blues au jazz, en passant par le rock ‘n’ roll et la musique latine.
Eaglin perd la vue à l’âge d’un an à cause d’un glaucome, mais cela ne l’empêche pas de développer un talent exceptionnel pour la musique. À cinq ans, il reçoit une guitare de son père et apprend à jouer en écoutant la radio. Il commence sa carrière professionnelle à 11 ans en remportant un concours de talents avec sa performance de Twelfth Street Rag. Dans les années 1950, il rejoint les Flamingoes, un groupe local dirigé par Allen Toussaint, où il joue à la fois les parties de guitare et de basse.
Malgré une carrière marquée par des enregistrements sporadiques, Eaglin a laissé une empreinte durable sur la scène musicale de La Nouvelle-Orléans. Il a continué à se produire jusqu’à sa mort en 2009.
CLIFTON CHENIER
Clifton Chenier (1925-1987)

Clifton Chenier, né à Opelousas en Louisiane, est un des principaux ambassadeurs du zydeco, un style musical unique qui mélange blues, R&B, musique cajun et créole. Surnommé le «Roi du Zydeco», Chenier a popularisé ce genre à travers le monde grâce à son jeu d’accordéon virtuose et sa voix puissante.
Chenier commence sa carrière musicale dans les années 1950, jouant dans les clubs locaux avec son frère Cleveland au frottoir (washboard). En 1955, il signe avec Specialty Records et connaît son premier succès national avec Eh, ‘tite Fille.
Sa carrière décolle alors, et il se produit aux côtés de légendes comme Ray Charles, Etta James et Chuck Berry.
LES BLUESWOMEN

Crédits : Florida Keys–Public Libraries, CC BY 2.0
Un statut rare
Une femme chantant le blues est forcément perçue à l’époque comme une «travailleuse du sexe», puisqu’elle fréquente les lieux mal famés (juke joints, saloons, bars et autres honky tonks-bordels) dans lesquels elle se produit, plutôt que de rester sagement à la maison pour y élever les enfants, faire la cuisine et le ménage comme il était alors d’usage. Comme chez la plupart des bluesmen homme («Big» Boy King ou «Fats» Waller), il leur fallait du caractère, voire une force physique hors du commun pour se faire respecter et réussir à passer au travers du bruit ambiant… On mange, on boit, on fume, on rit, on hurle son alcool !
La musique doit surmonter le vacarme. Ces femmes chantent ainsi dans le registre vocal de l’homme, en s’inspirant parfois même de son apparence virile.

Playlists Blueswomen
MA RAINEY
Gertrude Malissa Nix Pridgett (1986-1939)

Ma Rainey, née Gertrude Pridgett à Columbus en Géorgie, est une pionnière du blues, souvent surnommée la «mère du blues». Avec sa voix puissante et son style de chant «gémissant», elle a su captiver les auditoires et influencer une génération entière de chanteurs de blues.
Elle commence sa carrière musicale à l’adolescence et adopte le nom de scène «Ma Rainey» après son mariage avec Will «Pa» Rainey en 1941. Ensemble, ils tournentavec les Rabbit Foot Minstrels et forment leur propre groupe, Rainey and Rainey, Assassinators of the Blues. En 1923, elle enregistre ses premiers morceaux pour Paramount Records, dont Bo-Weevil Blues et Moonshine Blues. Au cours des cinq années suivantes, elle enregistre plus de 100 chansons, collaborant avec des légendes comme Louis Armstrong et Thomas Dorsey.
Ma Rainey a été l’une des premières artistes à enregistrer des chansons abordant ouvertement des thèmes LGBTQ+. Sa chanson Prove It on Me de 1928 est souvent interprétée comme une déclaration audacieuse de son orientation sexuelle, à une époque où de tels sujets étaient tabous.
En 2020 Netflix sort le film Ma Rainey’s Black Bottom (Le Blues de Ma Rainey), adaptation cinématographique de la pièce de théâtre du même nom d’August Wilson, datée de 1982.
BILLIE HOLIDAY
Eleanora Fagan (1915-1959)

