Analyse de 18 bilans carbone de structures représentatives du secteur des musiques actuelles, produit par la FEDELIMA et le SMA sur la période de référence de mars 2022 à mars 2023.
Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :
1. Contexte et objectifs
Le projet Déclic, porté conjointement par la FEDELIMA (Fédération des lieux de musiques actuelles) et le SMA (Syndicat des Musiques Actuelles), avec l’appui du cabinet ekodev, constitue la première initiative sectorielle de mesure systématique de l’empreinte carbone des musiques actuelles en France. Soutenu par le dispositif France 2030 et le Centre national de la musique, il vise deux ambitions complémentaires : d’une part, établir une base de données robuste sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la filière ; d’autre part, définir une stratégie de transition écologique alignée sur les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC).
La méthodologie retenue est celle du Bilan Carbone® de l’ADEME, qui prend en compte l’ensemble des émissions directes (Scope 1), indirectes liées à l’énergie (Scope 2) et autres émissions indirectes (Scope 3). L’intégration du Scope 3 est déterminante : elle permet de capturer les émissions liées aux déplacements des publics et des artistes, postes qui s’avèrent dominants dans toutes les typologies de structures analysées.
2. Périmètre et panel d’analyse
Le panel Déclic regroupe 18 structures représentatives, réparties en quatre catégories : 8 salles de concert (de 200 à 1 293 places), 5 festivals (de 2 500 à 20 000 personnes/jour), 4 structures de production de spectacle et 1 centre de formation. Sept membres associés supplémentaires ont contribué via des bilans carbone antérieurs. La diversité géographique (métropole et outre-mer), de taille (petite, moyenne, grande jauge) et d’activités garantit la représentativité du panel.
3. Résultats clés par type de structure
| Type de structure | Émissions moy. | Émissions/spectateur | Intensité carbone | Nb étudié |
| Salle de concert | 570 tCO₂e | 17 kgCO₂e | 390 kgCO₂e/k€ CA | 14 |
| Festival | 742 tCO₂e | 46 kgCO₂e | 580 kgCO₂e/k€ CA | 7 |
| Structure de production | 1 646 tCO₂e | 3,2 tCO₂e/repr. | 1 600 kgCO₂e/k€ CA | 4 |
| Structure de formation | 287 tCO₂e | N/A (1 structure) | N/A | 1 |
Le déplacement des publics constitue le principal poste d’émissions pour toutes les typologies de structures, avec une part allant de 34 % pour les salles de concert à 82 % pour les structures de production. Cette prédominance s’explique par le volume de spectateurs générés et la forte dépendance aux véhicules thermiques, y compris dans les zones urbaines. Les achats — notamment la restauration et les services scéniques — représentent le deuxième poste d’émissions, particulièrement significatif pour les festivals (27 %) et les salles avec offre de bar/restauration (21 %).
Salles de concert
Avec une empreinte moyenne de 570 tCO₂e par an, les salles présentent des profils très hétérogènes selon leur jauge, leur localisation (rurale vs urbaine) et la desserte en transports en commun. Un spectateur émet en moyenne 17 kgCO₂e par concert, avec des extrêmes allant de 6 kgCO₂e (Le Périscope, Lyon, avec accès métro) à 35 kgCO₂e (Le Kabardock, La Réunion, du fait des vols long-courriers des artistes). Plus la jauge est grande, plus les spectateurs viennent de loin et plus les émissions par personne augmentent. La distance moyenne parcourue en aller-retour est de 40 km.
Festivals
Les festivals émettent en moyenne 742 tCO₂e, avec 46 kgCO₂e par festivalier — un ratio nettement supérieur aux salles. Les festivals ruraux sont quasi entièrement dépendants du véhicule thermique (97 % des km pour Art’Cade), tandis que les festivals urbains bénéficient d’un mix modal plus favorable. Le festival Le Bon Air se distingue avec seulement 20 kgCO₂e/visiteur grâce à 82 % des déplacements en transports en commun. La programmation musicale influe directement sur les distances parcourues : des esthétiques de niche ou internationales attirent un public prêt à voyager davantage.
