Dans un secteur qui emploie 127 420 salariés au sein de 11 995 entreprises pour une masse salariale de 685 M€, les femmes restent structurellement sous-représentées et moins bien rémunérées que les hommes, une tendance stable depuis plus de quinze ans.
Étude réalisée par Audiens (données 2017), commanditée par un collectif de treize organisations professionnelles du secteur (CNV, Sacem, SNEP, SPPF, Afdas, Adami, etc.).
Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :
Cadrage général : un secteur moins féminisé que la moyenne nationale
Le champ de la musique et du spectacle vivant affiche une part de femmes nettement inférieure à celle de l’ensemble de la population active française. En 2017, les femmes représentent 36 % des effectifs du secteur, contre 49 % dans la population active française (source : INSEE). Cette sous-représentation n’est pas récente : elle était déjà de 33 % en 2007, ce qui illustre une tendance de fond quasi structurelle sur quinze ans.
| Indicateur | Musique & spectacle vivant | Population active française |
| Part des femmes (2007) | 33 % | 48 % |
| Part des femmes (2017) | 36 % | 49 % |
Le spectacle vivant privé domine très largement le périmètre de l’étude : il concentre 89 % des entreprises, 95 % des effectifs et 86 % de la masse salariale. Les conclusions s’appliquent donc principalement à cette branche.
Partie 1 — Les intermittentes : une sous-représentation accentuée par le statut
Effectifs et temps travaillé
Parmi les intermittents du spectacle, les femmes ne représentent que 32 % des effectifs en 2017. Ce déséquilibre est encore plus marqué chez les techniciennes (27 % seulement) que chez les artistes (34 %). Surtout, la part des femmes dans le temps travaillé effectif est systématiquement inférieure à leur poids dans les effectifs, ce qui traduit une activité plus fragmentée et des volumes d’heures ou de cachets plus faibles.
| Catégorie | % effectifs (F) | % temps travaillé (F) | % masse salariale (F) |
| Techniciennes | 27 % | 25 % | 23 % |
| Artistes | 34 % | 34 % | 32 % |
Écarts de rémunération
En 2017, le salaire moyen brut par heure d’une technicienne intermittente est de 21 €, contre 22 € pour un homme, soit un écart de 6 %. Chez les artistes, l’écart est encore plus prononcé : 154 € par cachet pour une femme, contre 170 € pour un homme, soit −9 %. Ces différences, cumulées à un volume d’activité moindre, expliquent que les femmes ne perçoivent que 29 % de la masse salariale totale des intermittents alors qu’elles en constituent 32 %.
Une carrière qui s’arrête plus tôt
Les pyramides des âges révèlent une dissymétrie importante : chez les intermittents, les hommes sont surreprésentés à tous les âges. Mais le fait le plus saillant est que l’effectif féminin commence à décroître dès 30 ans, cinq ans avant celui des hommes (qui décroît à partir de 35 ans). Ce décrochage précoce suggère l’existence de freins spécifiques — charges familiales, moindre réseau, etc. — qui écartent les femmes du statut d’intermittente dès le début de la trentaine.
Partie 2 — Les permanentes : parité en trompe-l’œil
Une parité dans les effectifs qui masque des inégalités salariales
Contrairement aux intermittentes, les permanentes atteignent la parité numérique : elles représentent 50 % des effectifs permanents et même 51 % des équivalents temps plein (ETP) travaillés. En apparence, la situation est équilibrée. Pourtant, elles ne perçoivent que 45 % de la masse salariale, ce qui révèle un écart salarial brut moyen de 21 % par rapport à leurs homologues masculins en 2017.