Billie Holiday, née Eleanora Fagan à Philadelphie, est une légende du jazz et du blues, souvent surnommée «lady day». Avec sa voix unique et son style de chant profondément émotionnel, elle a marqué l’histoire de la musique et influencé des générations d’artistes.
Holiday commence sa carrière dans les clubs de Harlem dans les années 1930, où elle se fait rapidement remarquer pour son talent exceptionnel. Elle enregistre ses premiers morceaux avec le pianiste Teddy Wilson en 1935, et ces enregistrements, dont What a Little Moonlight Can Do et Miss Brown to You, la propulsent sur le devant de la scène. Au fil des années, elle collabore avec des géants du jazz comme Count Basie et Artie Shaw, devenant l’une des premières chanteuses noires à se produire avec un orchestre blanc.
Malgré son succès, la vie de Billie Holiday est marquée par des luttes personnelles, notamment avec la toxicomanie et des problèmes juridiques. Elle continue néanmoins à enregistrer et à se produire jusqu’à sa mort le 17 juillet 1959. Son héritage perdure, célébré à travers ses enregistrements intemporels et l’influence qu’elle a exercée sur la musique moderne.
ETHEL WATERS
Ethel Waters (1896-1977)

Ethel Waters, née à Chester (Pennsylvanie), est une pionnière du blues, du jazz et de la musique populaire américaine. Avec sa voix puissante et son style expressif, elle a marqué l’histoire de la musique et du théâtre, devenant une figure emblématique de la culture afro-américaine.
Waters commence sa carrière dans les années 1920 en chantant du blues dans les clubs de Harlem. Elle se fait rapidement remarquer pour son talent exceptionnel et enregistre des morceaux qui deviendront des classiques, comme Dinah, Am I Blue? et Stormy Weather. En 1925, elle devient la première femme noire à se produire dans le quartier des théâtres de Broadway, ouvrant la voie à de nombreuses autres artistes.
En 1939, elle devient la première Afro-Américaine à animer sa propre émission de télévision, The Ethel Waters Show.Cette émission de variétés a marqué un tournant dans l’histoire de la télévision américaine, bien avant que Nat King Cole n’ait sa propre émission en 1956.Malgré une enfance difficile marquée par la pauvreté et des mariages tumultueux, Waters a su surmonter les obstacles pour devenir une star internationale. Elle a également brillé au cinéma, notamment dans le film Pinky (1949), pour lequel elle a été nominée pour un Oscar.
MEMPHIS MINNIE
Lizzie Douglas (1897-1973)

Memphis Minnie, née Lizzie Douglas à Algiers en Louisiane, est une pionnière du blues, souvent surnommée la «reine du blues». Avec une carrière s’étendant sur plus de trois décennies, elle a enregistré environ deux cents chansons, dont des classiques comme When the Levee Breaks, Me and My Chauffeur Blues et Bumble Bee.
Dès son plus jeune âge, Minnie montre un talent exceptionnel pour la musique. Elle reçoit sa première guitare à l’âge de huit ans et commence à jouer du banjo à dix ans. À 13 ans, elle s’enfuit de chez elle pour vivre à Memphis, où elle joue dans les rues et les clubs de Beale Street. Sa carrière décolle lorsqu’elle est découverte par un talent scout de Columbia Records en 1929, alors qu’elle joue devant un salon de coiffure avec son mari de l’époque, Kansas Joe McCoy.
SISTER ROSETTA THARPE
Rosetta Nubin (1915-1973)

Sister Rosetta Tharpe, née Rosetta Nubin à Cotton Plant dans l’Arkansas, est une figure incontournable du gospel et du rock ‘n’ roll, souvent surnommée la «marraine du rock ‘n’ roll». Avec sa voix puissante et son jeu de guitare électrique innovant, elle a su captiver les auditoires et influencer des générations de musiciens.
Tharpe commence sa carrière musicale très jeune, se produisant avec sa mère dans des églises et des rassemblements religieux à travers le Sud des États-Unis. En 1938, elle signe avec Decca Records et enregistre des morceaux qui deviendront des classiques, comme Rock Me et This Train. Sa capacité à fusionner des paroles spirituelles avec des rythmes de jazz et de blues lui permet de toucher un public plus large, au-delà des cercles religieux. Elle décède en 1973 à Philadelphie, mais son héritage perdure, célébré par des artistes comme Elvis Presley, Johnny Cash et Chuck Berry.
BESSIE SMITH
Elizabeth Smith (1894-1937)

