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  • LilyPond, qu’est-ce que c’est ?

    LilyPond, qu’est-ce que c’est ?

    LilyPond est né du constat — fait par ses créateurs — que les programmes de notation musicale étaient inaptes à rivaliser, en termes de qualité de gravure, avec les éditeurs de musique reconnus tels que les éditions Barenreiter, les éditions Peters, Breitkopf and Hartel, etc. Les initiateurs de LilyPond ont donc développé un langage de notation musicale, accompagné du programme de gravure permettant de le convertir dans un format standard, comme le format PDF.

    Quelle musique permet de représenter LilyPond ?

    LilyPond couvre un spectre de partitions allant de la musique ancienne utilisant les neumes et la notation grégorienne aux musiques contemporaines, jazz ou pop, en passant par tous les genres de musique instrumentale ou symphonique, de baroque ou de classique.

    Par exemple, cette partition a été écrite avec du LilyPond :

    Celle-là aussi :

    Comment se positionne LilyPond par rapport à MusicXML ?

    Comme nous le verrons, LilyPond s’écrit sous forme textuelle, dans une syntaxe assez cryptique héritée de LaTeX via sa filiation GNU. Mais à la différence de MusicXML — qui, en tant que dialecte XML, introduit une multitude de mots-clefs propres aux enjeux de gravure —, LilyPond n’a pas vocation à s’imposer comme un langage universel de représentation des partitions numériques.

    À quoi ressemble la syntaxe LilyPond ?

    À l’instar de ce que nous avons présenté pour MusicXML, un premier exemple permettra de voir rapidement comment représenter une simple note en LilyPond.

    Reprenons l’exemple du do « serrure » :

    La syntaxe LilyPond est pour le coup beaucoup plus simple, car elle se réduit à :

    { c’1 }

    qui correspond donc à :

    En effet, nous voilà ici « débarrassés » du côté verbeux d’XML, au profit d’un langage (assez abscons comme on le verra) qui sous-entend beaucoup de choix implicites, afin de faciliter l’écriture de partitions dans ce formalisme.

    Par exemple, par défaut :

    • On est en clé de sol,
    • Il n’y a pas d’armure,
    • La mesure est à 4/4 affichée par C
    • L’unité de temps par défaut est la noire (une note en LilyPond est suivie de sa durée qui peut être omise si c’est une noire).
    • Le nommage des notes est en notation germanique (= notation anglo-saxonne pour le nom des notes, mais différente pour les altérations).
    • La note do sans plus de précisions correspond au do 3 (l’octave par défaut est la 3e).

    Dans le court exemple ci-dessus, les accolades permettent d’écrire une expression musicale qui peut avoir de multiples fonctions, selon le contexte : regroupement de notes d’une mesure, regroupement de mesures d’une portée, regroupement de portées d’une partition, etc.

    À noter que les accolades doivent être suivies d’un espace ou d’un saut de ligne.

    Pour le reste, grâce à toutes ces valeurs par défaut, il reste à faire figurer le do 4 et la durée d’une ronde.

    Le do est représenté par la lettre c, mais attention, bien en minuscule. L’apostrophe indique que le do doit se trouver une octave au-dessus de l’octave par défaut, et 1 représente la durée de la note, avec comme convention 1 = ronde, 2 = blanche, 4 = noire (par défaut), 8 = croche, 16 = double, jusqu’à 64 (quadruple croche).

    L’utilisation de l’apostrophe et de la virgule «, » permet de désigner la hauteur des notes par rapport à la position relative de la note précédente (resp. une octave au-dessus ou en dessous).

    Structure générale d’une partition LilyPond

    Dans LilyPond, chaque voix est représentée dans une expression musicale séparée.

    À l’inverse de MusicXML où on peut représenter indifféremment une partition en lecture horizontale voix par voix, ou en lecture verticale mesure par mesure à travers toutes les voix, LilyPond nécessite de regrouper toutes les mesures d’une partie dans une expression musicale séparée.

    La colonne vertébrale d’une partition LilyPond a typiquement ce genre de contenu (repris de l’exemple du lied « Après un songe » de Gabriel Fauré, partition avec chant et accompagnement de piano) :

    La structure de la partition apparaît en fin de fichier quand les différentes parties ont été définies.

    Un extrait de partition plus significatif

    Reprenons le début de la définition de chaque partie sur « Après un rêve »

    Partie chant

    On voit sur cet extrait que la syntaxe de LilyPond alterne entre des directives assez verbeuses et des symboles assez concis comme le début et la fin du crescendo. Les mesures ne sont pas numérotées, mais séparées par une barre verticale matérialisant la barre de mesure.
    À noter (par exemple sur le premier triolet de la 3ᵉ mesure) que la durée d’une note est omise sur les suivantes tant qu’elle ne change pas. À la différence de MusicXML, certaines représentations graphiques n’ont pas à figurer tant qu’elles sont prises en charge par la gravure standard, par exemple les ligatures ou l’orientation des hampes de notes.

    Partie lyrique

    Les doubles tirets sont utilisés pour séparer les syllabes d’un mot. Elles apparaissent séparées par un trait d’union dans la partition finale. Si un mot est chanté sur deux notes au lieu d’une, on peut utiliser le tiret du bas_, voire deux __ si la syllabe s’étend sur plusieurs notes ou sur une note très longue.

    Partie piano

    À noter que les accords sont représentés par des notes encadrées des symboles < et >.

    LilyPond et les fontes musicales

    Une des grandes forces de LilyPond est de laisser l’utilisateur choisir sa fonte musicale pour le rendu de sa partition numérique.
    La fonte par défaut dans LilyPond s’appelle Feta. Pour utiliser une fonte alternative Haydn pour l’ensemble de la partition, on doit placer les lignes suivantes en tête de partition :

    \paper {
    #(define fonts (set-global-fonts #:music « haydn » #:brace « haydn »))
    }

    Attention, cette opération se fait comme indiqué ci-dessus, seulement depuis la version LilyPond 2.19.12 et supérieure (attention, version de développement). Cela n’a pas toujours été le cas : jusqu’à assez récemment, il était beaucoup plus complexe de choisir une fonte musicale alternative.

    On voit ici que la fonte Haydn offre plus qu’une fonte musicale : une fonte dédiée aux accolades (#:brace). LilyPond permet également de définir des fontes pour les textes.

    Le résultat avec cette fonte est différent de la fonte standard Feta :

    Notons que la syntaxe #(define… assez ésotérique fait appel à un langage de programmation dont nous parlerons brièvement plus loin).
    Enfin, LilyPond permet de bénéficier (de manière pas encore complètement standard) de la fonte ‘Bravura’ (et elle seule) au standard SMuFL de Steinberg.

    On espère que d’autres fontes suivront…

    Retouche de partitions « à la main »

    Comme LilyPond se veut un système permettant de produire des gravures de qualité, le langage se devait d’offrir un grand nombre de possibilités de retouches sur le résultat issu de la génération automatique.

    Par exemple, l’extrait suivant :

    Dont le code correspondant LilyPond est (pour la mesure en 6/4 (main droite)) :

    pose les problèmes suivants :

    • Les deux ré doivent être fusionnés sur la durée d’une blanche
    • Le ré blanche et le do blanche se chevauchent.

    LilyPond permet de résoudre ce placement incorrect grâce à des directives spécifiques de gravure que nous ne détaillerons pas ici, mais qui s’écrivent comme :

    et qui conduisent à la gravure correcte suivante :

    Écriture de code en Scheme dans une partition LilyPond

    Un des aspects les plus puissants de LilyPond (mais en même temps les moins abordables) est la possibilité qu’il offre d’écrire du code dans les partitions.
    En tant que descendant de la tradition GNU, le langage de programmation utilisé à cet effet est un dérivé de Lisp, nommé Scheme. Nous en avons vu un tout petit extrait pour le choix de la fonte de la partition, mais voilà comment écrire un petit programme qui reproduit deux fois de suite la même séquence de notes :

    Association musique-texte

    Autre avantage de LilyPond qui le distingue de MusicXML, celui d’offrir la possibilité d’inclure des partitions écrites en LilyPond au sein de texte LaTeX, ou plus intéressant, d’HTML.
    Cette opération peut se faire soit de manière statique à l’aide d’un programme qui crée un document final contenant texte et partitions, soit à la volée, un interpréteur traduisant directement le texte LilyPond en image.

    De manière statique avec lilypond-book

    Lilypond-book est le programme à invoquer en ligne de commande dans ce cas.

    Par exemple au sein d’un fichier HTML, si vous écrivez les lignes suivantes :

    lilypond-book produira :

    • Un fichier .png pour le fragment correspondant au fragment de partition (voir plus haut do ré do ré)
    • Un ancrage au sein du fichier HTML, via une balise <img>, liant l’image au texte :

    À la volée

    Le code Lilypond est par exemple utilisable dans les articles de Wikipédia, ou tout site MediaWiki, par le biais d’une extension MediaWiki : http://www.mediawiki.org/wiki/Extension:Score

    Dans ce cas, l’écriture d’un contenu tel que :

    Dans une page MediaWiki, inclura automatiquement l’image précédente en lieu et place du texte LilyPond.

    Techniquement, ce n’est pas du code SVG qui est généré, mais, à l’instar de lilypond-book, une image PNG produite à la volée, téléchargée sur le site MediaWiki, et enfin référencée via une balise <img>.

    Le même principe est utilisable avec le plugin WordPress :

    https://github.com/countergram/wp-lilypond, mais il est à noter que pour l’un ou l’autre de ces plugins, il est nécessaire d’installer au préalable LilyPond sur le serveur web.

    Transcription de/vers d’autres formats numériques

    Traductions depuis LilyPond

    Naturellement, LilyPond se traduit vers du PDF. Il est prévu des conversions de LilyPond vers MusicXML et MEI, mais ces conversions ne sont pas encore opérationnelles.

    Transcription vers LilyPond

    LilyPond fournit en standard une commande en ligne nommée musicxml2ly, permettant de convertir un fichier .mxl (MusicXML) en programme .ly (LilyPond).

    Éditeurs de code LilyPond

    Éditeurs semi-graphiques

    LilyPond est difficilement dissociable de l’éditeur semi-graphique http://frescobaldi.org/.

