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  • Le métier d’interprète lyrique 

    Un ou une interprète lyrique chante des œuvres musicales, que ce soit en tant que soliste, au sein d’un ensemble vocal, d’un chœur ou d’un opéra. Son rôle est de transmettre, par la voix, l’émotion et la richesse d’une œuvre musicale auprès d’un public. Le répertoire potentiellement exploré embrasse des styles variés de musique vocale, allant de l’opéra au lied, en passant par l’oratorio et la mélodie française.  

    Quotidien

    Le quotidien des artistes lyriques est rythmé par la pratique vocale, les répétitions et les représentations publiques. Une grande partie de leur temps est consacrée à l’entraînement individuel afin de maintenir et d’affiner la technique vocale. À cela s’ajoutent des répétitions collectives pour préparer les concerts et les productions scéniques. 
    De plus en plus, leur activité inclut également la médiation culturelle, l’enseignement ou la participation à des projets éducatifs. 

    Types d’employeurs ou employeuses

    Les artistes lyriques peuvent exercer sous différents statuts et travailler pour des structures variées : 

    • opéras et théâtres lyriques ; 
    • ensembles vocaux professionnels ; 
    • chœurs d’opéra ou de concert ; 
    • compagnies lyriques indépendantes ; 
    • établissements d’enseignement (conservatoires, écoles de musique) ; 
    • travail indépendant ou en freelance pour divers projets ; 
    • labels de musique classique ; 
    • sociétés de production audiovisuelle. 

    Types de contrats 

    Comme pour les instrumentistes, la majorité des artistes lyriques travaillent sur des projets ponctuels et relèvent du régime d’intermittence du spectacle pour leur protection sociale. Seule une minorité occupe des postes permanents au sein de chœurs d’opéra ou d’ensembles vocaux. Beaucoup d’artistes intermittents complètent leurs revenus par l’enseignement, que ce soit dans des écoles de musique, des conservatoires ou à travers des cours particuliers de chant. 

    Dans les opéras et ensembles vocaux, les statuts varient selon la structure et le financement : 

    Artistes lyriques des opéras nationaux 

    • statut : agents et agentes contractuels de l’État 
    • employeur : ministère de la Culture 
    • exemples : Opéra national de Paris, Théâtre national de l’Opéra-Comique 

    Artistes lyriques des opéras régionaux ou municipaux 

    • statut : agents et agentes territoriaux (fonction publique territoriale) 
    • employeur : collectivités territoriales (régions, départements, municipalités) 
    • exemples : Opéra de Lyon, Opéra national du Rhin 

    Artistes lyriques des opéras en régie personnalisée 

    • statut : salariés et salariées de droit privé 
    • employeur : établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) 
    • exemple : Opéra national de Bordeaux 

    Artistes lyriques des ensembles vocaux associatifs 

    • statut : salariés et salariées de droit privé 
    • employeur : association loi 1901 
    • exemples : Les Arts Florissants, Accentus 

    Artistes lyriques des opéras nationaux en région 

    • statut : variable selon la structure juridique (EPIC, régie municipale, etc.) 
    • employeur : l’Opéra lui-même 

    Artistes lyriques des ensembles vocaux spécialisés 

    • statut : intermittents et intermittentes du spectacle 
    • employeur : le plus souvent des associations loi 1901 
    • exemples : Les Éléments, Musicatreize 

    Dans tous ces cas, les artistes permanents accèdent généralement à des contrats à durée indéterminée (CDI) après une audition et une période probatoire de trois mois à un an. Pour les agents et agentes territoriaux, le processus de titularisation est similaire à celui des instrumentistes dans la fonction publique territoriale. 
    Les conditions de travail, les grilles salariales et les avantages varient selon les statuts. Les artistes lyriques de la fonction publique territoriale relèvent d’une grille indiciaire spécifique, tandis que ceux et celles des ensembles associatifs peuvent être régis par des conventions collectives particulières. 
    Même au sein d’un chœur permanent d’opéra, il existe des contrats ponctuels : certains artistes sont engagés pour une saison ou pour des productions spécifiques, en complément du noyau stable. 

    Compétences requises 

    Outre l’excellence vocale, les artistes lyriques doivent développer : 

    • une solide culture musicale ; 
    • des capacités d’écoute et de travail en équipe ; 
    • une grande discipline personnelle ; 
    • des compétences en langues étrangères, en art dramatique et parfois en danse. 

    Des aptitudes en communication et en gestion de carrière constituent également un atout. 

    Représentation des genres 

    Le métier d’artiste lyrique s’est historiquement montré plus équilibré que celui de musicien et musicienne d’orchestre en matière de genre. Cette spécificité s’explique en partie par la classification des voix : certaines tessitures sont traditionnellement associées aux femmes (soprano, alto), d’autres aux hommes (ténor, basse). 

    Défis du métier 

    La carrière d’artiste lyrique peut être instable, avec des revenus irréguliers. Elle exige : 

    • une grande flexibilité ; 
    • la gestion du stress des représentations ; 
    • une disponibilité importante pour les déplacements ; 
    • une attention constante à la santé vocale, impliquant une hygiène de vie rigoureuse. 

    La concurrence est particulièrement forte dans le domaine de l’opéra. 

    En résumé 

    Être artiste lyrique interprète est un métier à la fois exigeant et gratifiant. Il associe passion artistique, rigueur technique, compétences scéniques et adaptabilité, au service de l’émotion musicale et de la rencontre avec le public. 

  • Le métier de musicologue 

    Une musicologue ou un musicologue est une chercheuse ou un chercheur dont la spécialité est l’étude scientifique de la musique. Leur rôle est d’analyser, de contextualiser et d’interpréter la musique sous ses différents aspects : historique, théorique, sociologique, anthropologique ou esthétique. 

    Quotidien 

    Le quotidien des musicologues est rythmé par la recherche, l’enseignement et l’écriture. Une grande partie du temps est consacrée à l’étude de sources primaires (partitions, enregistrements, documents historiques), à l’analyse musicale et à la rédaction d’articles ou d’ouvrages académiques. 
    Une musicologue ou un musicologue peut aussi préparer des cours, participer à des conférences, mener des entretiens ou réaliser des enquêtes de terrain. 