Bessie Smith, née à Chattanooga (Tennessee), est une légende du blues, souvent surnommée «l’impératrice du blues». Avec sa voix puissante et son style de chant profondément émotionnel, elle a marqué l’histoire de la musique et influencé des générations d’artistes.
Smith commence sa carrière en chantant dans les rues de Chattanooga avec son frère Andrew pour subvenir aux besoins de leur famille après la mort de leurs parents. En 1912, elle rejoint une troupe itinérante dirigée par Ma Rainey, qui devient son mentor et l’aide à affiner son talent. En 1923, elle signe avec Columbia Records et enregistre Downhearted Blues, qui devient un énorme succès et la propulse sur le devant de la scène.
Une anecdote marquante de sa carrière est son enregistrement de St. Louis Blues en 1925 avec Louis Armstrong. Leur collaboration est souvent citée comme l’une des plus grandes performances de l’histoire du blues. Armstrong a déclaré que jouer avec Smith était une expérience inoubliable, soulignant son immense talent et son charisme.
Malgré son succès, la vie de Bessie Smith est marquée par des luttes personnelles, notamment avec l’alcoolisme et des relations tumultueuses. Elle continue néanmoins à enregistrer et à se produire jusqu’à sa mort tragique dans un accident de voiture en 1937.
ETTA JAMES
Jamesetta Hawkins (1938-2012)

Etta James, née Jamesetta Hawkins le 25 janvier 1938 à Los Angeles, est une chanteuse de blues, jazz et R&B. Elle a marqué l’histoire du blues et inspiré de nombreux artistes par sa voix puissante et son style expressif.
Etta James commence sa carrière musicale très jeune, chantant dans les églises et participant à des concours de talents. À 14 ans, elle forme un groupe de doo-wop, les Creolettes, qui est découvert par le célèbre Johnny Otis. En 1955, elle connaît son premier succès avec The Wallflower (aussi connu sous le titre Roll with Me, Henry), qui la propulse sur le devant de la scène.
Elle signe en 1960 chez Chess Records, mais le décès de Leonard Chess en 1969 la laisse sans contrat. Elle fait un retour triomphal à la fin des années 1980 avec l’album Seven Year Itch.
KOKO TAYLOR
Cora Ann Walton (1928-2009)

Née le 28 septembre 1928 dans une ferme de Shelby County, Tennessee, Cora Ann Walton, connue sous le nom de scène Koko Taylor, grandit dans une famille de métayers afro-américains marquée par la pauvreté et la foi. Attirée dès l’enfance par le blues qu’elle entend à la radio et dans les églises, elle s’installe à Chicago en 1953 avec son mari Robert « Pops » Taylor, cherchant une vie meilleure. C’est dans les clubs enfumés du South Side qu’elle forge sa voix rauque et puissante, attirant l’attention du producteur Willie Dixon qui lui écrit en 1965 le titre Wang Dang Doodle, enregistré pour Chess Records. Le single devient un succès retentissant, s’écoulant à plus d’un million d’exemplaires et propulsant Taylor sur le devant de la scène blues internationale. Surnommée « Queen of the Blues », elle enchaîne les tournées et les récompenses, remportant pas moins de vingt-neuf Grammy Awards de la Blues Music Association au fil de sa carrière. Malgré un grave accident de voiture en 1989 qui faillit lui coûter la vie, elle revient sur scène avec une énergie intacte, incarnant une résilience devenue emblématique. Koko Taylor s’éteint le 3 juin 2009 à Chicago, laissant derrière elle un héritage immense : celui d’une femme qui, dans un monde dominé par les hommes, s’est imposée comme l’une des voix les plus souveraines de l’histoire du blues.
BIG MAMA THORNTON
Willie Mae Thornton (1926-1984)