    Ce logiciel se place au-dessus d’une installation LilyPond et lance tout seul LilyPond une fois installé. Il permet de générer un aperçu du résultat sous sa forme définitive, mais pas de saisir graphiquement les symboles de notation musicale.
    Un assistant permet néanmoins d’insérer via l’« insertion rapide » les codes pour les articulations, les nuances, les liaisons et les barres de mesure. Une fois l’aperçu généré, Frescobaldi permet quand même de savoir sur quelle(s) note(s) on travaille.
    Dans l’exemple suivant, sur sélection du texte LilyPond correspondant aux notes de la première ligne de chant, Frescobaldi met en évidence les notes correspondantes sur la partition :

    Autres éditeurs syntaxiques

    Des éditeurs de texte prenant en charge la coloration syntaxique pour le code LilyPond existent, en particulier JEdit, avec son plugin LilyPond : http://plugins.jedit.org/plugins/?LilyPondTool

    Partitions LilyPond

    Enfin, il existe un site dédié aux partitions écrites en LilyPond, dont on trouvera les sources .ly et le PDF généré.

    Ce site est : http://www.mutopiaproject.org/

    Performances et limites

    AtoutsDescription courte
    Qualité typographiqueGravure d’édition professionnelle
    Contrôle par le codePersonnalisation fine, reproductibilité
    Libre et gratuitLogiciel open source pérenne
    StabilitéOutils robustes, projets durables
    Compatible avec LaTeXIdéal pour documents scientifiques
    LimitesDescription courte
    Pas d’interface graphiqueTout se fait par code
    Courbe d’apprentissageSyntaxe programmée à apprendre
    Interopérabilité faiblePeu d’échanges avec d’autres formats
    Écosystème réduitOutils spécialisés mais peu nombreux
    Pas de rendu interactifCompilation manuelle nécessaire
    Portée limitée pour certaines notationsDétournements nécessaires pour notations rares
    Pas d’apparats ni de variantesNon pensé pour l’édition critique

    Quelques mots pour terminer

    On a vu sur cette petite présentation que LilyPond, bien que complet sur le plan de la restitution de la partition dans une optique d’impression, ne couvrait pas d’autres usages. En particulier, il n’est pas possible, sans un parseur dédié, de rechercher des informations dans une partition, pas possible d’en extraire des parties facilement ou de la transformer facilement pour un usage particulier, par exemple pédagogique…
    XML propose énormément d’outils dans ce domaine, qui donnent clairement l’avantage aux dialectes XML tels que MusicXML à cette fin.

    Il n’en reste pas moins que LilyPond peut s’écrire « à la main », au moins sur une partition de taille raisonnable, ce qui n’est pas le cas avec MusicXML, qui doit s’accompagner nécessairement d’un éditeur graphique.

    Par ailleurs, LilyPond semble soutenu par une communauté assez active, et mérite qu’on s’y intéresse pour ce qu’il sait très bien faire.

  • Le format MEI

    Le format MEI

    MEI – Music Encoding Initiative – est un formalisme de notation et de métadonnées musicales, reposant sur un dialecte XML, développé par une communauté de musicologues.

    À la différence du MusicXML, dont l’objectif principal est de véhiculer la partition numérique telle qu’elle a besoin d’être rendue dans un éditeur ou un lecteur de partition en vue de son exécution, MEI essaie d’adresser un champ plus large incluant les problématiques de la musicologie, et s’adresse donc, au-delà des instrumentistes, aux éditeurs, aux bibliothécaires, musées et enseignants, concernés par la préservation du patrimoine musical et la pédagogie.
    On trouve par exemple dans le format MEI, en plus des informations de la notation musicale elle-même, un grand nombre de métadonnées : historiques (sources), d’autres relatives à l’exécution des pièces, ainsi que des informations analytiques.

    Enfin, MEI est dérivé des concepts de TEI (Text Encoding Initiative) et permet d’ailleurs l’intégration de ces deux dialectes au sein d’un même document. MEI s’en est même inspiré par son nom…
    Le langage s’inscrit donc dans l’optique d’encoder des textes musicaux de toutes origines, et pour tous les systèmes.
    Le format MEI permet de représenter la notation musicale occidentale (CWMN – Common Western Musical Notation –) (à partir du XVIIᵉ siècle), mais peut aussi encoder les neumes (notation du XIIᵉ-XIIIᵉ siècle), la notation mesurée (ou mensurale) du XIIIᵉ-XVIᵉ siècle, et différents types de tablatures.

    Comment se positionne MEI par rapport à MusicXML ?

    En dehors des différences notables déjà citées plus haut, et pour ce qui est de la notation musicale, l’objectif du format MEI est d’encoder la sémantique des partitions. Il a donc plutôt tendance à déléguer les problématiques de rendu au logiciel qui en fera l’interprétation, même si le langage permet d’aller assez loin dans la représentation graphique.
    Mais une autre différence est son utilisation de la grammaire XML. Le MEI utilise en particulier des attributs au lieu d’éléments feuilles favorisés par le format MusicXML.
    Pour donner un exemple, la signature rythmique et l’armure sont données en MusicXML par des sous-éléments d’« attributes », lui-même sous-élément de « measure ».

    Pour une mesure en 4/4 sans altérations, on aurait :

    Alors qu’un seul élément « scoreDef » encode toutes ces informations dans des attributs en MEI :

    1<scoreDef meter.count= »4″ meter.unit= »4″ key.sig= »0″>

    L’avantage de l’utilisation d’attributs par rapport aux éléments est la possibilité de les contraindre par leur type, ainsi que de prévoir des valeurs par défaut, très utiles. Cela rend également les fichiers MEI nettement moins volumineux que leurs équivalents MusicXML.

    A contrario, l’avantage de l’utilisation d’éléments dans le format MusicXML permet de rendre ce dialecte plus évolutif, et souvent plus lisible.

    À quoi ressemble la syntaxe MEI ?

    Reprenons l’exemple du Do « serrure » :

    En MEI, le fichier le représentant est le suivant, sachant que :

    • Les notes respectent la notation alphabétique anglo-saxonne (A à G)
    • Les commentaires ci-dessous ne reflètent que les symboles visibles de la partition.

    Contrairement au MusicXML, il y a un niveau important d’imbrication des éléments, qui laisse supposer, comme dit précédemment, que les possibilités d’expression du MEI sont plus grandes que celles du MusicXML.

    À noter que la durée de la note est encodée selon le standard CWMN :

    • 1 ronde
    • 2 blanches
    • 4 noires
    • 8 croches
    • 16 double croche
    • Jusqu’à 2048 (octuple croche)

    Structure générale d’une partition MEI

    Même en restant à la surface de la description structurelle d’une partition MEI, le format permet de stocker non seulement la notation musicale qui est bien évidemment l’élément central, mais nombre d’informations relatives à la partition, qui gravitent autour…

    Principe de numérotation des éléments

    La plupart des éléments de la grammaire XML de MEI disposent d’un attribut xml:id permettant de l’identifier de manière unique.

    Comme nous le verrons plus tard, cela permet d’établir des liens très utiles entre différentes parties du document MEI : entre une ou plusieurs mesures et une image représentant le fragment de la partition originale manuscrite du compositeur, ou entre ces mêmes mesures et une partie délimitée par deux bornes temporelles d’un fichier audio d’une interprétation de l’œuvre. Les possibilités sont nombreuses…

    Note sur les diagrammes de structuration MEI

    Les diagrammes hiérarchiques des éléments sont parfois simplifiés, afin de ne pas alourdir le discours, mais les éléments principaux sont présents.

    Un fichier MEI est constitué des deux éléments principaux : <meiHead> et <music>.

    Élément meiHead

    Contient l’en-tête de la partition, c’est-à-dire toutes les métadonnées afférentes.

    Éléments altId

    Identifiants du fichier MEI

    Élément fileDesc

    Contient le titre du fichier, la mention de ses créateurs, des informations sur l’éditeur et la publication, l’appartenance au domaine public ou non, et la description des sources utilisées pour obtenir cette transcription MEI.

    Élément encodingDesc

    Permet d’expliciter la façon dont le document encodé a été obtenu. Par exemple, s’il est issu d’une transformation depuis un autre format, par exemple MusicXML, PDF, … via un autre logiciel, etc..

    Élément workDesc

    On trouvera dans cet élément les informations relatives à l’œuvre : son titre, son ou ses compositeurs, librettistes, etc. sa classification (forme, instruments, etc.). Sont présents si nécessaire, les incipits (premières mesures de la mélodie) qu’on trouvera généralement à la table des matières du document restitué.

    Mention également de la clef, de la signature rythmique et du tempo de la pièce, mais qui ne sont utilisées que comme données bibliographiques.

    La distribution (rôles dans un opéra par exemple) se trouve également dans cette rubrique.

    Élément revisionDesc

    Contient l’historique complet des révisions apportées au fichier MEI lui-même.

    Élément music

    Élément body

    C’est le sous-élément principal de l’élément music, car il contient les données de la notation musicale.

    Il ne contient lui-même que le sous-élément mdiv (pour musical division), qui peut par exemple servir à séparer les différents mouvements d’une symphonie, les différents actes et scènes d’un opéra, etc..

    L’élément mdiv est lui-même constitué des deux éléments score et parts.

    À la différence du format MusicXML qui permet l’une ou l’autre des représentations d’une partition : temporelle ou par parties séparées, mais pas les deux en même temps et nécessite une conversion du fichier pour passer d’une représentation à une autre, le format MEI permet d’encoder ces deux vues au sein du même fichier car il n’est pas nécessairement possible et même souhaitable de convertir un format dans un autre.

    Il en découle que l’élément score représente la notation verticale (Timewise en MusicXML), alors que l’élément parts, contient toutes les parties instrumentales (Partwise MusicXML).

    Il en résulte également que les éléments score et part ont la même structure.

    Éléments score et part

    L’élément scoreDef mentionne l’armure, la signature rythmique, le tempo (mais qui sont là pour être associées aux notes que l’on trouvera dans la partie section), et ses sous-éléments staffGrp et staffDef permettent respectivement de définir des parties à portées multiples (ex piano), et les portées simples.

    Élément section

    staff fait référence à une portée définie via l’élément staffDef. Il est possible de décrire les notes d’une même mesure sur plusieurs portées en même temps.

    Enfin, le dernier élément de structuration avant la note ou l’accord est layer, qui permet de grouper les notes et les accords d’une même ligne mélodique.

    L’élément note lui-même dispose de 52 attributs dont les plus importants sont la hauteur (pname), le numéro de l’octave (oct), la durée (dur et dots : notes pointées), les altérations (accid), les articulations (artic), les ornements (ornam), le numéro de la portée (staff, si la note doit s’afficher accidentellement sur une autre portée que celle au sein de laquelle elle est définie), et enfin la position de la hampe (stem.dir).