    Types d’employeurs et d’employeuses 

    Les musicologues peuvent travailler pour : 

    • universités et établissements d’enseignement supérieur, 
    • conservatoires et écoles de musique, 
    • centres de recherche musicale, 
    • musées et institutions culturelles, 
    • maisons d’édition spécialisées, 
    • médias spécialisés (revues, radios culturelles), 
    • orchestres et opéras (comme conseillers ou rédacteurs de programmes), 
    • ou exercer en freelance, en indépendant ou indépendante, pour divers projets de recherche et d’écriture. 

    Types de contrats 

    Selon les contextes, les statuts sont divers : 

    Musicologues universitaires 

    • statut : enseignants-chercheurs (maîtres de conférences, professeurs et professeures des universités) 
    • employeurs : universités, grandes écoles 
    • exemples : professeur de musicologie à la Sorbonne, chercheur ou chercheuse au CNRS 

    Musicologues en institution culturelle 

    • statut : variable (CDI, CDD, contrat de projet) 
    • employeurs : musées, bibliothèques, centres de recherche 
    • exemples : conservatrice ou conservateur à la Bibliothèque nationale de France, chercheuse ou chercheur à l’IRCAM 

    Musicologues freelances 

    • statut : travailleurs et travailleuses indépendants 
    • employeurs : institutions culturelles, projets spécifiques (conseil, rédaction, expertise) 

    Musicologues dans l’édition ou les médias 

    • statut : salariés, salariées ou pigistes 
    • employeurs : maisons d’édition, journaux, radios 

    La majorité des musicologues exercent dans le milieu académique, souvent avec des contrats stables (fonction publique, CDI). Cependant, on trouve de plus en plus de musicologues sur des contrats temporaires liés à des projets de recherche, ou travaillant en indépendant pour des institutions. 

    Compétences requises 

    Les musicologues doivent posséder une solide formation musicale et scientifique. Ils et elles doivent notamment : 

    • maîtriser les méthodes de recherche et d’analyse musicale, 
    • avoir d’excellentes capacités rédactionnelles et de communication, 
    • connaître plusieurs langues pour l’étude de sources internationales, 
    • développer des compétences spécifiques selon leur spécialité (paléographie musicale, ethnomusicologie, technologies numériques appliquées à la musique). 

    Représentation des genres 

    Comme dans beaucoup de disciplines académiques, la musicologie a longtemps été dominée par les hommes. 

    Situation actuelle 

    La représentation des femmes s’est considérablement améliorée : dans de nombreux pays, la parité est atteinte, voire une majorité de femmes parmi les étudiantes et étudiants en musicologie. Toutefois, les postes les plus prestigieux (comme les chaires de professeur) restent encore majoritairement occupés par des hommes. 

    Initiatives pour le changement 

    • Des sociétés savantes de musicologie mettent en place des comités sur la diversité et l’inclusion. 
    • Des initiatives comme Project Spectrum (États-Unis) promeuvent la diversité dans la discipline. 
    • De plus en plus de recherches valorisent les contributions des compositrices et musiciennes, longtemps marginalisées dans l’histoire de la musique. 

    Défis du métier 

    La profession de musicologue comporte plusieurs défis : 

    • rareté des postes académiques permanents, 
    • pression à publier régulièrement (« publish or perish »), 
    • nécessité de trouver des financements pour les projets de recherche, 
    • adaptation constante aux nouvelles méthodologies et technologies, 
    • besoin de justifier la pertinence de la discipline dans un contexte où les sciences humaines sont parfois fragilisées. 

    En résumé 

    Le métier de musicologue est intellectuellement stimulant mais exigeant. Il combine expertise musicale, capacités d’analyse et de recherche, et exige une grande adaptabilité aux évolutions du monde académique et culturel. 

  • Le métier de réalisatrice ou réalisateur musical 

    Une réalisatrice ou un réalisateur musical, dans l’industrie discographique, supervise et guide le processus créatif d’enregistrement et de production d’un album ou d’un single.  
    Ce terme est surtout utilisé dans les musiques actuelles (rock, pop, musiques urbaines, électroniques, etc.). Pour la musique classique, on parle plutôt de directrice ou directeur artistique. 
    Leur rôle est de traduire la vision artistique en un produit sonore abouti, en collaborant étroitement avec l’artiste et l’équipe technique. 

    Quotidien 

    Le quotidien des réalisatrices et réalisateurs musicaux est principalement centré sur le travail en studio. Une grande partie de leur temps est consacrée à : 

    • préparer les sessions (choix des musiciens et musiciennes, travail sur les arrangements), 
    • diriger les enregistrements, 
    • superviser la production sonore, le mixage et le mastering, 
    • affiner les prises et écouter les enregistrements avec un regard critique. 

    Ils et elles passent également du temps à échanger avec les artistes pour comprendre leur vision, et à collaborer avec les ingénieures et ingénieurs du son. 

    Types d’employeurs et d’employeuses 

    Les réalisatrices et réalisateurs musicaux peuvent travailler pour : 

    • des maisons de disques (majors et labels indépendants), 
    • des studios d’enregistrement, 
    • des sociétés de production musicale, 
    • des artistes indépendants, 
    • ou exercer en tant qu’indépendants et freelances. 

    Types de contrats 

    Leurs statuts varient selon les structures et les projets : 

    Réalisatrices et réalisateurs musicaux salariés 

    • statut : contrats à durée déterminée ou indéterminée 
    • employeurs : majors, grands studios d’enregistrement 
    • exemples : réalisatrice musicale chez Universal Music, producteur résident dans un studio 

    Réalisatrices et réalisateurs freelances 

    • statut : travailleurs indépendants 
    • employeurs : labels, artistes ou projets spécifiques 

    Réalisatrices et réalisateurs propriétaires de studio 

    • statut : entrepreneuses ou entrepreneurs 
    • employeurs : leur propre structure, avec divers clients 

    Réalisatrices et réalisateurs artistes 

    • statut : variable (indépendants, salariés temporaires) 
    • employeurs : leurs propres projets ou ceux d’autres artistes 

    La majorité exerce en freelance ou en indépendant, avec des contrats par projet. Certains entretiennent des collaborations régulières et durables avec des labels ou des artistes. 