Structures de production de spectacle
Ce sont les structures les plus émissives en valeur absolue (1 646 tCO₂e en moyenne), principalement parce que leurs bilans intègrent les déplacements des publics générés par l’ensemble des concerts produits pour leur catalogue d’artistes. Hors déplacements du public, leurs émissions propres restent modestes. La structure Bi:Pole se distingue par son fort rayonnement international (27 % de dates à l’étranger vs < 1 % pour Gommette ou l’Armada), ce qui multiplie par 10 ses émissions par artiste par rapport aux autres structures du panel.
Centre de formation
Le CEM (Le Havre) constitue le seul représentant de cette catégorie. Ses 287 tCO₂e annuelles sont surtout dues aux déplacements des élèves (38 %), aux flux énergétiques (22 %) et aux immobilisations (24 %, gonflées par des travaux de rénovation). Le numérique et les instruments de musique pèsent peu dans le bilan, ces derniers n’étant pas renouvelés régulièrement.
4. Répartition des émissions par poste — vue comparative
| Poste d’émission | Prod. de spectacle | Festival | Salle de concert | Formation |
| Déplacements publics | 82 % | 58 % | 34 % | 38 % |
| Achats / intrants | 7 % | 27 % | 21 % | 11 % |
| Immobilisations | 3 % | 3 % | 13 % | 24 % |
| Flux (énergie, déchets) | 2 % | 2 % | 11 % | 22 % |
| Déplacements artistes | 5 % | 4 % | 14 % | 1 % |
| Autres déplacements | 2 % | 7 % | 7 % | 5 % |
La lecture transversale de ce tableau révèle deux constantes : la domination des déplacements des publics dans toutes les typologies, et le poids croissant des achats lorsque les structures proposent une offre de restauration ou de services événementiels. À l’inverse, les immobilisations jouent un rôle plus important dans les structures de formation, où les rénovations de bâtiments et les équipements pèsent davantage. Les flux énergétiques restent marginaux dans la plupart des cas, ce qui nuance l’idée couramment répandue selon laquelle l’énergie serait le premier levier d’action.
5. Facteurs d’influence identifiés
L’analyse comparative met en évidence plusieurs facteurs structurants des émissions. La taille de la structure est positivement corrélée aux émissions totales : plus la jauge ou le nombre de représentations est élevé, plus le bilan est lourd, notamment en raison du rayonnement géographique accru. La localisation géographique est déterminante pour les modes de transport utilisés : une salle bien desservie en transports en commun peut réduire de moitié ses émissions liées aux déplacements du public. L’esthétique musicale influe sur la distance consentie par les spectateurs : des programmations de niche ou à dominante internationale drainent un public plus lointain. Enfin, la diversité d’activités (bar, restauration, studios de répétition) démultiplie les postes d’émissions à prendre en compte.
6. Trajectoire de décarbonation cible
L’empreinte carbone consolidée de l’ensemble des adhérents SMA et FEDELIMA est estimée à environ 160 ktCO₂e par an, avec 44 % imputables aux déplacements du public et 30 % aux intrants. Pour s’inscrire dans le cadre de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC v2), la filière devra atteindre les objectifs de réduction suivants :
| Année de référence | Objectif 2030 | Objectif 2040 | Objectif 2050 |
| ~160 ktCO₂e (2022) | −22 % | −54 % | −86 % |
Ces objectifs impliquent une transformation profonde des pratiques, en particulier sur les leviers les plus difficiles à actionner directement par les structures : les modes de transport des publics et des artistes. Des actions structurelles — développement de l’offre de covoiturage, incitations aux transports en commun, évolution des contrats de cession intégrant des clauses de mobilité durable, regroupement de tournées — seront nécessaires en parallèle d’une réduction des achats alimentaires carbonés et d’une sobriété des immobilisations.
7. Points de vigilance méthodologiques
Plusieurs précautions s’imposent dans la lecture de ces résultats. Les bilans carbone des structures de production intègrent les émissions des publics des concerts qu’elles produisent, créant un risque de double compte avec les bilans des salles accueillant ces concerts — un travail de correction a été réalisé pour l’estimation à l’échelle de la filière. Par ailleurs, les périmètres d’analyse ne sont pas strictement comparables entre typologies (notamment pour les structures proposant des activités annexes), ce qui invite à la prudence dans les comparaisons directes. Enfin, les données de mobilité reposent sur des enquêtes déclaratives dont la représentativité peut varier.