    Elément facsimile

    Permet d’associer à la partition une représentation graphique (généralement une image) d’un document source (fac-similé), qu’il est possible de référencer depuis l’élément encodé de la partition. Par exemple, une mesure de la partition peut contenir l’identifiant de l’image scannée de la même mesure dans le manuscrit original.

    Élément performance

    Cet élément et ses sous-éléments, permettent de référencer les ressources (vidéo, audio) d’interprétations de l’œuvre qui constitue la partition MEI.

    Il est même possible, plus finement, de décrire les temps de début et de fin au sein de la ressource audio ou vidéo, correspondant à une partie précise de la partition.

    Élément front

    Au même titre que l’élément back, sert à décrire les notes de l’éditeur et les textes de début de partition des éditions critiques.

    Élément back

    Sert à décrire les notes et le texte en fin de partition.

    Élément group

    L’élément group sert d’élément de structuration pour contenir plusieurs pièces musicales autonomes, par exemple si le fichier MEI dans son ensemble représente un recueil de pièces variées ou l’œuvre complète d’un compositeur.

    Il contient donc une liste d’éléments music.

    Un extrait de partition plus significatif

    Reprenons le début de la définition de chaque partie sur « Après un rêve » de Gabriel Fauré, afin de voir comment les éléments MEI et leurs attributs sont mis en jeu :

    On notera sur cet extrait que :

    • L’élément scoreDef englobant contient un staffGrp contenant un staffDef définissant la portée 1 (chant), et un autre sous-groupe (staffGrp) contenant deux staffDef, pour le piano main droite (portée 2), et pour la main gauche (portée 3).
    • Les symboles de crescendo/diminuendo commencent et terminent à des endroits précis
    • Une note liée à une note initiale (i) et une note terminale (t)
    • Les altérations sont notées : s(♯), f(♭), ss(♯♯), ff(♭♭), n(♮),

    Les logiciels dédiés à MEI

    Il existe des outils pour MEI, mais ils ne traitent pas individuellement la totalité du langage.

    Visualiseur MEI

    Verovio offre un visualiseur MEI en ligne, mais fournit également une librairie Javascript et une extension Python, produisant du code SVG, afin de pouvoir afficher une partition MEI dans un browser récent.

    https://www.verovio.org

    À noter que Verovio prend en compte les fontes musicales SMuFL.

    https://www.smufl.org

    Éditeurs de partition MEI

    L’éditeur MEISE (MEI Score Editor), qui est un plugin basé sur l’environnement de développement Eclipse, permet d’éditer et de visualiser des fichiers afin de vérifier leur contenu, et de les modifier.

    Cet éditeur est semi-graphique, à l’instar de Frescobaldi, c’est-à-dire que la modification ne se fait que dans la structure XML, les changements étant répercutés dans la visualisation se trouvant en regard.

    À noter que MEISE ne permet que d’éditer la notation musicale et ne prend pas en compte (ignore) les métadonnées de l’élément meiHead vu précédemment.

    Un outil existe pour cela : l’éditeur de métadonnées MerMEId.

    Éditeur de métadonnées MEI

    MerMEId (Metadata Editor and Repository for MEI Data) est une application servant à éditer, à gérer et à prévisualiser les métadonnées d’un fichier MEI, en particulier les aspects bibliographiques.

    Il est donc complémentaire de MEISE pour obtenir un fichier MEI complet contenant notation musicale et métadonnées.

    Transcription de/vers MEI

    Il existe à ce jour des convertisseurs entre les formats MusicXML et MEI, mais pas d’outils intégrés permettant de faire ces conversions.

    Il faut avoir recours à des scripts XSLT dont l’invocation nécessite un environnement un peu technique.

    En particulier, la transformation MusicXML vers MEI requiert que le fichier MusicXML soit au format timewise (voir Structure générale des fichiers MusicXML). Si cela n’est pas le cas, il est donc nécessaire de faire au préalable une première transformation en XSLT depuis le format partwise vers le format timewise, avant de transformer le résultat obtenu par application du deuxième script : XSLT MusicXML vers MEI.

    Performances et limites

    AtoutsDescription courte
    Encodage savantVariantes, apparats, sources
    ExtensibleModules pour différentes notations
    Couplage avec TEIIntégration dans les corpus textuels
    Recherche avancéeIdéal pour les humanités numériques
    Soutien académiqueConsortium actif et publications solides
    LimitesDescription courte
    Courbe d’apprentissageSyntaxe complexe, expertise XML requise
    Interopérabilité limitéePeu intégré aux logiciels commerciaux
    Rendu dépendantAppui sur Verovio, pas de rendu natif
    Adoption restreintePrincipalement académique
    Peu d’outils WYSIWYGInterfaces visuelles rares
    Complexité techniqueInfrastructure logicielle à prévoir
    Modèle trop savant pour l’édition simpleMoins adapté aux usages quotidiens

    En guise de conclusion

    Notre introduction s’est limitée volontairement à l’essentiel, mais MEI regorge d’autres possibilités, comme dans le domaine de la CWMN, de représenter les ossia, c’est-à-dire les passages alternatifs proposés par le compositeur, souvent restitués sur la partition par une portée supplémentaire de plus petite taille, mais également les neumes, la notation mensurale, etc.

    L’objectif de MEI est donc vaste. Non seulement celui de représenter la notation musicale à travers les âges et les cultures, mais aussi tout ce que l’on trouve également comme à-côtés dans un recueil de partitions papier, sans compter l’aspect bibliographique et musicologique.

    C’est la raison pour laquelle la majorité des logiciels de lecture et d’édition de partitions numériques se contentent aujourd’hui de MusicXML, format d’échange qui se focalise presque exclusivement sur la notation musicale, et ne voient plus MEI comme un langage de musicologues.

  • Introduction aux différents formats de partitions numériques

    Introduction aux différents formats de partitions numériques

    Dans l’écosystème musical contemporain, les formats XML et MEI jouent des rôles complémentaires mais distincts, chacun étant privilégié selon les usages, les milieux professionnels et les objectifs visés. XML, en tant que métalangage, sert de socle à de nombreux formats, parmi lesquels MusicXML et MEI, mais c’est surtout à travers ces implémentations concrètes que sa pertinence dans le domaine musical s’exprime.

    MusicXML, basé sur XML, est aujourd’hui le format d’échange le plus répandu dans l’industrie musicale. Il permet le transfert de partitions entre les principaux logiciels d’édition (Finale, Sibelius, MuseScore, Dorico, etc.) et s’impose comme standard de facto pour l’édition commerciale, l’impression de partitions et la diffusion musicale numérique. Son adoption est quasi universelle dans les contextes professionnels et pédagogiques, grâce à sa simplicité d’usage et à son excellente interopérabilité.

    En parallèle, le format MEI (Music Encoding Initiative), également fondé sur XML, s’adresse à des usages plus spécialisés. Développé initialement dans le monde de la recherche musicologique et des humanités numériques, MEI permet une représentation extrêmement fine et riche de la notation musicale. Il est capable d’encoder des œuvres complexes avec variantes, apparats critiques, couches éditoriales et annotations historico-critiques. Il est notamment utilisé dans des projets d’édition critique numérique et de valorisation patrimoniale (par exemple Edirom, Digital Josquin Edition ou Beethovens Werkstatt). Grâce à son lien possible avec les standards TEI (Text Encoding Initiative), MEI facilite aussi l’intégration de partitions avec des textes littéraires ou musicologiques.

    À ces deux formats s’ajoute une approche originale et libre : LilyPond. Inspiré du langage LaTeX, LilyPond permet une description textuelle de la musique orientée vers la qualité typographique du rendu. Chaque note, chaque articulation est codée comme une instruction dans un script, ce qui offre un contrôle très fin sur la gravure. Plébiscité par les éditeurs indépendants et les musiciens soucieux d’un rendu irréprochable, LilyPond ne vise ni l’échange entre logiciels ni l’annotation savante. Il s’adresse avant tout à ceux qui envisagent la partition comme une œuvre graphique à part entière, et qui acceptent une logique artisanale, proche de la programmation.

    Sur le plan des outils, MusicXML bénéficie d’une compatibilité très large avec les logiciels du marché. À l’inverse, MEI repose sur une constellation d’outils spécifiques en développement actif, parmi lesquels Verovio (pour le rendu graphique SVG), Edirom Tools (pour les éditions critiques), ou MEISE (pour l’édition en ligne). Des passerelles entre MEI et MusicXML existent, mais elles sont limitées par les différences de granularité : MEI encode bien plus de nuances que ne peut en contenir MusicXML. LilyPond, enfin, fonctionne selon un paradigme distinct : il ne s’appuie pas sur une interface graphique mais sur un langage de script textuel. Il dispose de son propre compilateur, qui génère des fichiers PDF, MIDI ou SVG à partir de fichiers .ly.
    S’il n’est pas conçu pour l’interopérabilité avec les logiciels du marché, des outils en ligne de commande ou des éditeurs spécialisés comme Frescobaldi, Denemo ou LilyBin facilitent néanmoins son usage. LilyPond se distingue surtout par la qualité typographique du rendu, souvent considérée comme supérieure à celle des logiciels commerciaux, ce qui en fait un outil privilégié pour les éditions imprimées soignées ou les projets libres à haute exigence graphique.

    Les perspectives d’avenir se dessinent donc selon deux dynamiques complémentaires. MusicXML restera probablement dominant dans les usages commerciaux et pédagogiques, mais pourrait à terme évoluer vers le format MNX (Music Notation Exchange), un projet piloté par le W3C visant à proposer une alternative plus souple, notamment en JSON, mieux adaptée aux environnements web modernes. De son côté, MEI est promis à un développement continu dans le champ des humanités numériques et de la recherche, avec un intérêt croissant des bibliothèques, conservatoires et institutions patrimoniales pour les éditions critiques numériques.
    LilyPond, quant à lui, poursuivra probablement son développement dans une niche active mais ciblée, centrée sur les communautés de graveurs, d’éditeurs indépendants et de musiciens férus de logiciels libres. Son modèle fondé sur le texte et le contrôle typographique rigoureux en fait un choix pérenne pour des projets valorisant la reproductibilité, la qualité d’édition et l’autonomie vis-à-vis des logiciels propriétaires. Bien que son évolution soit moins liée aux grands standards internationaux, LilyPond bénéficie d’une communauté fidèle et d’un écosystème stable qui garantissent sa viabilité à long terme, notamment dans le cadre d’éditions imprimées ou libres.