    Compétences requises 

    Les réalisatrices et réalisateurs musicaux doivent développer : 

    • une oreille musicale fine, 
    • une solide compréhension de la théorie musicale et des techniques d’enregistrement, 
    • une maîtrise des technologies de production (Pro Tools, Logic Pro, etc.), 
    • des compétences en gestion de projet et en communication, 
    • des qualités relationnelles et psychologiques pour diriger des sessions et accompagner les artistes, 
    • une bonne connaissance des tendances musicales et de l’industrie du disque. 

    Représentation des genres 

    Historiquement, ce métier a été largement masculin, en raison des inégalités de genre dans les domaines techniques et dans l’industrie musicale. 

    Initiatives pour le changement 

    • Des organisations comme Women in Music et She Is The Music œuvrent à la promotion des femmes dans tous les métiers de la musique, y compris la production. 
    • Certains studios et labels développent des programmes pour former et mettre en avant davantage de réalisatrices musicales. 

    Défis du métier 

    Le métier de réalisatrice ou réalisateur musical est exigeant : 

    • longues heures passées en studio, 
    • délais serrés et pression pour produire des succès commerciaux, 
    • évolution rapide des technologies nécessitant une formation continue, 
    • complexité de la gestion des personnalités artistiques et des attentes divergentes (artistes, labels, managers), 
    • forte précarité liée au statut souvent freelance. 

    En résumé 

    Être réalisatrice ou réalisateur musical est un métier à la fois créatif et technique, où il faut concilier sens artistique, maîtrise des outils de production et qualités humaines. C’est une profession stimulante et exigeante, qui demande adaptabilité et vision pour évoluer au rythme des transformations constantes de l’industrie musicale et des technologies sonores.

  • Le métier de scripte ou conseillère/conseiller musical pour captations de concert 

    Un script ou une conseillère/un conseiller musical pour captations de concert est une personne qui joue un rôle clé dans la réalisation et le développement de productions audiovisuelles musicales de qualité. Ce terme est utilisé dans le monde de la production audiovisuelle musicale pour désigner celles et ceux qui assument la direction artistique et technique des captations de concerts. 

    Quotidien 

    Le quotidien d’une conseillère ou d’un conseiller musical est principalement centré sur la préparation, la réalisation et la post-production des captations de concerts. Une grande partie du temps de travail est consacrée à l’étude des partitions, à la collaboration avec les réalisateurs et réalisatrices, à l’élaboration de scripts détaillés, à la direction en temps réel pendant les captations, ainsi qu’à la participation au montage. Les conseillères et conseillers musicaux assistent aussi aux répétitions et collaborent étroitement avec les équipes techniques et de production. 

    Types d’employeurs 

    Les conseillères et conseillers musicaux peuvent travailler pour : 

    • des chaînes de télévision (publiques ou privées) ; 
    • des sociétés de production audiovisuelle ; 
    • des plateformes de streaming musical ; 
    • des orchestres et ensembles musicaux (pour leurs productions internes) ; 
    • des festivals de musique. 

    Types de contrats 

    Les conseillères et conseillers musicaux peuvent occuper différents types de contrats : 

     Permanents 

    • statut : contrat à durée indéterminée, 
    • employeur : chaînes de télévision, sociétés de production ; 

    Freelance 

    • statut : intermittent du spectacle ou auto-entrepreneur, 
    • employeur : divers clients pour des projets spécifiques. 

    La majorité exerce en tant que freelance, alternant entre différents projets et structures. 

    Compétences requises 

    Les conseillères et conseillers musicaux doivent avoir une connaissance approfondie de la musique, de la lecture de partitions et des techniques de production audiovisuelle. D’excellentes compétences en communication, en gestion du stress et en travail d’équipe sont essentielles. Une formation musicale solide (souvent un diplôme supérieur en musique) est généralement requise, ainsi qu’une expérience significative dans la production audiovisuelle. La maîtrise des différents genres musicaux et des pratiques de concert constitue un atout important. 

    Défis du métier 

    C’est un métier exigeant, avec des horaires irréguliers et une forte pression liée aux contraintes du direct ou du quasi-direct. La nécessité de s’adapter rapidement aux imprévus, de concilier les visions artistiques des musiciens et des réalisateurs ou réalisatrices, et de maintenir une qualité constante dans des conditions parfois difficiles peut générer beaucoup de tension. L’évolution rapide des technologies de captation et de diffusion demande une mise à jour permanente des compétences et une formation continue. 

    Conclusion 

    Le métier de conseillère et conseiller musical est à la fois artistiquement stimulant et techniquement complexe. Il combine une expertise musicale approfondie avec des compétences en production audiovisuelle, tout en exigeant une grande réactivité et une capacité d’adaptation face aux défis spécifiques des captations de concerts en direct ou en différé. 

  • Le métier de directrice ou directeur artistique de label (DA) 

    Une directrice ou un directeur artistique de label est responsable de la vision créative et de la stratégie artistique d’une maison de disques. Leur rôle est de découvrir, développer et promouvoir des artistes, tout en supervisant la production et la commercialisation des projets musicaux. 

    Quotidien 

    Le quotidien des directrices et directeurs artistiques est rythmé par : 

    • des sessions en studio, 
    • des rencontres et échanges avec des artistes, 
    • des collaborations avec les équipes de l’industrie musicale. 

    Une grande partie du temps est consacrée à l’évaluation de nouveaux talents, à la planification de sorties d’albums, à la supervision de productions musicales et au travail conjoint avec les équipes marketing et promotion. 
    Les DA participent également à la négociation de contrats, assistent régulièrement à des concerts et suivent de près les tendances de l’industrie musicale. 

    Types d’employeurs et d’employeuses 

    Les directrices et directeurs artistiques de label peuvent travailler pour : 

    • des majors de l’industrie du disque (Universal Music, Sony Music, Warner Music), 
    • des labels indépendants, 
    • des labels de niche spécialisés dans certains genres, 
    • des labels créés par des artistes, 
    • des sociétés de production musicale, 
    • des plateformes de streaming développant leurs propres contenus. 

