Fruit d’une consultation nationale menée de janvier à mai 2025 auprès des organisations représentatives de la communauté éducative, ce document établit le cadre officiel d’usage de l’intelligence artificielle dans le système éducatif français.
Ministère de l’Éducation nationale | Juin 2025 | 18 pages
Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :
Contexte et enjeux
Le développement rapide des IA génératives — accessibles, gratuites et capables de produire texte, image, son et vidéo — bouleverse les fondamentaux de l’École : rapport à la connaissance, construction des apprentissages, pratiques d’évaluation. Ces outils sont désormais massivement utilisés par l’ensemble des acteurs éducatifs, bien avant toute régulation officielle.
Face à cette réalité, le ministère pose un principe directeur clair : l’usage de l’IA est autorisé en éducation, à condition de respecter le cadre ici défini. Ce cadre repose sur trois piliers — juridique, éthique et pédagogique — et s’adresse à la fois aux enseignants, aux personnels administratifs et aux élèves.
Ce que l’IA est (et n’est pas)
Le document distingue deux types d’IA :
- L’IA prédictive : classifie des données et anticipe des tendances
- L’IA générative : produit des contenus à partir de prompts en langage naturel
Point fondamental : une IA générative ne « comprend » pas. Elle détermine statistiquement le mot suivant le plus probable à partir de ses données d’entraînement. Elle n’est donc pas intelligente au sens cognitif, et ses productions doivent être traitées avec discernement critique.
Potentialités et risques : un bilan nuancé
Des usages déjà répandus
| Acteur | Usages observés |
| Élèves (lycéens, collégiens) | Révision, entraînement, approfondissement — mais aussi réalisation de devoirs à leur place |
| Enseignants | Préparation de cours, conception d’évaluations, adaptation aux besoins spécifiques, aide à la correction |
| Personnels administratifs | Rédaction de notes et courriers, transcription de réunions, synthèses, traduction, automatisation |
Des risques bien identifiés
Le document recense six grandes catégories de risques qu’il convient de garder à l’esprit dans tout usage :
- Biais et discriminations — reproduction voire amplification de stéréotypes présents dans les données d’entraînement
- Hallucinations — production de réponses inexactes ou fausses présentées avec assurance
- Données personnelles — risque de divulgation en cas de saisie d’informations confidentielles
- Impact environnemental — une réponse textuelle à un prompt est en moyenne 10 fois plus énergivore qu’une requête sur un moteur de recherche
- Travail humain invisible — les modèles reposent sur les « travailleurs du clic » pour leur entraînement
- Propriété intellectuelle — utilisation de données protégées pour l’entraînement des modèles
Le cadre d’usage : obligations et recommandations
Obligations légales (non négociables)
Protection des données (RGPD) Les services d’IA grand public ne garantissent pas la non-réutilisation des données saisies. En conséquence : aucune donnée personnelle ou confidentielle ne peut être utilisée dans ces outils. Seules sont autorisées les données rendues publiques (textes officiels, ressources libres, données statistiques anonymisées, œuvres du domaine public). Il est formellement interdit de demander aux élèves de créer un compte personnel sur un service d’IA grand public.
Transparence et supervision humaine Toute décision impliquant l’IA — notamment celles ayant un impact sur l’évaluation ou l’orientation des élèves — doit faire l’objet d’une information explicite auprès des personnes concernées, d’une supervision humaine garantissant équité et explicabilité, et d’une validation par l’autorité compétente. C’est une exigence directe du Règlement européen sur l’IA (RIA), qui classe plusieurs usages scolaires parmi les systèmes à haut risque.
Recommandations éthiques et pédagogiques
Principes transversaux pour tous les personnels
- Privilégier les solutions libres et souveraines, permettant un contrôle des corpus utilisés
- Adopter un usage frugal : ne recourir à l’IA que si aucune solution moins coûteuse écologiquement ne répond au besoin
- Exercer un esprit critique systématique sur les productions générées, en croisant avec d’autres sources
- Signaler tout usage de l’IA dans une prise de décision
Progression pédagogique par niveau
| Niveau | Cadre d’usage autorisé |
| École primaire | Sensibilisation aux bases de l’IA — sans manipulation directe d’IA générative |
| Collège (avant la 4e) | Idem — approche théorique et réflexive uniquement |
| À partir de la 4e | Usage en classe autorisé, limité, encadré, expliqué et accompagné par l’enseignant |
| Lycée | Usage autonome possible dans un cadre d’apprentissage explicitement défini par l’enseignant |
Une formation obligatoire aux IA est prévue sur la plateforme Pix, au minimum en 4e, en 2de (voies générale, technologique et professionnelle) et en première année de CAP.
Devoirs, évaluation et fraude
Le document prend position clairement sur un sujet sensible : utiliser une IA générative pour réaliser tout ou partie d’un devoir, sans autorisation explicite de l’enseignant et sans travail personnel d’appropriation, constitue une fraude, assimilée à l’intervention d’une tierce personne ou au plagiat.
Les établissements sont invités à adapter leurs pratiques évaluatives en mettant au premier plan le raisonnement et la résolution de problème. Le document déconseille explicitement le recours aux logiciels de détection de contenus générés par l’IA, jugés peu fiables et susceptibles de pénaliser injustement des élèves.
À retenir : les 5 réflexes essentiels
1. Données — Ne saisir que des données publiques dans les outils grand public. Jamais de données personnelles ou confidentielles.
2. Environnement — Préférer une recherche web classique si elle suffit. L’IA générative consomme 10× plus d’énergie.
3. Transparence — Signaler tout usage de l’IA dans une décision ou une production.
4. Esprit critique — Vérifier toujours l’exactitude des résultats. Renoncer à l’IA si l’on ne peut pas évaluer la fiabilité de sa réponse.
5. Pédagogie — L’IA est un assistant, jamais un substitut à l’apprentissage et à l’effort intellectuel de l’élève.