  • Quelques repères chronologiques de l’évolution de la notation musicale

    Quelques repères chronologiques de l’évolution de la notation musicale

    Les premières traces connues de notation musicale remontent à l’Antiquité. Vers le quatorzième siècle avant notre ère, en Mésopotamie, les tablettes cunéiformes associées aux chants hourrites, notamment l’hymne dédié à la déesse Nikkal, témoignent d’une tentative de fixation du phénomène musical, dont l’interprétation demeure aujourd’hui encore largement hypothétique sur le plan strictement sonore. Ces inscriptions ne constituent pas encore des partitions au sens moderne. On n’y trouve ni portée ni figures rythmiques codifiées. Toutefois, la distinction entre texte chanté et signes musicaux marque une étape décisive. La musique commence à être pensée comme quelque chose qui peut s’écrire.

    Dans la Grèce antique, la notation musicale connaît un développement plus abouti. L’Épitaphe de Seikilos, gravée sur une stèle funéraire entre le premier et le deuxième siècle de notre ère, associe texte, mélodie et indications rythmiques, permettant encore aujourd’hui une restitution musicale relativement fidèle. On trouve également des fragments de notation musicale dans le théâtre antique, notamment dans la tragédie Oreste d’Euripide, où les hauteurs sont indiquées par des lettres de l’alphabet grec placées au-dessus du texte.

    Cependant, l’existence de systèmes de notation ne doit pas faire oublier l’importance considérable de la tradition orale. Pendant des siècles, et encore aujourd’hui dans de nombreuses cultures, la musique se transmet sans partition. La transmission orale repose sur la mémoire, l’imitation, la répétition et l’écoute. Elle n’exclut pas toute forme de codification, mais cette codification est implicite, incarnée dans les gestes, les formules, les styles et les contextes de performance.
    Il convient d’ailleurs de nuancer l’opposition entre oralité et écriture. Même dans les traditions dites orales, on observe des formes de structuration symbolique, qu’il s’agisse de formules mélodiques, de schémas rythmiques ou de cadres modaux. L’absence de partition ne signifie donc pas absence de système, mais renvoie à d’autres modes de transmission du savoir musical.

    L’écriture musicale, telle qu’elle s’est développée en Occident, ne constitue cependant pas un modèle universel. D’autres cultures ont élaboré leurs propres systèmes de représentation du sonore, répondant à des logiques esthétiques et pratiques différentes.

    À titre d’exemple en Chine, la notation gongche utilise des caractères pour désigner les degrés de l’échelle, indépendamment d’un diapason fixe. En Inde, le système du sargam repose sur les syllabes Sa, Re, Ga, Ma, Pa, Dha, Ni, organisées selon des cadres modaux complexes, les rāgas, dont la transmission combine écriture, oralité et pratique incarnée. La partition occidentale, fondée sur la portée et la fixation précise des hauteurs et des durées, constitue ainsi un héritage culturel spécifique parmi d’autres formes possibles d’écriture de la musique.

    En Occident, c’est au Moyen Âge que la notation musicale se structure. À partir du neuvième siècle, dans le contexte du chant chrétien, apparaissent les neumes. Placés au-dessus du texte, ils indiquent le mouvement de la ligne mélodique sans en préciser les intervalles exacts.

    Le tournant décisif intervient au onzième siècle avec Guido d’Arezzo. En introduisant un système de lignes sur lesquelles les neumes sont positionnés de manière relative, il permet une représentation plus précise des hauteurs. Il formalise également la dénomination des notes à partir de l’hymne à saint Jean-Baptiste, donnant naissance au système ut, re, mi, fa, sol, la. Avec les lignes, les clés et les noms de notes, la musique devient lisible, reproductible et transmissible.

    À la Renaissance, l’invention de l’imprimerie transforme profondément la diffusion de la musique. La publication de l’Harmonice Musices Odhecaton par Ottaviano Petrucci, en 1501, marque une étape majeure dans la standardisation de la notation polyphonique. Les valeurs rythmiques se codifient progressivement, dans le prolongement des systèmes mensuraux hérités de la fin du Moyen Âge, et l’écriture devient capable de représenter des structures musicales complexes.

    Les périodes baroque, classique et romantique renforcent l’écriture en tant qu’outil de coordination qui devient un espace d’expressivité de plus en plus détaillé. La pratique de la basse continue organise un équilibre subtil entre contrainte écrite et liberté d’interprétation. À partir du milieu du 18ᵉ siècle, la partition atteint progressivement un degré de densité d’informations à destination des interprètes et tend à devenir un objet d’étude à part entière.

    Le vingtième siècle remet profondément en question ce modèle. Avec l’émergence des nouvelles notations graphiques et des formes ouvertes, la partition devient parfois un cadre de possibilités. Des compositeurs comme György Ligeti, John Cage, Karlheinz Stockhausen ou Pierre Boulez illustrent ces tentatives d’évolution de la notation traditionnelle.

    Parallèlement, les musiques électroacoustiques posent une question nouvelle. Lorsque le son est directement fixé sur un support, bande magnétique ou fichier numérique, la notion même de partition se transforme. L’écriture peut alors prendre la forme de schémas, de processus, de descriptions techniques ou de dispositifs, plutôt que de signes destinés à être lus par un interprète. L’histoire de la notation musicale apparaît ainsi comme une succession de transformations, étroitement liées aux choix esthétiques des compositeurs, aux contextes culturels et aux moyens techniques de chaque époque. Loin d’être figée, elle demeure un langage vivant, en constante redéfinition.

  • État de l’art de la Reconnaissance Optique de Musique (OMR)

    État de l’art de la Reconnaissance Optique de Musique (OMR)

    Définition et objectifs de l’OMR

    L’OMR consiste à convertir computationnellement la notation musicale présente dans des documents en une version lisible par machine. C’est à la partition ce qu’est l’OCR pour le texte, qui permet de transformer un PDF en document Word éditable, par exemple.
    L’objectif principal est de produire une représentation structurée de la partition qui peut être éditée, analysée, recherchée ou convertie vers d’autres formats comme MIDI ou MusicXML. Cette technologie promet de rendre accessibles de vastes collections de partitions jamais enregistrées auparavant et d’ouvrir de nouvelles modalités d’accès au patrimoine musical écrit.

    La reconnaissance optique de musique (Optical Music Recognition – OMR) constitue un domaine de recherche fascinant qui vise à enseigner aux ordinateurs la lecture et l’interprétation automatique de partitions musicales. Depuis plus de 50 ans, les chercheurs s’efforcent de développer des systèmes capables de transformer des images de partitions en formats numériques exploitables, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour l’archivage, l’analyse et l’accessibilité du patrimoine musical.

    Défis techniques majeurs

    L’OMR présente des défis considérablement plus complexes que la reconnaissance optique de caractères traditionnelle. Cette complexité découle principalement de la nature même de la notation musicale. Une partition contient une multitude de symboles différents : clés, signatures temporelles et tonales, notes, altérations, indications dynamiques, articulations, et bien d’autres éléments. Le système doit être capable de reconnaître et de différencier ces dizaines de catégories de symboles, chacune ayant ses propres variations graphiques. La signification d’un symbole musical dépend fortement de sa position relative dans la partition, une même forme graphique pouvant représenter différentes notes selon sa position sur la portée. Contrairement au texte qui suit une structure principalement linéaire, la musique s’organise selon deux dimensions : horizontale pour la progression temporelle et verticale pour les harmonies simultanées. Cette organisation spatiale complexe nécessite des approches de traitement spécialisées pour capturer les relations structurelles. S’ajoute à cela une grande variabilité graphique entre les partitions en termes de qualité d’impression, de styles typographiques, d’âge du document et de conditions de numérisation, les partitions manuscrites ajoutant une couche supplémentaire de complexité avec leurs variations calligraphiques individuelles.

    Évolution des approches méthodologiques

    L’évolution méthodologique du domaine illustre les progrès considérables accomplis ces dernières décennies. Les premiers systèmes s’appuyaient sur des méthodes de vision par ordinateur classiques combinées à des règles expertes, suivant généralement la séquence suivante : prétraitement de l’image, détection et segmentation des symboles, classification basée sur des caractéristiques extraites manuellement, puis reconstruction de la structure musicale selon des règles prédéfinies. Ces approches, bien que méthodiques, souffraient de limitations importantes en termes de robustesse face à la variabilité des documents et de capacité d’adaptation à de nouveaux styles de notation.

    Révolution de l’apprentissage profond (Deep Learning)

    L’avènement des techniques d’apprentissage profond a transformé radicalement le paysage de l’OMR. Les réseaux de neurones convolutifs ont permis d’automatiser l’extraction de caractéristiques pertinentes, tandis que les architectures récurrentes ont apporté la capacité de modéliser les dépendances séquentielles dans la notation musicale.

    Les approches end-to-end, qui traitent directement les images d’entrée pour produire une séquence linéaire de tokens représentant le contenu musical, ont montré des performances particulièrement prometteuses. Ces systèmes utilisent souvent des mécanismes d’attention et des techniques de décodage par connectionist temporal classification (CTC) pour gérer l’alignement entre l’image d’entrée et la séquence de sortie.

    Datasets et ressources de référence

    Le développement de systèmes OMR performants repose sur la disponibilité de datasets de qualité pour l’entraînement et l’évaluation. Plusieurs ressources importantes ont émergé ces dernières années, notamment référencées sur ce dépôt GitHub : https://apacha.github.io/OMR-Datasets/

    MUSCIMA++

    Ce dataset fournit des annotations détaillées au niveau des symboles individuels pour des partitions manuscrites, permettant l’évaluation fine des systèmes de détection d’objets musicaux.

    DeepScores

    Orienté vers les partitions typographiées, DeepScores offre une collection substantielle d’images annotées avec des informations de localisation précises pour chaque symbole musical.

    DoReMi

    Plus récemment, le dataset DoReMi a été développé comme une ressource universelle compatible avec les datasets existants. Il comprend environ 6 400 images de partitions avec près d’un million d’objets annotés selon 94 classes différentes. DoReMi se distingue par sa génération contrôlée via le logiciel Dorico, garantissant une cohérence et une précision d’annotation élevées.

    PrIMuS

    Ce dataset se concentre sur les séquences de notation musicale monophonique, particulièrement adaptées pour l’évaluation d’approches end-to-end.