    Types de contrats 

    Le statut varie selon les structures : 

    Directrices et directeurs artistiques en major 

    • statut : généralement salariés en CDI 
    • employeur : grandes maisons de disques 
    • exemples : directrice artistique chez Universal Music France, directeur artistique chez Sony Music Entertainment 

    Directrices et directeurs artistiques en label indépendant 

    • statut : variable (CDI, associé ou associée, propriétaire) 
    • employeurs : labels indépendants 
    • exemples : directrice artistique d’un label de jazz, directeur artistique fondateur d’un label indie rock 

    Directrices et directeurs artistiques freelances ou consultants 

    • statut : travailleurs et travailleuses indépendants 
    • employeurs : labels divers pour des projets spécifiques ou du conseil 

    Directrices et directeurs artistiques d’artistes-labels 

    • statut : salarié/salariée ou associé/associée 
    • employeurs : labels créés et gérés par des artistes eux-mêmes 

    La plupart des directrices et directeurs artistiques occupent des postes permanents (souvent en CDI) dans les majors. Dans les petites structures ou les labels émergents, ils et elles peuvent être associés ou propriétaires du label. 

    Compétences requises 

    Les directrices et directeurs artistiques doivent combiner : 

    • une excellente connaissance de l’industrie musicale, 
    • une sensibilité artistique affirmée, 
    • un bon sens des affaires, 
    • la capacité à identifier de nouveaux talents et les tendances émergentes, 
    • des compétences en gestion de projet, négociation et marketing, 
    • une compréhension des aspects juridiques de l’industrie musicale, 
    • une aptitude à entretenir un réseau professionnel solide. 

    Représentation des genres 

    Comme pour beaucoup de postes de direction dans l’industrie musicale, la fonction reste encore très masculine. 

    Situation actuelle 

    • La représentation des femmes dans les postes de direction artistique progresse, mais demeure inégale. 
    • Moins de deux labels sur dix sont créés par des femmes. 
    • Dans les majors, les postes les plus élevés restent majoritairement occupés par des hommes. 

    Initiatives pour le changement 

    • Des organisations telles que Women in Music et Keychange promeuvent l’égalité des genres dans l’industrie musicale, y compris dans les postes de direction. 
    • Certains labels mettent en place des politiques de diversité pour favoriser une meilleure représentativité dans leurs équipes. 

    Défis du métier 

    Le métier de directrice ou directeur artistique de label est très concurrentiel et exigeant : 

    • pression constante pour découvrir le « prochain grand artiste » et produire des succès commerciaux, 
    • horaires irréguliers, souvent marqués par des concerts et événements en soirée ou le week-end, 
    • nécessité d’adapter en permanence les stratégies à l’évolution rapide du marché (impact du streaming, rôle des réseaux sociaux), 
    • gestion des attentes, parfois complexes, des artistes et de leur entourage. 

    En résumé 

    Être directrice ou directeur artistique de label est une fonction à la fois stimulante et exigeante. Elle demande un équilibre entre sensibilité artistique et compétences en gestion et en stratégie. C’est un métier au cœur des mutations de l’industrie musicale, qui requiert une grande adaptabilité et une solide vision pour accompagner les artistes et leurs projets. 

  • Le métier d’ingénieure ou ingénieur du son 

    Une ingénieure ou un ingénieur du son est une professionnelle ou un professionnel dont l’expertise est l’enregistrement, le mixage et la production sonore. Les applications sont diverses : musique, cinéma, télévision, radio ou spectacle vivant. 

    Quotidien 

    Le quotidien des ingénieures et ingénieurs du son varie selon leur domaine de spécialisation, mais il est généralement rythmé par : 

    • des sessions d’enregistrement, de mixage ou de sonorisation, 
    • la préparation technique des séances, 
    • l’écoute et l’ajustement des sons, 
    • la collaboration avec des artistes, des réalisateurs et réalisatrices, des productrices et producteurs. 

    Ils et elles passent aussi du temps à entretenir et configurer le matériel audio, à expérimenter de nouvelles technologies sonores et à gérer les aspects administratifs liés à leurs projets. 

    Types d’employeurs et d’employeuses 

    Les ingénieures et ingénieurs du son peuvent travailler pour : 

    • des studios d’enregistrement, 
    • des sociétés de production audiovisuelle, 
    • des chaînes de télévision et stations de radio, 
    • des salles de concert et théâtres, 
    • des sociétés de post-production sonore, 
    • des fabricants d’équipement audio, 
    • ou exercer en freelance, en indépendant ou indépendante, pour divers projets. 

    Types de contrats 

    Les statuts varient selon l’activité : 

    Ingénieures et ingénieurs du son en studio 

    • statut : généralement salariés en CDI ou CDD 
    • employeurs : studios d’enregistrement, sociétés de production 
    • exemples : ingénieur du son chez Universal Music, ingénieur de post-production chez Audi’Art 

    Ingénieures et ingénieurs du son pour le spectacle vivant 

    • statut : souvent intermittents du spectacle 
    • employeurs : salles de concert, compagnies de théâtre, tourneurs 
    • exemples : ingénieure façade pour un festival, ingénieur retours pour la tournée d’un artiste 

    Ingénieures et ingénieurs du son freelances 

    • statut : travailleurs indépendants 
    • employeurs : clients variés, projets ponctuels 

    Ingénieures et ingénieurs du son pour la radiodiffusion et télédiffusion 

    • statut : souvent salariés en CDI 
    • employeurs : chaînes de télévision, radios 
    • exemples : ingénieur du son à France Télévisions, technicienne du son à Radio France 

    Beaucoup d’ingénieures et ingénieurs du son exercent comme freelances ou intermittents, alternant entre divers projets et employeurs. D’autres occupent des postes permanents dans des studios, sociétés de production ou médias. 

    Compétences requises 

    Les ingénieures et ingénieurs du son doivent posséder : 

    • une solide formation technique en acoustique, électronique et informatique appliquée à l’audio, 
    • la maîtrise des principaux logiciels de traitement audio (Pro Tools, Pyramix, Logic Pro, Ableton Live, etc.), 
    • une bonne oreille musicale et une sensibilité artistique, 
    • la connaissance et la manipulation d’une large gamme d’équipements audio, 
    • des compétences en communication et en gestion de projet pour collaborer efficacement avec artistes et équipes techniques. 

    Représentation des genres 

    Historiquement, le métier a été très masculin, en particulier dans l’industrie musicale et les métiers techniques. 

    Situation actuelle 

    • Dans certains secteurs, comme la post-production ou la radio, la proportion de femmes ingénieures du son est en augmentation. 
    • Dans d’autres domaines (concerts, enregistrement studio), elles restent encore sous-représentées. 