Cet écart n’est pas nouveau et n’a pas convergé : il était de 18 % en 2002, de 19 % en 2007, puis de 22 % en 2012 avant de légèrement se réduire à 21 % en 2017.
| Année | Salaire annuel moyen H (ETP) | Salaire annuel moyen F (ETP) | Écart |
| 2002 | 21 256 € | 17 406 € | −18 % |
| 2007 | 24 313 € | 19 581 € | −19 % |
| 2012 | 30 005 € | 23 360 € | −22 % |
| 2017 | 36 517 € | 29 168 € | −21 % |
Un écart qui se creuse avec l’âge et le niveau hiérarchique
L’écart salarial est quasi nul en début de carrière : une femme de moins de 25 ans gagne 100 % du salaire d’un homme du même âge. Mais il se creuse régulièrement avec l’avancée en âge : 95 % entre 25 et 35 ans, 84 % entre 35 et 45 ans, 74 % entre 45 et 55 ans, et seulement 66 % au-delà de 55 ans. Ce gradient age-salaire traduit un plafond de verre particulièrement actif dans ce secteur.
L’écart est également plus important chez les cadres (−18 %, soit 47 561 € vs 57 944 €) que chez les non-cadres (−7 %, soit 22 776 € vs 24 049 €), ce qui confirme que les inégalités se concentrent aux postes de responsabilité.
Un fort effet d’éviction après 30 ans
Les femmes permanentes de moins de 30 ans sont recrutées plus massivement que leurs homologues masculins (64 % des nouvelles embauches féminines ont moins de 30 ans, contre 51 % chez les hommes). Mais à partir de 30 ans, un puissant effet d’éviction se manifeste : entre 2012 et 2017, on observe 1 830 départs de femmes (25-29 ans en 2012) pour seulement 1 495 remplacements dans la tranche 30-34 ans en 2017. À titre de comparaison, les hommes connaissent un renouvellement quasi intégral (−1 290 départs pour +1 538 embauches). Ce phénomène conduit à une inversion de la parité après 40 ans : les femmes, majoritaires parmi les cadres de moins de 35 ans (52 %), deviennent minoritaires à partir de 35 ans.
Formation : les femmes plus enclines à se former, mais pas dans tous les métiers
D’après les données Afdas (opérateur de formation du secteur), les femmes permanentes se forment davantage que leurs homologues masculins (58 % des individus formés pour 50 % des effectifs). Chez les intermittentes, la tendance est identique dans l’ensemble (40 % des formés pour 32 % des effectifs), mais elle s’inverse chez les techniciennes (seulement 23 % des formées pour 27 % des effectifs) et les artistes musiciennes (19 % des formées pour une part déjà très faible dans les effectifs). Les artistes interprètes font exception : elles représentent 62 % des individus formés.
Données complémentaires sur la création artistique
Deux indicateurs additionnels issus de la conclusion du rapport éclairent la place des femmes dans les projets artistiques eux-mêmes. Parmi les 343 projets examinés par le CNV entre janvier et mai 2019, seulement 23 % étaient menés par des femmes (67 % par des hommes, 10 % mixtes), et les femmes ne représentaient que 20 % des personnes impliquées. L’Adami, pour sa part, évalue à 30 % la part des femmes artistes engagées dans ses projets aidés et à 27 % leur présence en direction de projets. Dans les distributions théâtrales du Syndicat National du Théâtre Privé, elles atteignent 41 %.
Points de vigilance méthodologiques
L’étude repose sur les déclarations nominatives de salaires transmises à Audiens et ne couvre pas l’intégralité du personnel permanent (certains employeurs adhèrent à une autre caisse de retraite complémentaire). Les allocations chômage et les indemnités de la Caisse des congés spectacles sont exclues du périmètre, ce qui peut sous-estimer les revenus réels des intermittents.
Conclusions et perspectives
Ce premier bilan chiffré constitue un état des lieux inédit pour le secteur. Les partenaires signataires s’engagent à pérenniser le suivi de ces indicateurs et à les enrichir de nouvelles dimensions : proportion de femmes dirigeantes d’entreprises, place des femmes dans les projets de création. L’enjeu est de transformer ce diagnostic en levier d’action concret pour réduire des inégalités qui, pour certaines (notamment les écarts salariaux permanents), n’ont pas significativement évolué en vingt ans.