    Technologies et architectures actuelles

    L’architecture dominante combine des couches convolutives pour l’extraction de caractéristiques visuelles avec des couches récurrentes (LSTM ou GRU) pour la modélisation séquentielle. Cette approche permet de capturer à la fois les patterns visuels locaux et les dépendances temporelles de la notation musicale.
    Les modèles récents intègrent des mécanismes d’attention qui permettent au système de se concentrer dynamiquement sur les parties pertinentes de l’image lors de la génération de chaque élément de la séquence de sortie. Cette approche améliore significativement la précision pour les partitions complexes. L’adaptation des architectures Transformer, initialement développées pour le traitement du langage naturel, commence à montrer des résultats prometteurs pour l’OMR. Ces modèles peuvent mieux capturer les dépendances à long terme et les relations complexes entre éléments musicaux.

    Applications et systèmes pratiques

    Les applications pratiques de l’OMR démontrent désormais sa viabilité technologique à travers une diversité d’outils industriels et de projets de recherche. Dans le domaine commercial, plusieurs solutions matures se partagent le marché. PhotoScore et SmartScore demeurent parmi les références historiques pour la reconnaissance de partitions imprimées, intégrés respectivement aux suites Sibelius et Finale. ScanScore propose une approche plus moderne avec une interface dédiée combinant reconnaissance et édition musicale. Audiveris, projet open source développé depuis plus d’une décennie, illustre la vitalité de la recherche académique appliquée et s’intègre notamment dans l’écosystème MuseScore. Plus récemment, des startups comme Newzik et enote  Des systèmes comme OEMER peuvent traiter des photographies de partitions prises avec un smartphone et les convertir en formats MusicXML éditables, même en présence de distorsions perspectivistes ou de conditions d’éclairage imparfaites.

    L’impact de l’OMR se révèle particulièrement significatif dans les grands projets de numérisation patrimoniale. L’International Music Score Library Project (IMSLP), qui héberge plus de 150 000 partitions, explore l’intégration de technologies OMR pour enrichir ses métadonnées et faciliter la recherche par contenu musical. Le Répertoire International des Sources Musicales (RISM), qui catalogue plus de 1,2 million de sources musicales mondiales, collabore activement avec des équipes de recherche en musicologie numérique pour développer des outils d’analyse automatisée de ses collections. Ces initiatives illustrent comment l’OMR transforme les pratiques de recherche musicologique en permettant des analyses à grande échelle précédemment impossibles.

    Les applications de recherche révèlent des perspectives particulièrement innovantes. Le projet SIMSSA (Single Interface for Music Score Searching and Analysis) développe des outils pour analyser automatiquement des millions de pages de partitions, estimant le corpus musical écrit mondial à environ 100 à 200 millions de pages. Les chercheurs utilisent l’OMR pour des études stylistiques computationnelles, l’analyse des pratiques compositionnelles historiques, ou encore la détection de plagiat musical. Dans le domaine pédagogique, des applications émergentes permettent aux étudiants de numériser leurs exercices manuscrits pour obtenir un retour automatisé, tandis que les compositeurs utilisent ces technologies pour digitaliser rapidement leurs créations et les intégrer dans des flux de travail numériques.

    Défis et limitations

    Malgré ces avancées, des défis significatifs persistent. La reconnaissance de partitions polyphoniques, particulièrement la musique pour piano avec ses multiples voix simultanées, reste problématique. Les systèmes actuels peinent encore à gérer correctement la séparation et l’attribution des voix dans des textures musicales denses. L’adaptation aux différents styles de notation historiques et contemporains nécessite des approches robustes capables de généraliser au-delà des données d’entraînement. La diversité des conventions notationnelles selon les époques et les traditions culturelles pose des défis considérables. La reconnaissance fine des nuances d’interprétation – dynamiques, articulations, phrasés – reste également imparfaite, bien que ces éléments soient cruciaux pour une représentation musicale complète.

    L’évaluation des systèmes OMR nécessite des métriques adaptées à la nature bidimensionnelle et hiérarchique de la notation musicale. Les mesures traditionnelles de précision et rappel au niveau des symboles individuels sont complétées par des évaluations structurelles qui considèrent la cohérence musicale globale de la transcription. Des efforts de standardisation émergent pour harmoniser les formats de représentation et les protocoles d’évaluation, facilitant la comparaison objective entre différentes approches méthodologiques.

    Les perspectives d’avenir s’orientent vers plusieurs directions prometteuses. Les recherches explorent des approches d’apprentissage auto-supervisé qui pourraient réduire la dépendance aux annotations manuelles coûteuses, ces méthodes tirant parti de la structure intrinsèque de la notation musicale pour apprendre des représentations utiles sans supervision explicite. L’association de l’OMR avec l’analyse audio ouvre des perspectives d’amélioration mutuelle, les systèmes futurs pouvant exploiter la complémentarité entre information visuelle et auditive pour des transcriptions plus robustes et complètes. Le développement de systèmes adaptatifs capables d’apprendre et de s’ajuster aux préférences et styles spécifiques des utilisateurs représente également une direction prometteuse pour l’amélioration de l’expérience utilisateur.

  • La musique tactile de Cassandra Felgueiras : quand le corps devient instrument

    La musique tactile de Cassandra Felgueiras : quand le corps devient instrument

    Musique et surdité, c’est le champ d’exploration de l’artiste plasticienne et inventrice Cassandra Felgueiras, artiste plasticienne et inventrice, dont les dispositifs expérimentaux bouleversent notre conception de la pratique musicale. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette orientation inclusive n’était pas son point de départ : à l’origine, Cassandra Felgueiras ne travaillait pas « sur la surdité », mais sur une obsession plus vaste — l’interrelation entre le corps, le son et l’espace.

    Genèse d’une recherche artistique : du geste plastique au geste musical

    Diplômée de l’École supérieure d’art et design de Toulon, Cassandra Felgueiras développe très tôt une recherche à la frontière des arts visuels et des pratiques sonores. Elle s’intéresse moins au son comme « objet » qu’au son comme phénomène physique : une vibration qui traverse, modifie et informe notre relation au monde. Nourrie par l’analyse d’artistes sonores reconnus tels que Céleste Boursier-Mougenot, Janet Cardiff ou Laurie Anderson, elle s’est lancée dans une quête personnelle du son qui l’a menée vers la lutherie expérimentale au service de l’accessibilité.
    Ses premières expérimentations s’inscrivent d’ailleurs dans une démarche de performance : il s’agit de perturber la relation habituelle entre un musicien et son instrument, en intégrant littéralement le corps dans la structure matérielle de l’objet. Ce déplacement est essentiel : l’instrument n’est plus un outil extérieur que l’on manipule, mais une architecture que l’on habite.
    Dans cette recherche, certaines figures ont agi comme des points d’appui, notamment Laurie Anderson et ses dispositifs d’écoute élargie, où le son devient matière et contact — comme dans ses expériences de vibration et d’écoute corporelle. Cassandra Felgueiras s’en nourrit pour franchir une étape décisive : faire du corps lui-même une caisse de résonance.
    Son postulat — simple et radical — devient alors le socle d’une invention : puisque tout son est vibration, pourquoi ne pas imaginer des instruments conçus non seulement pour l’oreille, mais aussi pour la peau, les os, la chair ? C’est ainsi qu’elle forge ce qu’elle nomme une musique tactile, où l’écoute « aérienne » se double d’une perception « solide », corporelle.

    Trois prototypes : quand le corps devient caisse de résonance

    Dans le cadre de son DNSEP, Cassandra Felgueiras crée trois prototypes d’instruments hybrides en acier. Tous explorent une même idée : déplacer la résonance dans le corps, pour transformer la perception musicale.

    • Le Head Violin (« violon-tête ») est le premier d’entre eux : un instrument mi-violon, mi-ukulélé, dont l’armature se pose sur la tête comme un masque. Ici, le crâne devient caisse de résonance : l’onde circule dans les os du visage, produisant une écoute immersive, presque intérieure.
    • Le Body Cello poursuit cette logique en s’appuyant sur le tronc. Le buste devient le lieu de diffusion : poitrine, cage thoracique, dos, épaules. L’instrument n’est plus tenu « contre soi » : il est en soi, et l’interprétation devient relation intime, physique.
    • La Body Bass, inspirée de la basse, marque un tournant : plus qu’un objet performatif, elle ouvre un champ d’usage concret. L’armature métallique épouse le corps, comme un exosquelette. La vibration passe par conduction à travers la structure et le squelette. Chaque note n’est plus seulement entendue : elle est ressentie.

    Cassandra Felgueiras insiste sur un point fascinant : chaque note a une forme vibratoire différente. Et si l’on prend le temps de les dissocier et de les identifier, alors on peut apprendre à « jouer » avec elles — comme une nouvelle grammaire, non pas seulement sonore, mais sensorielle.

    De l’expérimentation à la rencontre : l’enjeu de la surdité

    C’est à ce moment que sa recherche croise pleinement la question de l’accessibilité. Non pas comme un thème ajouté après coup, mais comme une conséquence logique : si la musique est vibration, alors elle peut devenir praticable autrement.
    Cassandra Felgueiras développe alors une intention plus ciblée : concevoir une basse spécifiquement pensée pour des personnes sourdes, avec l’idée de leur permettre de retrouver une prise directe avec l’instrument, sans dépendre d’un modèle auditif classique. La rencontre avec Lily Regnault est décisive. Sourde totale, Lily avait été musicienne plus jeune, avant de perdre l’audition. Ensemble, elles explorent différents points de contact, de posture, d’appui : où le corps perçoit-il le mieux ? Comment organiser l’instrument pour maximiser la circulation des vibrations ? Comment transformer l’apprentissage musical en apprentissage tactile ?

    Les ateliers pilotes : une recherche en situation réelle

    De mars à juin 2019, Cassandra Felgueiras met en place des ateliers hebdomadaires autour de la Body Bass avec Lily Regnault et un groupe de musiciens entendants : David Benzazon, Olivia Rivet et Eddie Dumoulin. Ces séances dépassent toutes les espérances. Lily, qui pensait la musique perdue, rejoue, retrouve un vocabulaire, puis une liberté : elle recommence à improviser, à entrer en dialogue avec d’autres instruments. Au bout d’un an, elle joue du Nina Simone, participe aux sessions du groupe, et reconstruit un rapport vivant à la musique. Cette expérience a été documentée dans Le journal d’une jeune femme sourde, film de Frank Cassenti. Le documentaire donne à voir une trajectoire bouleversante : non pas un « retour » à la musique au sens classique, mais l’invention d’une autre manière d’y entrer.