    Initiatives pour le changement 

    • Des organisations telles que SoundGirls ou Women’s Audio Mission travaillent à promouvoir et soutenir les femmes dans l’industrie audio. 
    • Certaines écoles et formations développent des initiatives pour favoriser davantage de diversité. 

    Défis du métier 

    Le métier d’ingénieure ou ingénieur du son comporte plusieurs contraintes : 

    • horaires irréguliers et longues journées, surtout dans le spectacle vivant, 
    • nécessité de formation continue face à l’évolution rapide des technologies, 
    • forte concurrence, notamment dans l’industrie musicale, 
    • gestion du stress lié aux délais serrés et aux attentes élevées des clients ou des artistes. 

    En résumé 

    Être ingénieure ou ingénieur du son est un métier à la fois technique et artistique, qui associe expertise technologique, créativité et collaboration. Cette profession, stimulante mais exigeante, demande adaptabilité, rigueur et curiosité permanente pour suivre les évolutions de l’industrie du divertissement et des médias. 

  • Le métier de fabricant ou fabricante d’anches

    Le facteur d’anches choisit un roseau selon son diamètre et son épaisseur pour en extraire des anches doubles ou simples placées à l’embouchure de certains instruments à vent. Il affine les pièces à la gouge ou avec des machines à têtes de diamant.

    Emploi et débouchés

    La fabrication d’anches est souvent semi-industrielle, un certain nombre d’opérations s’effectuant sur des machines de pointe. L’outil informatique est également de plus en plus intégré, permettant de réaliser des prototypes d’anches avant d’en faire des patrons en acier. Les fabricants d’anches
    recherchent en permanence à améliorer leur production, ce qui amène parfois à des créations de nouveaux prototypes : des anches ont été créées mélangeant fibres et résine et présentant de bonnes caractéristiques acoustiques et surtout une longévité améliorée (elles ne sont plus soumises
    aux problèmes hygrométriques et de température). Elles sont cependant utilisées le plus souvent comme anches d’études, car elles ne se rapprochent pas de la sonorité offerte par la nature. Dans son ensemble, la facture instrumentale française se concentre aujourd’hui surtout sur la lutherie de quatuor, les instruments à vent et leurs accessoires dont les anches.
    Les fabricants d’anches se retrouvent essentiellement dans le bassin varois où l’on trouve de nombreux sites de roseaux de qualité. Plusieurs centaines de milliers d’anches sont produites chaque jour dans le département du Var (source Festival de l’anche). Le secteur repose sur un réseau d’artisans indépendants proches des musiciens et sur quelques entreprises qui se partagent la majorité du marché (SARL Jany Berthelot, Marca, Neuranter/Glotin, Rico, Rigotti, Vandoren…). En France, le marché est estimé à 2 000 000 d’euros (source CSFI) réalisé à 70% par l’entreprise Vandoren. L’export est très important dans ce secteur où le savoir-faire et la qualité française sont réputés. Il peut constituer jusqu’à 96% des commandes des sociétés. Le marché est toujours en progression, la demande excédant à l’heure actuelle encore l’offre

    Devenir facteur d’anches

    Formation

    Aucune formation spécifique n’est dispensée dans le domaine de la facture d’anches. Les techniques de la facture d’anche sont néanmoins abordées dans les formations de technicien en facture d’instruments à vent.

  • Pianistes accompagnateurs : est-il temps de changer ce nom dans les conservatoires ? 

    Ariane Jacob, pianiste et professeur d’accompagnement au piano au CRR de Paris et au PSPBB 

    Janvier 2021 

    De plus en plus de pianistes accompagnateurs et accompagnatrices questionnent un intitulé qui ne reflète plus la richesse de leur métier. Entre reconnaissance insuffisante, statut précaire et terme parfois jugé réducteur, la profession s’interroge : comment nommer, aujourd’hui, ces musicien·nes dont le rôle dépasse largement l’« accompagnement » ? D’anciennes initiatives aux débats actuels, l’article explore les enjeux sémantiques, symboliques et institutionnels d’une appellation en quête de renouveau. 

    « Quand les mots ne désignent pas la réalité, cela crée du désordre. » Mona Ozouf 

    Un grand nombre de pianistes accompagnateur·ices ne se reconnaissent pas dans leur appellation et déplorent qu’elle ne représente qu’une facette de leurs nombreuses compétences. Je réfléchis depuis longtemps – deux tables rondes sur la question lors des journées de l’Accompagnement au CRR de Paris en 2009 et 2017 ainsi qu’un sondage Facebook effectué auprès de plus de cent cinquante personnes en juillet 2020 – à un terme plus porteur et plus dynamique qui pourrait s’y substituer.

    Le mot « accompagnement » est de plus en plus difficile à porter : les relations professionnelles sont moins verticales et le niveau des pianistes accompagnateurs a beaucoup progressé – une phrase telle que « elle ou il n’est pas très bon·ne pianiste, je lui conseille de se tourner vers l’accompagnement » se fait rare.

    Néanmoins, ce mot est défendu par beaucoup d’acteurs de la profession, en ce qu’il contient de belles valeurs : don, générosité et partage, le compagnon est « celui qui partage le pain ».

    Pour autant, une majorité de pianistes accompagnateurs déplore la position de subordination qu’il contient – le compagnon n’est pas maître – ainsi que la confusion que son usage plus large entraîne : légumes d’accompagnement, accompagnement thérapeutique, accompagnement scolaire, etc. Ils ne peuvent que constater dans les faits une organisation administrative qui minore leur fonction :

    — grilles de salaires minimales pour les accompagnateurs ; les tarifs les plus bas leur sont réservés dans les conservatoires quand ils sont vacataires ou contractuels,

    — quasi-absence de postes de PEA pour les accompagnateurs ; ils sont les plus nombreux à exercer avec des statuts précaires et plafonnent au statut ATEA malgré des parcours très diplômés,

    — organisation au sein des conservatoires qui les néglige ; plannings d’examens et/ou d’auditions qui se calent bien souvent entre l’administration et les professeurs sans les en informer, attribution de salles et/ou de pianos de seconde classe, absence de représentation dans les évènements de la saison, etc.

