Lors de l’assemblée générale de l’ANMAM, la question de l’appellation « accompagnement » a été relancée par Ariane Jacob. Entre poids historique du terme, enjeux de reconnaissance et comparaisons internationales, la réflexion interroge : faut-il conserver un mot chargé de valeurs mais parfois dévalorisant, ou lui préférer une appellation nouvelle, plus en phase avec la réalité et l’avenir de la profession ?
Lors de la récente assemblée générale de l’ANMAM, notre consœur Ariane Jacob a mis sur la table la question de l’appellation « accompagnement » pour notre discipline, question éminemment cruciale. Je ne saurais ici mieux expliquer qu’elle-même les tenants et aboutissants de sa réflexion : je salue son initiative et pense qu’elle doit tous nous interpeller. Ce petit mot est ma modeste contribution.
Ariane Jacob situe sa réflexion dans son environnement d’enseignante, à savoir l’enseignement supérieur, et fait remarquer que d’autres pays n’utilisent pas les mêmes termes, et qu’un alignement sur l’international serait opportun, ne serait-ce que pour des raisons pratiques. Ce n’est pas là, bien sûr, sa seule motivation. Si j’ai bien compris, il s’agit de glisser du champ lexical du compagnonnage à celui du labeur, de l’accompagnement à la collaboration. Il s’agit donc d’un petit réajustement spatial, mais avec de nombreuses répercussions sémantiques : l’accompagnateur suit de près, sur le chemin, un ami qui a l’initiative ; le collaborateur travaille avec autrui à un but commun, en bonne intelligence. Il y a donc un petit pas effectué en avant, la question est de savoir si cela est suffisant pour améliorer le regard porté sur notre profession.
La première interrogation que l’on peut avoir, c’est de savoir si le mot précède la réalité, ou s’il la suit : je ne souhaite pas y répondre. Le choix d’un mot judicieux a bien des pouvoirs, après tout. Est-ce le bon mot ? Ariane Jacob, en tout cas, en propose un qui ne sort pas de nulle part. Pour rester dans la modernité, je crois que l’on opère une translation du registre du care, où l’on prend soin de quelqu’un, vers un registre plus Uber, où l’on loue ses services, fussent-ils de grande valeur. C’est dit sans jugement. La chose qui me préoccupe le plus, et qui n’oblitère pas la pertinence de la proposition, c’est toute la richesse historique qui repose dans le mot français « accompagnement » quand il parle des pianistes : un savoir-faire identifié, ancien, admiré, et disons-le avec cocorico ; unique. Unique, non que l’on sache accompagner uniquement en France, mais qu’une situation spécifique à notre pays confère son sens au mot : classes d’accompagnements, métiers d’accompagnateur et de professeur d’accompagnement, et même genres d’accompagnement (vocal, chorégraphique, instrumental, chef de chant…).
Est-ce un métier déconsidéré, une pratique de seconde zone ? Oui et non, chacun en a fait l’expérience. Certaines appellations ont pu cacher la forêt : je pense à l’anglicisme « coach », qui fait florès. Un mot ronflant, justifiant des salaires plus élevés, voire une ligne dédiée dans le livret d’un CD ou le générique d’un film. Et peut-être un surcroît d’autorité ? Les jazzmen ont choisi le mot « sideman », mais ont conservé la notion de soliste, liée essentiellement à la capacité de vendre un groupe sous un nom connu, et plus largement au modèle économique de la culture en Amérique. Ce qui me pousse à faire la remarque suivante : si « l’accompagnateur » n’est pas assez considéré, c’est aussi parce qu’il (ou elle) est celui que l’on ne veut pas payer au prix fort, sur lequel on essaie d’économiser. On retrouve cela dans le fameux « premier grade » de la fonction publique territoriale.
Pour ma part, je pense que revaloriser la profession est plus une question syndicale que sémantique, mais les deux ne sont pas antinomiques… Qu’en pensez-vous ?
Cristophe Petit