    Reconnaissance et développement : du prototype à l’objet transmissible

    En 2019, Cassandra Felgueiras reçoit la bourse Déclic Jeune de la Fondation de France, qui lui permet de poursuivre l’amélioration de ses instruments et de stabiliser ses recherches. Son travail attire ensuite l’attention de la Philharmonie de Paris, qui finance la fabrication d’un dernier prototype plus abouti. Cette étape est déterminante : il ne s’agit plus seulement d’une pièce expérimentale, mais d’un instrument pouvant être produit, testé, transmis. L’artiste collabore également avec l’ITEMM, afin de travailler la faisabilité, l’ergonomie et la durabilité de la Body Bass. Aujourd’hui, la fabrication peut se faire à la demande, au fil des besoins, des contextes et des adaptations possibles.

    Une dimension essentielle : inscrire l’instrument dans la culture sourde

    Dans son approche, Cassandra Felgueiras est attentive à un enjeu souvent oublié : pour que l’instrument ait du sens, il doit pouvoir s’inscrire dans la culture des personnes sourdes, dans leurs pratiques, leurs récits, leurs espaces. Il ne s’agit pas seulement de « rendre accessible », mais de montrer que c’est possible, que cela peut exister, et que la musique n’est pas réservée à un seul modèle perceptif. Cette démarche s’inscrit désormais dans un cadre universitaire. Cassandra Felgueiras mène une thèse de recherche et création à l’Université de Toulon, au sein du laboratoire IMSIC, autour d’un sujet qui prolonge naturellement ses instruments : le pouvoir réflexif du son sur la réalité des corps. Les instruments de Cassandra Felgueiras invitent à une bascule : ils rappellent que la musique n’est pas seulement un art du temps, ni même un art de l’écoute, mais aussi un art du contact. En transformant le corps en instrument de musique, elle ouvre un champ des possibles.

  • Les neuf familles de handicap

    Les neuf familles de handicap

    Travailler avec des publics en situation de handicap suppose de comprendre la diversité des situations rencontrées. Pour guider l’évaluation des besoins, les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) s’appuient sur une classification en neuf grandes familles de handicap, structurée dans le cadre de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances.

    1. Déficience visuelle

    La déficience visuelle désigne une altération persistante de la fonction visuelle, même après correction optique, évaluée par l’acuité visuelle (AV) et le champ visuel selon la classification de l’Organisation Mondiale de la Santé (CIF : Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé ; CIM-11 : Classification internationale des maladies, 11e révision). Elle se divise en six catégories, de la malvoyance légère (basse vision) à la cécité absolue. Par exemple, la catégorie I correspond à une AV corrigée inférieure à 3/10 mais supérieure ou égale à 1/10, avec un champ visuel d’au moins 20° (malvoyance) ; la catégorie V marque l’absence totale de perception lumineuse (cécité totale). Elle englobe ainsi la malvoyance (AV ≤ 4/10), les troubles neurovisuels et la cécité (AV ≤ 1/20).

    Le taux d’incapacité fonctionnelle est exprimé en pourcentage et est fixé par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) selon deux seuils de référence.
    Le premier seuil, à 50 %, correspond à une entrave significative dans la vie quotidienne, impliquant un impact notable sur la vie sociale, scolaire, professionnelle et domestique de la personne.

    • Le deuxième seuil, à 80 %, indique une atteinte majeure de l’autonomie dans la réalisation des actes essentiels de la vie quotidienne.

    Ces seuils permettent de définir trois catégories de taux d’incapacité : inférieur à 50 %, compris entre 50 % et 79 %, et supérieur ou égal à 80 %.
    L’évaluation du taux porte principalement sur la capacité à effectuer les actes élémentaires de la vie quotidienne, et ne s’appuie pas uniquement sur la nature médicale de la pathologie à l’origine du handicap. Ainsi, le taux reflète l’impact réel du handicap sur la vie de la personne.

    2. Déficience auditive

    La surdité, ou déficience auditive, est une perte d’audition bilatérale ou unilatérale affectant la communication et relevant souvent du handicap sensoriel. Elle peut être congénitale, acquise ou associée à d’autres déficiences dans les handicaps rares. L’OMS utilise une classification des degrés de surdité basée sur la perte tonale moyenne (PTM) en décibels (dB), calculée sur les fréquences 500, 1000, 2000 et 4000 Hz, avec une déficience auditive considérée comme incapacitante au-delà de 40 dB dans la meilleure oreille.
    On différencie deux types de surdité (la surdité de transmission et la surdité de perception). La presbyacousie est la baisse de l’audition due au vieillissement.
    Chez l’enfant, une surdité qui n’est pas détectée très tôt a un impact sur le développement du langage. Chez l’adulte et la personne âgée, la baisse de l’audition conduit peu à peu à l’isolement et à la perte des stimulations essentielles pour préserver les facultés intellectuelles.

    Classification BIAP (référence OMS)

    La classification audiométrique adoptée par l’OMS repose sur le Bureau International d’Audiophonologie (BIAP) et distingue six catégories principales :

    • Audition normale : PTM ≤ 20 dB. Pas d’incidence sociale.
    • Déficience légère : PTM 21-40 dB. Difficultés pour les voix basses ou lointaines, mais perception de la parole normale.
    • Déficience moyenne : PTM 41-70 dB (1ᵉʳ degré : 41-55 dB ; 2ᵉ degré : 56-70 dB). Compréhension aidée par la lecture labiale ; appareillage recommandé.
    • Déficience sévère : PTM 71-90 dB (1ᵉ degré : 71-80 dB ; 2ᵉ degré : 81-90 dB). Perception seulement des sons forts près de l’oreille.
    • Déficience profonde : PTM 91-119 dB (1ᵉ : 91-100 dB ; 2ᵉ : 101-110 dB ; 3ᵉ : 111-119 dB). Seuls les bruits très puissants perçus ; pas de parole intelligible.
    • Déficience totale (cophose) : PTM ≥ 120 dB. Absence totale de perception sonore.

    Cette échelle évalue l’impact sur la communication et guide les prises en charge, avec des sous-niveaux pour une précision clinique.

    3. Handicaps moteurs

    Les handicaps moteurs correspondent à des déficiences des fonctions motrices, incluant la mobilité, la force musculaire, la coordination, l’équilibre et la précision des mouvements. Ces déficiences résultent de lésions ou dysfonctionnements neurologiques (ex. : paralysie cérébrale, sclérose en plaques, accident vasculaire cérébral), musculaires (ex. : dystrophie musculaire) ou ostéo-articulaires (ex. : arthrose sévère, amputations).

    Selon la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’OMS (2001), ils sont classés dans le domaine des troubles de la motricité (codes b7 : fonctions motrices et de l’exercice), subdivisés en :

    • Mobilité corporelle (b710-b729) : altérations de la marche, des transferts ou de la posture.
    • Force musculaire (b730-b735) : faiblesse ou paralysie partielle/totale (hémiparésie, tétraplégie).
    • Coordination et tonus (b760-b779) : tremblements, ataxie ou spasticité.

    Ces handicaps limitent les activités physiques quotidiennes (déplacements, préhension, alimentation) et la participation sociale, souvent aggravés par des facteurs environnementaux (barrières architecturales) ou personnels (douleur, fatigue). Ils sont fréquemment associés à d’autres déficiences, comme sensorielles (troubles visuels), cognitives ou psychiques, et touchent environ une personne sur 6 dans le monde selon l’OMS (données 2023). Une prise en charge multidisciplinaire (kinésithérapie, orthèses, aides techniques) vise à optimiser l’autonomie et la qualité de vie.

    4. Handicaps cognitifs : troubles neurodéveloppementaux (TND)

    Les troubles du neurodéveloppement désignent un ensemble de conditions chroniques qui émergent précocement dans le développement cérébral, altérant les fonctions cognitives, sociales, motrices ou comportementales, et affectant durablement les apprentissages et l’autonomie.

    Classifications principales

    Selon la Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) de l’OMS et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5), ils englobent les troubles du spectre autistique (TSA), la déficience intellectuelle (DI), le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dyscalculie) et les retards du développement moteur ou langagier. En France, la stratégie nationale pour l’autisme et les troubles du neurodéveloppement (TND, 2018-2022 prolongée) les regroupe sous cette catégorie, reconnus comme handicaps rares via la loi de 2005 quand associés à d’autres déficiences, avec évaluation par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) pour un plan personnalisé de compensation (PPC).

    Exemples courants

    TSA (troubles du spectre autistique) : déficits en communication sociale, comportements répétitifs, hypersensibilité sensorielle, touchant 1-2 % des enfants.

    DI (déficience intellectuelle) : limitations intellectuelles (QI < 70) et adaptatives (autonomie quotidienne), souvent modérée.

    TDAH : inattention persistante, impulsivité ou hyperactivité interférant avec l’école et les relations.

    Les troubles « dys » désignent des troubles spécifiques des apprentissages, caractérisés par des difficultés isolées dans un domaine cognitif malgré une intelligence normale et un enseignement adapté.

    • Dyslexie : trouble persistant de la lecture fluide et précise, avec confusion de lettres (b/d, p/q), lenteur en déchiffrage et erreurs d’orthographe malgré un apprentissage standard.
    • Dysorthographie : difficulté spécifique à l’orthographe grammaticale et lexicale, indépendante de la lecture, entraînant des fautes systématiques en dictée.
    • Dyscalculie : problèmes dans la compréhension des nombres, calcul mental (tables de multiplication), estimation de quantités ou résolution de problèmes arithmétiques simples.
    • Dyspraxie : trouble de la coordination motrice fine et globale, affectant l’écriture manuscrite (lente, illisible), les gestes quotidiens (boutonner, utiliser des couverts) ou l’organisation spatiale.
    • Dysphasie : trouble du langage oral, avec retard en expression (vocabulaire pauvre) ou compréhension, sans atteinte sensorielle ni intellectuelle générale.

    Évaluation et prise en charge

    Un diagnostic multidisciplinaire (pédopsychiatre, psychologue, orthophoniste) repose sur des outils standardisés comme l’Autism Diagnostic Interview-Revised (ADI-R) pour le TSA ou la Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC) pour la DI. Les interventions combinent thérapies comportementales, éducation adaptée via les Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) ou les Instituts médico-éducatifs (IME), et médicaments, visant l’inclusion scolaire et sociale.
    Ces troubles, souvent invisibles, affectent 5-10 % des enfants et persistent chez 50 % des adultes sans accompagnement.