    Il s’ensuit un sentiment latent de dévalorisation ressenti par un nombre non négligeable de personnes, et une réflexion sur le choix d’un mot plus approprié paraitrait légitime. Elle a été menée aux États-Unis depuis longtemps, puis au Royaume-Uni : à présent, nombre d’institutions majeures ont adopté le terme de collaborative pianist1, mais des réticences s’expriment en France pour adopter son équivalent : « pianiste collaboratif·ve » ou « pianiste collaborateur·rice », à cause de la période de la Collaboration. S’il est employé classiquement dans le milieu de l’entreprise, il semble pour autant ne pas être accepté dans un champ artistique. Malgré la perte de la dimension internationale de « pianiste collaboratif·ve », les mots « pianiste partenaire », « pianiste associé·e » ou encore « pianiste guide » pourraient représenter une alternative intéressante.

    Notes

    1. Se reporter aux actions et travaux de Samuel Sanders, Martin Katz et Simon Lepper. ↩︎
  • Pianiste accompagnateur : le qualificatif « accompagnement » fait-il obstacle à la revalorisation de la profession ?

    Lors de l’assemblée générale de l’ANMAM, la question de l’appellation « accompagnement » a été relancée par Ariane Jacob. Entre poids historique du terme, enjeux de reconnaissance et comparaisons internationales, la réflexion interroge : faut-il conserver un mot chargé de valeurs mais parfois dévalorisant, ou lui préférer une appellation nouvelle, plus en phase avec la réalité et l’avenir de la profession ? 

    Lors de la récente assemblée générale de l’ANMAM, notre consœur Ariane Jacob a mis sur la table la question de l’appellation « accompagnement » pour notre discipline, question éminemment cruciale. Je ne saurais ici mieux expliquer qu’elle-même les tenants et aboutissants de sa réflexion : je salue son initiative et pense qu’elle doit tous nous interpeller. Ce petit mot est ma modeste contribution. 

    Ariane Jacob situe sa réflexion dans son environnement d’enseignante, à savoir l’enseignement supérieur, et fait remarquer que d’autres pays n’utilisent pas les mêmes termes, et qu’un alignement sur l’international serait opportun, ne serait-ce que pour des raisons pratiques. Ce n’est pas là, bien sûr, sa seule motivation. Si j’ai bien compris, il s’agit de glisser du champ lexical du compagnonnage à celui du labeur, de l’accompagnement à la collaboration. Il s’agit donc d’un petit réajustement spatial, mais avec de nombreuses répercussions sémantiques : l’accompagnateur suit de près, sur le chemin, un ami qui a l’initiative ; le collaborateur travaille avec autrui à un but commun, en bonne intelligence. Il y a donc un petit pas effectué en avant, la question est de savoir si cela est suffisant pour améliorer le regard porté sur notre profession. 

    La première interrogation que l’on peut avoir, c’est de savoir si le mot précède la réalité, ou s’il la suit : je ne souhaite pas y répondre. Le choix d’un mot judicieux a bien des pouvoirs, après tout. Est-ce le bon mot ? Ariane Jacob, en tout cas, en propose un qui ne sort pas de nulle part. Pour rester dans la modernité, je crois que l’on opère une translation du registre du care, où l’on prend soin de quelqu’un, vers un registre plus Uber, où l’on loue ses services, fussent-ils de grande valeur. C’est dit sans jugement. La chose qui me préoccupe le plus, et qui n’oblitère pas la pertinence de la proposition, c’est toute la richesse historique qui repose dans le mot français « accompagnement » quand il parle des pianistes : un savoir-faire identifié, ancien, admiré, et disons-le avec cocorico ; unique. Unique, non que l’on sache accompagner uniquement en France, mais qu’une situation spécifique à notre pays confère son sens au mot : classes d’accompagnements, métiers d’accompagnateur et de professeur d’accompagnement, et même genres d’accompagnement (vocal, chorégraphique, instrumental, chef de chant…). 

    Est-ce un métier déconsidéré, une pratique de seconde zone ? Oui et non, chacun en a fait l’expérience. Certaines appellations ont pu cacher la forêt : je pense à l’anglicisme « coach », qui fait florès. Un mot ronflant, justifiant des salaires plus élevés, voire une ligne dédiée dans le livret d’un CD ou le générique d’un film. Et peut-être un surcroît d’autorité ? Les jazzmen ont choisi le mot « sideman », mais ont conservé la notion de soliste, liée essentiellement à la capacité de vendre un groupe sous un nom connu, et plus largement au modèle économique de la culture en Amérique. Ce qui me pousse à faire la remarque suivante : si « l’accompagnateur » n’est pas assez considéré, c’est aussi parce qu’il (ou elle) est celui que l’on ne veut pas payer au prix fort, sur lequel on essaie d’économiser. On retrouve cela dans le fameux « premier grade » de la fonction publique territoriale. 

    Pour ma part, je pense que revaloriser la profession est plus une question syndicale que sémantique, mais les deux ne sont pas antinomiques… Qu’en pensez-vous ? 

    Cristophe Petit

  • Penser l’accessibilité musicale : retour d’expérience d’Élise Marre, du quatuor Anches Hantées

    Penser l’accessibilité musicale : retour d’expérience d’Élise Marre, du quatuor Anches Hantées

    Des capsules sensorielles pour « sentir » la musique, des interprètes en langue des signes sur scène, et une conviction : l’expérience musicale ne passe pas uniquement par l’audition. Le quatuor Anches Hantées a fait de l’accessibilité un pilier de son projet artistique, en développant des outils qui permettent aux personnes sourdes et malentendantes de vivre pleinement un concert.

    Qu’est-ce qui a initialement motivé votre quatuor, Anches Hantées, à rendre tous vos concerts accessibles au public sourd ? 

    L’impulsion a été profondément personnelle. J’ai deux enfants sourds sur trois, et notre fils aîné est atteint de surdité profonde. Très tôt, on a vu qu’il adorait la musique : il nous suivait partout, en tournée comme en concert, avec une joie et une attention qui nous ont bouleversées. 
    Après son implantation cochléaire (un premier à 5 ans, puis l’autre à 7 ans), on s’attendait à une rééducation longue, de 18 à 24 mois. Or l’oralité est arrivée en quelques semaines. Cette progression « flash » nous a amenés à nous demander ce que la musique apporte vraiment, et s’il y avait un lien entre ce bain musical et la rapidité de sa rééducation. D’autant plus qu’il a ensuite développé un excellent niveau musical : à 14 ans, il est en 3ᵉ cycle de trompette en CHAM, sans avoir besoin d’adaptation pédagogique. 
    Tout cela nous a fait comprendre que l’expérience musicale ne repose pas uniquement sur « entendre » au sens strict : elle est aussi corporelle, émotionnelle et culturelle. Si un enfant qui n’entend presque rien peut aimer la musique, c’est qu’on peut y entrer autrement… à condition qu’on en ouvre la porte. 