Née le 11 décembre 1926 à Ariton, Alabama, Willie Mae Thornton grandit dans un foyer profondément religieux, son père est pasteur, avant d’être happée très jeune par la scène musicale du Sud profond. Orpheline de mère à l’âge de onze ans, elle quitte l’école et commence à chanter et jouer de l’harmonica dans des spectacles itinérants, forgeant sur les routes un tempérament scénique d’une force rare. Installée à Houston au début des années 1950, elle signe avec le label Peacock Records et enregistre en 1952 Hound Dog, une composition de Jerry Leiber et Mike Stoller qui reste à la première place des charts rhythm and blues pendant sept semaines, avant qu’Elvis Presley ne s’en empare quatre ans plus tard pour en faire un standard mondial, sans que Thornton ne touche un cent de redevances. Surnommée « Big Mama » autant pour son gabarit imposant que pour l’autorité de sa voix de contralto, elle traverse pourtant les décennies suivantes dans une relative obscurité, victime des inégalités raciales et économiques qui gangrenaient l’industrie musicale de l’époque. La vague du blues revival des années 1960 lui offre une seconde vie, la propulsant sur les scènes des grands festivals américains aux côtés de Janis Joplin, qui reconnaissait ouvertement sa dette envers elle. Alcoolisme et précarité marquèrent ses dernières années, et Big Mama Thornton s’éteignit le 25 juillet 1984 à Los Angeles, dans le dénuement, laissant derrière elle l’image douloureuse d’une pionnière dont le génie fut trop longtemps confisqué par d’autres.
HÉRITAGE
Une influence qui perdure
Du delta du Mississippi à son influence globale sur la musique populaire, le blues a constamment évolué, s’adaptant aux changements d’époques tout en conservant son pouvoir émotionnel unique.
En Savoir Plus
Beale Street à Memphis
Beale Street incarne l’esprit de la musique blues et l’histoire riche de la communauté afro-américaine à Memphis.
S’étendant sur environ 2 km, de la rivière Mississippi à East Street, cette rue a été construite dans les années 1840 et est devenue un centre de vie nocturne dès les années 1860. Au début du XXe siècle, Beale Street était un lieu florissant pour les entreprises afro-américaines et un centre de la musique blues. En 1966, une partie de Beale Street a été désignée comme National Historic Landmark par le Congrès, marque de reconnaissance d’un patrimoine historique unique.
Aujourd’hui, Beale Street est connue comme le «home of the blues» et attire des milliers de visiteurs pour ses clubs de blues, ses restaurants et ses festivals.

Crédits : Unknown Author, CC0
John Lomax
John Avery Lomax (1867-1948) était un éminent musicologue et folkloriste américain, dont les efforts ont été déterminants pour la préservation de la musique folk américaine.
Né à Goodman dans le Mississippi, et élevé au Texas, Lomax a développé dès son jeune âge une passion pour les chansons des cowboys, influencé par son environnement rural. Il a poursuivi des études en littérature anglaise à l’université du Texas à Austin, puis à Harvard, où il a été encouragé à collecter des ballades de cowboys, ce qui a abouti à la publication de son premier livre en 1910, Cowboy Songs and Other Frontier Ballads. Cette œuvre a joué un rôle crucial dans la sauvegarde de la musique folk américaine.
En tant que conservateur des archives de la chanson folklorique à la Bibliothèque du Congrès, Lomax a contribué de manière significative à l’établissement d’une institution clé pour la préservation des chansons et de la culture américaine.
Pendant la Grande Dépression, Lomax et son fils Alan ont entrepris des voyages d’enregistrement à travers le sud des États-Unis, capturant les chansons de fermiers pauvres, de camps de bûcherons et de prisons. Ces enregistrements ont constitué une base essentielle pour le canon moderne de la musique folk américaine.

Crédits : Lomax Collection, Public domain
Chess Records
Fondée en 1950 à Chicago par Leonard et Phil Chess, Chess Records est largement reconnue comme l’une des maisons de disques les plus influentes dans l’histoire du blues et du rhythm and blues. Cette entreprise a joué un rôle crucial dans la diffusion et la popularisation de la musique blues à travers les États-Unis et au-delà. Les frères Chess, immigrants juifs de Pologne, ont acquis Aristocrat Records en 1947 avant de la rebaptiser Chess Records en 1950. Leur vision était de capturer et de promouvoir le son authentique du blues urbain de Chicago, un genre qui émergeait alors comme une force culturelle majeure.
Leur premier grand succès est venu avec l’enregistrement de Muddy Waters : le single I Can’t Be Satisfied a marqué un tournant décisif pour le label. Par la suite, Chess Records a rapidement pu constituer un catalogue impressionnant d’artistes de blues légendaires, dont Howlin’ Wolf, Willie Dixon, Little Walter et Chuck Berry. Ces musiciens ont non seulement défini le son du blues de Chicago, mais ont également influencé de nombreux genres musicaux, y compris le rock ‘n’ roll. Par exemple, les enregistrements de Chuck Berry chez Chess ont jeté les bases du rock moderne, tandis que les compositions de Willie Dixon sont devenues des standards du blues.
L’impact de Chess Records dépasse largement la simple production musicale. Le label a joué un rôle central dans la reconnaissance et la valorisation de la culture afro-américaine à une époque de ségrégation raciale intense aux États-Unis. Les enregistrements réalisés par Chess ont permis de préserver un patrimoine musical riche et de le rendre accessible à un public mondial. En outre, le studio de Chess Records, situé au 2120 South Michigan Avenue, est devenu un lieu mythique, immortalisé par des artistes comme les Rolling Stones dans leur morceau 2120 South Michigan Avenue. Aujourd’hui, ce site abrite la Blues Heaven Foundation, fondée par la veuve de Willie Dixon, qui continue de promouvoir et de préserver l’héritage du blues.