    5. Handicaps mentaux

    Les handicaps mentaux correspondent à des altérations significatives et persistantes des fonctions intellectuelles et adaptatives, survenant avant l’âge adulte, limitant les apprentissages, l’autonomie et la participation sociale.
    Les handicaps mentaux et les troubles du neurodéveloppement (TND) se recoupent partiellement, mais diffèrent par leur portée, leur origine et leur classification.
    Les handicaps mentaux correspondent spécifiquement à la déficience intellectuelle (DI), définie par un quotient intellectuel (QI) inférieur à 70, des déficits adaptatifs majeurs (conceptuels, sociaux, pratiques) et un début avant 18-22 ans, selon le DSM-5 et la CIM-11.
    La DI est un sous-ensemble des TND, mais tous les TND ne sont pas des handicaps mentaux.

    Classifications principales

    Selon la Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) de l’OMS et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5), ils se définissent par une déficience intellectuelle (DI) avec quotient intellectuel (QI) inférieur à 70 et des déficits adaptatifs dans au moins deux domaines (conceptuel, social, pratique). En France, la loi de 2005 et le décret 2020 les reconnaissent comme handicaps rares lorsqu’associés à d’autres déficiences (motrices, sensorielles), évalués par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) pour un plan personnalisé de compensation (PPC), classés en légère, modérée, sévère ou profonde.

    Exemples courants

    • DI légère (QI 50-70) : Retards en lecture/écriture, autonomie partielle en vie quotidienne, touchant 85 % des cas.
    • DI modérée (QI 35-50) : Difficultés langagières marquées, besoin d’accompagnement pour l’hygiène et les tâches simples.
    • DI sévère à profonde (QI < 35) : communication limitée (gestes, signes), dépendance totale pour les soins personnels.

    Évaluation et prise en charge

    Un diagnostic multidisciplinaire (neuropsychologue, pédopsychiatre, éducateur spécialisé) repose sur des outils comme la Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC) ou la Wechsler Adult Intelligence Scale (WAIS) pour le QI, et des échelles adaptatives (Vineland).
    Les interventions combinent éducation spécialisée via Instituts médico-éducatifs (IME) ou Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS), thérapies occupationnelles, orthophonie et accompagnement adulte en Foyer d’accueil médicalisé (FAM) ou Services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH), favorisant l’inclusion et l’emploi adapté.
    Ces handicaps affectent 1-2 % de la population et bénéficient d’un suivi à vie pour optimiser la qualité de vie.

    6. Handicaps psychiques

    Les handicaps psychiques regroupent des troubles psychiques sévères et persistants altérant la perception de la réalité, la régulation émotionnelle et les fonctions cognitives, affectant les activités quotidiennes et la participation sociale.

    Classifications principales

    Selon la Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) de l’OMS et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5), ils incluent la schizophrénie et les troubles psychotiques (hallucinations, délires), les troubles bipolaires (épisodes maniaques/dépressifs récurrents) et les troubles graves de la personnalité (borderline avec instabilité affective). En France, la loi de 2005 et le décret 2020 les reconnaissent comme handicaps rares lorsqu’associés à d’autres déficiences (motrices, sensorielles), nécessitant un plan personnalisé de compensation (PPC) via la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH).

    Exemples courants

    • Schizophrénie : idées délirantes (persécution), hallucinations auditives, retrait social, touchant environ 1 % de la population adulte.
    • Trouble bipolaire de type I : phases maniaques avec euphorie excessive, irritabilité et comportements à risque, alternant avec dépressions profondes.
    • Trouble de la personnalité borderline : impulsivité (automutilations, crises suicidaires), peur de l’abandon et des relations instables.

    Évaluation et prise en charge

    Un diagnostic multidisciplinaire (psychiatre, psychologue clinicien, travailleur social) repose sur des outils comme l’échelle PANSS (Positive and Negative Syndrome Scale) pour la schizophrénie ou le SCID-5 (Structured Clinical Interview for DSM-5).
    Les interventions combinent antipsychotiques/psychotropes, thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou dialectiques (DBT pour borderline), et accompagnement médico-social via les Services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH) ou les Foyers d’accueil médicalisé (FAM), favorisant l’autonomie et l’insertion professionnelle. Ces handicaps, souvent stigmatisés, affectent 2-3 % des adultes et nécessitent un suivi à vie pour prévenir les rechutes.

    7. Polyhandicap

    Les polyhandicaps désignent des déficiences multiples, graves et irréversibles associées à des troubles mentaux profonds, limitant toute communication verbale ou comportementale, et nécessitant une assistance humaine permanente pour les actes essentiels de la vie.

    Classifications principales

    Selon la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’OMS et la loi du 11 février 2005 en France, le polyhandicap se définit par l’association d’au moins trois déficiences (mentale profonde avec QI < 20-35, motrice sévère comme tétraplégie, sensorielle fréquemment présente), survenant avant trois ans, avec dépendance totale pour l’alimentation, l’hygiène et la mobilité. Classé comme 6ᵉ famille de handicap par le décret 2005-244, il relève de la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) pour un plan personnalisé de compensation (PPC), distinct des handicaps simples par sa pluralité et sa gravité extrême.
    Touchant un cas sur 10 000 naissances, ces situations exigent un suivi à vie en structures hautement spécialisées pour prévenir les complications (escarres, infections).

    8. Santé invalidante

    Les handicaps liés à la santé invalidante regroupent des maladies chroniques ou évolutives graves qui entraînent une limitation significative de la participation sociale et professionnelle, sans entrer dans les autres familles de handicap définies par la loi de 2005.

    Classifications principales

    Selon la loi du 11 février 2005 en France et le décret 2005-244, cette 8ᵉ famille concerne des pathologies de longue durée (affections de longue durée – ALD reconnues par la Sécurité sociale) comme la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, l’insuffisance rénale chronique ou l’épilepsie sévère, évaluées par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) via un taux d’incapacité ≥ 50 %. La Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) de l’OMS les classe comme troubles chroniques invalidants quand ils altèrent durablement les fonctions corporelles et les activités quotidiennes, nécessitant un plan personnalisé de compensation (PPC).

    Ces situations touchent 10-15 % des demandes MDPH et exigent un suivi adaptatif face à l’évolution des symptômes.

    9. Handicaps rares

    Les handicaps rares désignent une configuration rare de déficiences ou troubles associés, d’une prévalence ne dépassant pas 1 cas pour 10 000 habitants, résultant de combinaisons complexes de déficits sensoriels, moteurs, cognitifs ou psychiques, rendant le diagnostic, l’évaluation et la prise en charge particulièrement difficiles en raison de la rareté des expertises requises.

    Classifications principales

    Selon l’arrêté du 2 août 2000, intégré à l’article D. 312-194 du Code de l’action sociale et des familles en 2005, et complété par le conseil scientifique de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) en 2008, ils se déclinent selon les 5 catégories suivantes :

    • Déficience auditive grave + déficience visuelle grave (ex. : surdité profonde avec malvoyance sévère).
    • Déficience visuelle grave + autres déficiences graves (ex. : cécité + trouble du spectre autistique sévère).
    • Déficience auditive grave + autres déficiences graves (ex. : surdité + déficience intellectuelle).
    • Dysphasie grave (trouble neurodéveloppemental du langage oral sévère), associée ou non à une autre déficience.
    • Déficience grave + affection chronique grave ou évolutive (ex. : épilepsie sévère, affection mitochondriale, trouble métabolique ou évolutif du système nerveux).
  • Un nouveau regard sur Parkinson

    Un nouveau regard sur Parkinson

    Les personnes qui vivent avec la maladie de Parkinson sont souvent victimes de stigmatisation, notamment une discrimination injuste sur le lieu de travail et dans les espaces publics, et un manque de possibilités de participer à la vie de leurs communautés. Une méconnaissance ou une conception erronée de la maladie peut colorer le regard que nous portons sur Parkinson, et contribuer à aliéner celles et ceux qui luttent au quotidien contre l’emprise de ce trouble neuro-dégénératif. En changeant le regard que nous portons sur Parkinson, nous pouvons changer le quotidien des personnes touchées par la maladie.

    C’est quoi la maladie de Parkinson ?

    La maladie n’est ni contagieuse, ni un processus normal de vieillissement. Parkinson est une affection incurable de longue durée, caractérisée par la mort précoce et lente de neurones à dopamine. Pour les personnes touchées, vivre avec Parkinson veut dire vivre avec des complications de motricité, et des complications physiques et morales importantes. Ces complications apparaissent progressivement et irrégulièrement : elles entraînent une diminution sévère de la qualité de vie aussi bien des personnes diagnostiquées que de leurs proches, et cela malgré la prise en charge médicale.

    Voir Parkinson autrement

    Une démarche hésitante, un geste maladroit, une élocution lente, une expression figée peuvent être les signes des complications de la maladie de Parkinson. Gardons-nous de porter des jugements hâtifs, et veillons à toujours offrir un regard compréhensif et humain qui peut soulager le quotidien des personnes vivant avec Parkinson, et les aider à mieux vivre. En portant un œil attentionné et bienveillant, en restant à l’écoute, et en anticipant les besoins des personnes prises au dépourvu par les aléas et les fluctuations de la maladie, nous mettons notre entourage en confiance et participons à une société plus juste et inclusive.

    Changeons collectivement notre regard sur Parkinson ! En créant les conditions d’une meilleure interaction avec leur environnement physique et social, nous pouvons ensemble aider les personnes vivant avec Parkinson à puiser dans leurs réserves fonctionnelles, à participer, créer, partager et s’ouvrir à une nouvelle perspective de vie avec ce trouble envahissant.

  • Danse et Parkinson : bien bouger au quotidien

    Danse et Parkinson : bien bouger au quotidien

    L’idée de construire un projet autour de la danse et de la maladie de Parkinson peut sembler contre-intuitive: alors que les corps se conforment dans l’une, ils se dérobent dans l’autre ! De par leur seule temporalité, le corps des danseur·euses et celui des parkinsonien·nes ne s’apparentent pas. Cependant, tous les matins, danseur·euses et parkinsonien·nes se posent essentiellement la même question : comment bien bouger aujourd’hui ? Si la capacité corporelle à bien bouger sépare danseur·euses et parkinsonien·nes, la problématique du bien bouger, elle, les rapproche et les destine à une rencontre pleine de sens.

    C’est quoi « bien bouger » ?

    Les préoccupations rattachées au bien bouger sont multiples : comment initier un mouvement en accord avec une intention précise ? Comment maîtriser sa trajectoire dans un contexte physique et social ? Comment contrôler et soutenir son effort dans le temps ? Comment le rendre cohérent et expressif ? Pour les danseur·euses, ces questions nourrissent un savoir-faire par lequel le corps dansant conjugue les lois physiques, les dimensions espace-temps et le mental. Pour les parkinsonien·nes, ces questions traduisent un quotidien dans lequel le corps malade compose avec ses ressources fonctionnelles et ses difficultés motrices, sensorielles et cognitives.