    Vous avez trouvé un lien entre la musique et la rapidité de cette rééducation. D’après vous, quel est le rôle de la vibration dans ce processus ? 

    Je pense que le bain de musique que mon fils a reçu dès son plus jeune âge a vraiment compté. Même avec une surdité profonde, j’ai l’impression qu’il est resté en lien avec le son par les vibrations. Je le voyais souvent se serrer contre la clarinette contrebasse, comme s’il cherchait à sentir la musique avec tout son corps. Mon hypothèse, c’est que ces vibrations lui ont donné très tôt l’idée que le son existait et qu’il avait du sens. Et je me dis que ça a pu l’aider à construire sa lecture labiale, qui est devenue un appui essentiel ensuite, au moment où son cerveau a dû apprendre à décoder les signaux complexes envoyés par l’implant. 
    Par ailleurs, la musique offre une entrée plus simple que le langage verbal. Les sons musicaux durent plus longtemps, donc le cerveau a davantage de temps pour les traiter, et leur organisation est plus régulière, comme une porte d’accès là où la parole peut d’abord ressembler à un mur. Enfin, je me demande aussi si cette stimulation précoce n’a pas contribué à maintenir les aires auditives disponibles, au lieu qu’elles se réorganisent vers d’autres sens. Cette réorganisation croisée, où le cortex auditif est partiellement recruté par la vision ou le toucher en cas de surdité profonde, est un phénomène bien décrit dans la littérature. 

    Vous mentionnez que vous disposez de matériel vibrant (SubPACs, capsules sensorielles) pour proposer une transcription de la musique aux personnes sourdes et malentendantes. Pouvez-vous expliquer comment ce dispositif a été conçu, testé, adapté ? 

    Nous avons d’abord cherché ce qui existait déjà et nous avons essayé les SubPACs, ces gilets vibrants. Nous avons été assez déçus, parce qu’ils ne restituent les fréquences que jusqu’à 400 Hz, ce qui reste trop limité pour la perception de la musique. Nous avons aussi compris, en échangeant avec des personnes sourdes qui avaient déjà fréquenté des salles équipées de ce type de système, qu’elles en ressortaient souvent frustrées. 
    Ensuite, à l’Institut national des jeunes sourds, nous avons découvert un autre outil : un transducteur que les élèves se passaient et touchaient pour sentir les vibrations. J’ai contacté l’entreprise qui distribuait les gilets et nous avons mené des tests avec ce transducteur. C’est ce travail qui a conduit à imaginer une version plus ergonomique et plus adaptée à la scène : la capsule sensorielle, une sorte de « boule » que l’on tient contre soi pour recevoir les vibrations. Pour la mettre au point, nous avons organisé des ateliers afin de recueillir les retours de participants sourds aux profils variés, parce que la surdité ne se vit pas de la même façon d’un individu à l’autre. 
    Quand on est sourd de naissance, on entre souvent dans le son autrement, par le corps, le rythme, les vibrations, sans forcément chercher à retrouver une audition « comme avant ». À l’inverse, quand la surdité arrive plus tard, l’attente peut être différente, parfois plus précise ou plus exigeante, parce qu’il existe une mémoire de ce qui a été entendu auparavant et un désir de se rapprocher de cette sensation perdue. Enfin, pour certains, la musique ressentie par le contact vibratoire est une découverte totale : l’expérience peut être très intense, parfois même un peu déstabilisante au début, avant de devenir plus confortable et compréhensible. 

    Q : Comment se déroulent les ateliers que vous organisez ? 

    Notre quatuor propose des ateliers en amont des concerts pour rencontrer le public sourd et malentendant et mieux cerner les attentes de chacun, puisque chaque personne vit la surdité différemment et qu’il existe autant de profils que d’individus. Ces ateliers, ouverts à tout âge, consistent d’abord à jouer un morceau, puis à inviter les participants sur scène pour toucher les instruments pendant que les musiciens jouent, leur offrant ainsi un contact avec une vibration assez forte. Ils sont également encouragés à souffler dans une clarinette pour qu’ils produisent la vibration eux-mêmes. Un aspect essentiel de l’atelier est de faire tester le matériel vibrant (gilets ou capsules sensorielles) aux personnes sourdes pour recueillir leurs retours sur ce qu’ils préfèrent, sachant que certains peuvent même découvrir qu’ils n’ont besoin de rien, percevant déjà suffisamment de vibrations et/ou en exploitant leurs restes auditifs. 

    Vos concerts sont-ils destinés uniquement au public sourd ? 

    Nos concerts ne sont pas pensés uniquement pour un public sourd, parce que, pour nous, l’accessibilité peut concerner n’importe quel concert du quatuor. L’idée est surtout de permettre à une même famille, avec des membres sourds et des entendants, de vivre ensemble la même expérience de concert. 
    Concrètement, quand un concert est rendu accessible, il est organisé en bilingue, avec la présence d’un interprète en langue des signes qui traduit tout ce que nous disons sur scène. La musique elle-même s’inscrit alors dans une forme de « bilinguisme un peu particulier », où le sonore et le visuel se répondent. Et la présence du public sourd, comme les dispositifs vibrants, crée souvent un vrai point de rencontre avec les entendants : à la fin, beaucoup restent pour un temps d’échange, pour comprendre le rôle de l’interprète et le fonctionnement du matériel, et discuter de cette expérience partagée. 

    Votre dispositif est utilisé dans des contextes très variés, comme les centres sociaux et les établissements médico-éducatifs. Le matériel vibrant a-t-il des applications au-delà de la surdité ? 