Crédits : Chess Records, Public domain
Chess Records a ainsi été un catalyseur essentiel pour le développement et la diffusion du blues.
Groupe emblématiques teintés de blues
Rolling Stones, The Animal, The Yardbirds, Eric Clapton, Fleetwood Mac, Led Zeppelin
PLAYLIST ?
Playlist : blues band
Malgré son déclin relatif auprès du public afro-américain à partir des années 1970, le blues continue d’exercer une influence profonde sur la musique contemporaine. Des artistes modernes perpétuent la tradition tout en y apportant une sensibilité nouvelle.
PURAFÉ
Pura Fé Antonia «Toni» Crescioni (1959- ) : If I was your guitar
La New-Yorkaise Pura Fé dont les parents sont indiens métis Tuscarora, est certes chanteuse (elle chante longtemps dans le Mercer Ellington Orchestra), et guitariste de blues (un blues bien particulier teinté de la culture des natifs américains), mais aussi autrice-compositrice, poète, danseuse, actrice (elle a étudié et joué avec l’American Ballet Theatre Company), enseignante et militante. Il lui arrive de jouer d’un instrument rare et étrange, la weissenborn, une guitare hawaiienne (acoustique à l’origine) construite en Koa.
KEB’ MO’
Kevin Roosevelt Moore (1951- ) : Your Love
Keb’ Mo’, de son vrai nom Kevin Roosevelt Moore, est né à Los Angeles. Ce chanteur, guitariste et compositeur est une figure incontournable du blues moderne, connu pour son style qui fusionne le blues traditionnel avec des éléments de folk, rock, jazz et country.
Dès les années 1970, Keb’ Mo’ commence sa carrière musicale en jouant dans divers groupes de blues et de R&B. Il se fait remarquer en 1994 avec la sortie de son album éponyme, Keb’ Mo’, qui inclut des reprises de classiques de Robert Johnson comme Come On In My Kitchen et Kind Hearted Woman Blues. Son approche contemporaine du blues lui vaut rapidement une reconnaissance internationale et plusieurs Grammy Awards.
Keb’ Mo’ est également connu pour ses collaborations avec des artistes de renom comme Bonnie Raitt, Taj Mahal et Vince Gill. En plus de sa carrière musicale, il s’engage activement dans des causes sociales et politiques, utilisant sa musique pour sensibiliser le public à des questions importantes. Aujourd’hui, Keb’ Mo’ continue de se produire et d’enregistrer, apportant une touche moderne au blues tout en restant fidèle à ses racines.
ERIC DIBB
Eric Charles Bibb (1951- ) : Kokomo
Eric Bibb, né le 16 août 1951 à New York, est une figure majeure du blues contemporain. Avec une carrière s’étendant sur plus de cinq décennies, il a su marier les sonorités traditionnelles du blues avec des influences folk, gospel et world music, créant ainsi un style unique et profondément émouvant.
Issu d’une famille de musiciens, son père, Leon Bibb, était un chanteur de théâtre musical et un activiste des droits civiques, tandis que son oncle, John Lewis, était un pianiste de jazz renommé. Dès son plus jeune âge, Eric est immergé dans un environnement musical riche, recevant sa première guitare acoustique à l’âge de sept ans.
Bibb commence sa carrière professionnelle à 16 ans en jouant dans le groupe de la maison pour l’émission télévisée de son père. À 19 ans, il part pour Paris, où il rencontre le guitariste Mickey Baker, qui l’oriente vers le blues. Il s’installe ensuite à Stockholm, où il s’immerge dans le blues d’avant-guerre et la scène musicale mondiale émergente.
Avec plus de quarante albums à son actif, Bibb a collaboré avec des artistes de renom tels que Taj Mahal, Charlie Musselwhite et Guy Davis. Son album Ridin’, sorti en 2023, a été nominé pour un Grammy et témoigne de son engagement à aborder des thèmes sociaux et politiques à travers sa musique.
Le blues en images
Pour se plonger visuellement dans ce courant musical, son époque et ses univers, vous trouverez ci-dessous une sélection de ressources vidéo sur le blues.
The American Folk Blues Festival

