L’étude SPOT du CNMlab explore quatre futurs possibles de la filière musicale française à l’horizon 2050, face aux défis climatiques et environnementaux. Elle quantifie l’impact actuel de la musique (3,7 MtCO₂e) et propose des trajectoires de transformation radicalement différentes.
Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :
Contexte et méthodologie
Le CNM, en partenariat avec le cabinet Ramboll et l’ADEME, a mené une étude prospective couplant diagnostic carbone et analyse des risques climatiques. Basée sur 12 entretiens d’experts, une revue documentaire et trois ateliers collaboratifs (2023-2024), l’étude identifie les émissions de la filière, les enjeux d’adaptation et formule quatre scénarios contrastés pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
L’écosystème musical, fragmenté entre spectacle vivant, musique enregistrée, création musicale et facture instrumentale, représente environ 1 % des émissions territoriales françaises. Le marché numérique domine les émissions (streaming, data centers), suivi du spectacle vivant (déplacements publics et artistes).
État des lieux : vulnérabilités actuelles
L’exposition de la filière aux risques climatiques est déjà manifeste. Les festivals subissent annulations et surcoûts assurantiels croissants ; en 2023, treize festivals ont subi des annulations partielles. Les salles et studios d’enregistrement localisés en zones côtières ou dans des bâtiments mal isolés font face à des menaces d’inondation et de surchauffe. Le marché physique des instruments souffre de ruptures d’approvisionnement en essences rares (bois de Pernambouc) et minéraux critiques.
Les tensions sur les ressources s’ajoutent aux enjeux carbones. La filière dépend fortement de métaux rares pour les instruments et équipements électroniques ; d’ici 2050, selon les projections, les volumes de métaux requis atteindront 3 à 10 fois les productions actuelles. L’eau, l’électricité et les télécommunications sont soumises à des risques croissants en périodes de sécheresse.
Les quatre scénarios 2050
Scénario 1 : « À bicyclette » – Frugalité (65 % réduction GES)
Une prise de conscience accélérée suite à des catastrophes écologiques entraîne une contraction économique volontaire. L’État régule fortement via quotas et décarbonation. Les concerts se déploient localement, les artistes se sédentarisent en résidences, le numérique se rationalise (éco-streaming, serveurs régionalisés). Modèle le plus transformateur mais économiquement défiant : nombreux métiers spécialisés disparaissent, l’intermittence devient précaire. L’accès à la culture reste préservé via des politiques inclusives.
Scénario 2 : « Come Together » – Sobriété et efficacité (50 % réduction GES)
Une gouvernance partagée entre État, régions et collectivités impulse une transition progressive. Des réseaux interrégionaux de programmation optimisent les tournées, les festivals intègrent la trame verte urbaine, les transports en commun se renforcent. Le spectacle vivant prospère localement ; la musique enregistrée subit des tensions persistantes sur l’eau et les minéraux. Ce scénario préserve les métiers et l’accès culturel tout en demandant un effort de compensation de 25 % via d’autres secteurs.
Scénario 3 : « Computer Love » – Polarisation et efficacité (30 % réduction GES)
La technologie verte prime sur la sobriété. Les grandes villes se densifient, l’IA gère l’adaptation urbaine, le streaming domine (formats HD, data centers optimisés). Mais l’écart se creuse : concerts premium pour élites, contre-culture précarisée en friches urbaines. Les coûts assurantiels et sécuritaires montent drastiquement. Risques importants pour spectacle vivant et facture instrumentale. Nécessite 45 % de compensation externe.
Scénario 4 : « Harder Better Faster Stronger » – Dominations (15 % réduction GES)
L’État se désinvestit de la culture, la technologie capture carbone compense l’inaction. La concentration s’accentue : majors et grandes promotrices dominent ; l’exception culturelle française s’érode. L’intermittent du spectacle disparaît, remplacé par des structures omnibus de 360°. Musique devient marqueur de statut, réservée aux classes mobiles et fortunées. C’est le scénario le moins résilient (60 % de compensation nécessaire), marqué par inégalités accentuées.
Enjeux prospectifs transversaux
Trois défis structurants émergent. D’abord, transformer les modèles économiques : il faut approfondir la connaissance carbone de la filière (via outils Seeds, Fairly, bilans carbone plus larges), évaluer la vulnérabilité des sites clés (data centers, SMAC, festivals), et réduire la fragilité des infrastructures via relocalisation et interconnexion aux réseaux de transport.
Ensuite, repenser la gouvernance et les droits culturels. Les deux premiers scénarios imaginent une gouvernance partagée où les citoyens participent aux choix sur le futur désirable. Des cadres régionaux doivent favoriser l’échange artistique plutôt que la compétition d’attractivité ; les passeports culturels interrégionaux exemplifiés par le projet Better Live en témoignent.
Enfin, transformer les imaginaires via l’expérimentation. Soutenir des structures pionnières en éco-production (label Ecoprod pour l’audiovisuel), amplifier le rôle fédérateur de la musique pour changer les comportements, et interroger l’impact de l’IA sur les usages musicaux et le patrimoine culturel.
Conclusion
L’étude SPOT offre un diagnostic sans équivoque : la transition de la filière musicale ne sera pas marginale, elle est existentielle. Les quatre scénarios ne sont pas des voies privilégiées mais des images du possible pour éclairer les choix politiques et collectifs. Le scénario 1 (frugalité) atteint seul l’effort équitable de réduction carbone sans dépendre d’autres secteurs ; les trois autres exigent une compensation externe croissante, traduisant un « défaut » de transformation.
Poursuivre l’exploration suppose d’approfondir l’analyse territoriale région par région, d’intégrer l’échelle européenne, et d’impulser un dialogue global sur les imaginaires durables du secteur culturel dans l’espace économique européen.