    Oui, la vibration a une portée qui dépasse largement la seule question de l’audition. Nous utilisons ce matériel dans des IME(instituts médico-éducatifs) auprès d’enfants polyhandicapés. Pour certains enfants autistes avec lesquels nous travaillons, la vibration semble favoriser l’attention et l’apaisement. Les éducateurs nous disent qu’ils parviennent à rester présents et attentifs tout au long du concert, alors qu’habituellement ils quittent l’activité au bout de cinq à dix minutes. Dans le champ médical, nous observons aussi des effets très positifs auprès de personnes atteintes d’Alzheimer en EHPAD. L’amplification des sensations vibratoires aurait une réelle valeur thérapeutique, notamment en aidant certains patients à retrouver des paroles de chansons. Plus étonnant encore, dans un institut, le dispositif a été testé auprès d’un enfant aveugle très agité, et la vibration a contribué à l’apaiser et à stabiliser son attention. 
    Dans ces différents contextes, la vibration semble aider à mieux réguler certains troubles associés à un handicap sensoriel.  

    Quelles collaborations sont nécessaires pour garantir le bon fonctionnement de ce dispositif ? 

    Le fonctionnement repose sur une collaboration à la fois technique et humaine. Sur le plan matériel, nous avons dû travailler de près avec l’entreprise Timmpi, car l’équipement représente un coût réel : un gilet revient à environ 500 € en kit, et une capsule dépasse les 2000 €. Comme les lieux ne sont pas toujours équipés, nous venons avec notre propre parc de matériel à chaque sollicitation, c’est-à-dire cinq gilets et quatre capsules. 
    Mais rendre un concert accessible ne dépend pas seulement du matériel. Il faut bien sûr la présence d’un interprète en langue des signes, de même qu’un ingénieur du son réellement impliqué, qui comprend l’enjeu spécifique de la vibration. Son rôle est essentiel, car il doit trier et ajuster les sons pour éviter d’amplifier des bruits parasites, comme des pas sur scène ou des bruits de clés d’instruments, qui peuvent être très dérangeants pour quelqu’un qui découvre la musique par ce canal. Enfin, ce travail s’appuie sur des partenariats institutionnels. Certains lieux, comme l’Opéra de Montpellier, se sont beaucoup investis sur ces questions et ont choisi de s’équiper après avoir constaté l’efficacité du dispositif. Nous partageons également notre expérience avec d’autres musiciens et musiciennes : par exemple, nous prêtons des capsules à des artistes comme Florine Hardouin, afin qu’ils puissent proposer une vraie expérience vibratoire complète, plutôt que de se limiter à des gilets seuls, souvent sources de déception. 

    Malgré ces efforts, vous mentionnez que le public sourd reste difficile à attirer. Quelle est la principale raison de cette réticence ? 

     Il faut avoir en tête que la communauté sourde porte une histoire collective très douloureuse. Pendant longtemps, elle a subi des violences institutionnelles et une forte stigmatisation. Certaines pratiques scolaires anciennes étaient profondément humiliantes, et la reconnaissance de la langue des signes en tant que langue à part entière est très récente : en France, le baccalauréat en LSF n’existe que depuis les années 2000. Les générations précédentes ont été contraintes à l’oralisation, souvent au détriment de leur accès à l’écrit, ce qui a laissé beaucoup de personnes de plus de cinquante ans en grande difficulté avec le français écrit. 
    Dans ce contexte, la méfiance actuelle est compréhensible. Beaucoup franchissent rarement les portes des salles de spectacle, parce qu’ils ont trop souvent été déçus par des propositions annoncées comme accessibles mais qui ne l’étaient pas réellement. Quand ils s’aperçoivent sur place que l’adaptation n’est pas au rendez-vous, cela peut être vécu comme une forme de manque de respect, voire d’exclusion. Construire une relation de confiance demande donc du temps et de la constance : il peut falloir des dizaines d’heures d’échanges pour que quelques personnes acceptent de venir à une première représentation. 

    Comment faut-il adapter la communication pour atteindre efficacement ce public ?

    Pour toucher ce public, il faut vraiment repenser la communication. D’abord, il faut privilégier le visuel. Quand on envoie un mail, il devrait idéalement être accompagné d’une vidéo en langue des signes. Le texte écrit, surtout quand il est un peu long, fonctionne mal : au-delà de quelques mots, beaucoup ne s’y retrouvent plus ou ne se sentent pas concernés. Ensuite, ne croyez pas que le sous-titrage suffit. Certaines personnes sourdes ne lisent pas assez vite pour suivre un discours en direct, et cela peut même ajouter une difficulté au lieu d’en enlever.  
    Il est aussi important de faire attention aux codes graphiques utilisés. Les pictogrammes « classiques » de l’accessibilité sont souvent mal reçus, parce qu’ils renvoient directement à l’idée de handicap. À l’inverse, un signe visuel qui marche bien est celui des deux mains indiquant “langue des signes”, car il affirme une langue et une culture plutôt qu’une déficience. 
    Enfin, la communication doit passer par le réseau. Les communautés sourdes sont très structurées localement. Travailler avec un interprète du coin, qui connaît les personnes et les associations locales, fait une énorme différence : la confiance se construit beaucoup par les liens humains et le bouche-à-oreille au sein de ces réseaux. 

    La surdité en France : chiffres clés et cadre légal

    • Environ 7 millions de personnes en France sont sourdes ou malentendantes, soit autour de 11 % de la population.
    • Parmi elles, on estime à environ 500 000 le nombre de personnes avec une surdité sévère ou profonde.
    • Les enquêtes de la DREES évoquent aussi jusqu’à 10 millions de personnes ayant des limitations fonctionnelles auditives (toutes sévérités confondues).
    • La malentendance augmente fortement avec l’âge : dans les données DREES/HID, plus d’1,4 million de personnes déclarent beaucoup de difficultés à entendre ou n’entendre pas du tout, et la majorité se situe après 60 ans.
    • La langue des signes française est utilisée par plus de 100 000 personnes en France (estimation couramment retenue).
    • 18 janvier 1991 : loi dite « Fabius ». Pour la première fois, les familles obtiennent le droit légal de choisir une éducation bilingue LSF/français ou une éducation uniquement orale. 
    • 11 février 2005 : loi handicap. La LSF est reconnue officiellement comme “langue à part entière” dans le Code de l’éducation. 
    • 2009 : la LSF devient épreuve facultative au baccalauréat (mise en place après les textes de 2007).
    • Aujourd’hui : malgré ces reconnaissances, l’accès scolaire reste faible : environ 5 % des élèves sourds bénéficient d’un enseignement en LSF/bilingue.