Crédits : Mallory1180, CC BY-SA 4.0
À la fin des années 1950, Horst Lippmann et Fritz Rau, deux Allemands passionnés de jazz, constatent que le blues est largement méconnu en Europe. Le genre est surtout vu comme une simple «source du jazz». Ils décident alors de lancer un festival itinérant à travers l’Europe occidentale pour le faire connaître.
Le festival est un succès et a donné lieu à de nombreux films, dont les trois suivants.
- The American Folk Blues Festival «1962-1966», Volume 1 : The American Folk Blues Festival «1962-1966», Volume 1
- The American Folk Blues Festival «1962-1969», Volume 3 : The American Fol Blues Festival « 1962-1969 » Volume 3
- The American Folk Blues Festival «1963-1966», The British Tours : The American Folk Blues Festival « 1963-1966 » The British Tours
The Blues
The Blues est une série de documentaires produite par Martin Scorcese pour PBS (Public Broadcasting Service, en 2003) comprenant les épisodes suivant :
• «Feel Like Going Home», de Martin Scorsese ;
• «The Soul of a Man», de Wim Wenders ;
• «The Road to Memphis», de Richard Pearce ;
• «Warming by the Devil’s Fire», de Charles Burnett ;
• «Godfathers and Sons», de Marc Levin ;
• «Red, White & Blues», de Mike Figgis ;
• «Piano Blues», de Clint Eastwood.
Lou Rawls – Live in concert, North Sea Jazz Festival
Louis Allen Rawls dit Lou Rawls (1933 – 2006) était un chanteur de de blues, de jazz et de soul américain. Il s’est produit plusieurs fois au North Sea Jazz Festival à La Haye (mer du Nord), festival fondé par Paul Acket en 1976, homme d’affaires et amateur de jazz.
Blues at Newport 1966
Film documentaire réalisé par Alan Lomax où l’on peut voir et entendre sur scène aussi bien Skip James que Bukka White, Son House, Howling Wolf ou le révérend Pearly Brown.
Notions clés
Quand ?
Le blues apparaît dès la fin du XIXe siècle dans les communautés des anciens esclaves afro-américains et de leurs descendants. Il évolue au début du XXe siècle dans ses formes d’expression musicale et continue d’influencer les plus grands artistes jazz, rock ou encore pop, et ce jusqu’à aujourd’hui.
Quoi ?
Né de la rencontre des traditions musicales africaines et des souffrances infligées par l’esclavage et la ségrégation raciale, le blues est avant tout l’expression du désespoir. Dans sa forme originale (le blues du Delta) il est l’interprétation d’un chanteur seul et de sa guitare. «Blue note», «twelve bars», notes binaires et rythmes ternaires sont autant d’éléments musicaux qui le caractérisent.
Au fil du temps, son intrumentarium va évoluer, notamment avec l’invention de la guitare électrique et l’adoption du piano. Les styles de blues vont alors se multiplier : blues de Chicago, Texas blues, Swamp blues, Rhythm and Blues, etc.
Où ?
Le région dite «delta du Mississipi» est considérée comme le berceau du blues. L’exode rural provoqué par la Grande Dépression le conduit vers de nombreuses villes du nord et du nord-est états-uniens, ainsi que vers le Grand Ouest.
Dans les années 1940 et 1950, au sortir de la guerre, le blues s’exporte en Europe comme en témoigne son influence considérable sur des groupes comme les Rolling Stones ou Led Zeppelin et la naissance du British Blues.
Qui ?
Charley Patton reste à ce jour considéré comme le «père du Delta blues» et son influence sur nombre d’interprètes des débuts du blues est incontestable. Par la suite, des figures emblématiques émergent de chaque courant, en voici quelques noms :
- Blues du Delta : Robert Johnson, Leadbelly, Howling Wolf
- Blues urbain : John Lee Hooker, Memphis Slim, Willie Dixon
- Blues de Chicago : Muddy Waters, B.B. King, Albert King
- Blues dans le Jazz et le Rhythm and Blues : Nat King Cole, Louis Jordan, T Bone Walker
- Texas blues : Lightnin’ Hopkins, Jimmy Reed
- Le blues au piano : Albert Ammons, Jelly Roll Morton, Fats Waller
- Swamp blues : Slim Harpo, Clifton Chenier
Dans ce paysage très masculin de l’époque, Ma Rainey, Bessie Smith et plus tard Billie Holiday font quant à elles partie des plus grandes interprètes du genre.

























































































































