    Pourquoi la danse pour Parkinson ?

    La danse nous donne le plaisir de bouger sans fin en soi. Libéré de sa fonction pratique, le mouvement dansé se déploie avec une logique non plus utilitaire, mais une logique artistique qui lui est propre : le geste n’est plus le moyen de faire quelque chose ; le geste existe en soi. En cela, la danse ouvre une multitude de possibilités d’aborder le mouvement et de le vivre. Elle éveille nos sens, stimule notre cognitif, et nous amène vers les ressentis d’un nouveau rapport avec le corps, ses dimensions espace-temps et ses dimensions sociales quand elle est pratiquée en groupe.

    Si la maîtrise du mouvement semble inconciliable d’une vie avec Parkinson, l’expérience du mouvement dansé peut amener les parkinsonien·nes à appréhender le corps autrement. La danse offre le plaisir d’explorer le champ des possibles et le plaisir de s’approprier une nouvelle réalité du corps et de ses dimensions physiques et sociales.

  • « …We are utterly odd. » A collaborative life in both music and politics

    « …We are utterly odd. » A collaborative life in both music and politics

    This article explores the ways in a small cache of love letters, written over a hundred years ago, shed light on cultural life in Manchester during World War One, and how it overlapped and intersected with provincial political activism and a love of music. The letters were written over a two-year period between the Professor of Music, Frank Merrick from the Royal College of Music in Manchester and his wife, the composer and singer, Hope Squire. There are over 100 letters between the two, revealing the depth of their love for each other, (The letters are full of such endearments « My beloved companion and fellow Absolutist » or « xxxxx to be taken daily ») their shared passion for music and their wide network of associations across the political and cultural worlds of Edwardian England. The letters form a political and musical dialogue between Hope and Frank over the two-year period in which Frank was kept in solitary confinement, as were all conscientious objectors, in Wormwood Scrubs and Wandsworh prison in London. Visits were rare and expensive for Hope as he was continuously imprisoned in London, despite repeated requests to the Home Secretary to move him to Strangeways Prison in Manchester.
    Conscription had been legalised in Britain by the Military Service Act 1916 but dealing with objectors to the Act, on the grounds of conscience, was a new and confusing situation for both the authorities and the Army. Frank Merrick had been arrested in May 1917 in the classroom of the College as he had not reported to camp as he had been instructed earlier in the year and his absence made him liable to prosecution for desertion1. He was then taken to Manchester Police Station, fined and spent the night in the cells. He was then taken to Bury depot, just north of Manchester, of the Lancashire Fusiliers where he refused to take off his clothes and put on a uniform. He also refused to do any work either in the Non-Combatant Corps or under the Home Office Scheme which meant agreeing to perform civilian work under civilian control in specially created Work Centres/Work Camps. Refusal to accept the Scheme meant returning to prison to complete the sentence, then returning to the Army, where renewed disobedience would entail another court-martial and another prison sentence.
    Frank regarded himself as an Absolutist, which meant that he would not undertake any work that would support the war effort in any way.  He was taken to Wormwood Scrubs Prison where most COs were interrogated. At this Central Tribunal at Wormwood Scrubs on 30th June 1917, Frank Merrick declared, « I regard war itself as the fundamental atrocity and the refusal to fight as the most effective antidote against it. I regard conscription as a very evil form of tyranny, against which I intend to put all the moral strength I possess. I regard my musical life-work as a contribution to the future wealth of mankind and I will not desert my art of my own free will though I recognise that it may be torn from me by force.2 » He was then court martialled and imprisoned in Wormwood Scrubs and Wandsworth prison, both in London, until April 19193. In late 1918 just after the end of the war, he wrote, « During the 17 months that I have been under lock and key I have never for a single second doubted the fact that I did absolutely and unequivocally right in coming here when I might perchance might have got out. »4
    Hope and Frank would have received support and advice from the local Manchester branch of the No Conscription Fellowship (NCF), an organisation established in Manchester in late 1914 by socialist/pacifists Fenner and Lila Brockway. Fenner Brockway (1888-1988) was the editor of the radical socialist Labour Leader and on August 6, 1914, two days after the outbreak of war, he covered the whole front page with an anti-war manifesto. The slogan DOWN WITH THE WAR was printed at the top and bottom. Fenner Brockway was arrested in 1916 for distributing anti-war material and then as a conscientious objector, spending the next two and a half years in prison. The Merrick will have known the Brockways  through the Independent Labour Party (ILP), the No Conscription Fellowship (NCF) and the Women’s International League (WIL)5. They were also friends with a number of other nationally well-known activists, like Annie Somers, recognised as a trade union activist and who had worked with the Women’s Hospitals in France, and who wrote and visited Frank in prison. This combined with their friendship with influential people like the suffrage and anti-war Pethick Lawrences indicates that both Hope and Frank had a wide cultural network that stretched across the country. The letters make reference to activism in Liverpool, Sheffield and Bristol as well as London. They were also well known in national and regional musical circles suggesting that these two young people had substantial « social capital. »
    By 1917, when Frank was arrested, the NCF had a newsletter called The Tribunal which gave advice and updates about COs. It reported that in March 1917 over 150 NCF branches had been raided and many branch secretaries imprisoned6. Frank and Hope would have known many of the local NCF members: certainly many were in the Independent Labour Party (ILP) and although there is no record of either Hope or Frank attending local ILP meetings, on January 25th, 1918, Hope wrote to Frank, « The gas man who replaced Mr Lowe, I’ve converted to the ILP. »7 Lowe the gas man had been arrested at Warrington and « will be turning up at W.Scrubs. »8 Local suffrage and socialist ILP women like Annot Robinson and Dorothy Smith sent Frank good wishes, and in October 1917 Hope sent greetings to Frank  from the  Mayers, Rothchilds, Isaacs, Robinsons, Dr Brodsky, Bauerkellers, Crewe Lucas, Unwins, the Normans, Stewart’s etc. revealing a  close and supportive friendship network9. Hope also wrote in October 1917, that Liverpool ILP are holding Esperanto classes, (Frank was learning Esperanto in prison) and that she will talk to the Women’s International League about Frank’s suggestion that they rewrite their leaflets in that International language10. Hope is also friendly with another local ILP member Phillis Skinner, whose husband Allen had been arrested and imprisoned in December 1916. Phillis had also been imprisoned for three months in Strangeways in Manchester, in July 1917 for handing out anti-war material in Prees Heath in Cheshire where Allen had been court martialled. In January 1918, Frank asks, « Is Phillis Skinner about again? » And the following letters discuss Allen Skinner’s discharge from prison on the grounds of ill health and Phillis’ concern for him and their small son Jack, born in 1915. They’re were clearly very friendly as in 1919 when Allen was still unwell, Jack stayed with Hope at 12 Parsonage Rd while Phillis visited the surgeon to discuss Allen’s health11. Hope visited the family frequently. Arguably, what was different during the war was that Hope and Frank came into closer contact with the local working class, drawn together by their shared anti-war stance and they began to build friendships and relationships that cut across both class and generation. As Hope wrote in 1919, « I’m an anti-militarist and anti-snob. »12
    Hope and Frank were involved in many of the campaigns associated with early twentieth century radical Edwardian Britain: suffrage, socialism, vegetarianism and pacifism. They were part of Manchester’s radical « set », as Frank wrote to Hope in January 1918, « Give my love to all our « Crank » societies, my enthusiasm for the ideals which each has set before it, increases. »13 Manchester in 1917 was industrial, cultural, non-conformist, radical, reformist and famously the birthplace of the militant suffrage organisation, the Women’s Social and Political Union (WSPU). However, it was also the home for many other suffrage and campaigning groups. For example, Frank was an active member of the Manchester Men’s League for Women’s Suffrage, a membership he shared with many of the liberal elite of Manchester, like Professors Schuster, Weiss and Herford from Manchester University. Hope had stitched a banner for the group in 191414. Hope, having been a member of the WSPU, then became a member of the breakaway Women’s Freedom League (WFL) which supported nonviolent militant action. There were two branches of the WFL in Manchester, one of which was in neighbouring, pioneering, co-operative run Burnage Garden Village, where the secretary was Annie Brickhill, a former teacher. However, in September 1916, Frank and Hope became founder members of the reconfigured United Suffragists campaigning for the Vote during the war15. Local US branch news in Votes for Women reported support from suffrage campaigners in Manchester and it drew together many of the WSPU women whose own campaign had been halted by the outbreak of war: WSPU women like Lillian Forester who had been briefly imprisoned for her part in the attack on Manchester Art Gallery in 1913 but now stood for peace, and Miss Cannon, who went on to form a Manchester branch of Sylvia Pankhurst’s anti-war Worker’s Suffrage Federation in 1917.
    Increasingly there was a groundswell of grassroots’ support in the women’s suffrage and labour movements for universal suffrage. From 1916, at least two Manchester suffrage women, Margaret Ashton, a neighbour of the Merricks, and an associate of the Merrick’s, socialist/suffragist Annot Robinson, were on the National Council for Adult Suffrage. Ashton spoke at an AS demonstration in London in February 191716. Hope had pressed for Adult Suffrage at a US meeting in late 1916, while Frank had chaired a Manchester Suffrage conference in November 1916 where a resolution supporting AS and « representing the united non-party suffrage opinion of Manchester », was passed17. Both Frank and Hope were progressive and radical in their views: Frank regards them both as « white hot rebels »18 and he suggested that Hope might take 12 Parsonage Road in her name, if  « it gets you the Vote. »19 Hope declared that she « would rather see class co-operation. I want to do away with the extreme rich and extreme poverty. »20
    By 1916, Hope was also a member of the pacifist and anti-militarist Women’s International League (WIL), which had been established after the International Congress of Women in The Hague in April 1915. Three Manchester suffrage and trade union women had formed part of the failed British delegation to The Hague, stranded on Tilbury Docks when Winston Churchill closed the channel to all domestic shipping.21 Over a thousand other European and American women managed to attend the Congress while three British women, Catherine Marshall, Emmeline Pethick Lawrence, and Crystal McMillan, were already in The Hague. The Merrick Squires were very friendly with Emmeline Pethick Lawrence, who had been part of the WSPU when Hope was a member and was a staunch supporter of COs during the war. She visited Frank a number of times in prison and took up the cause of prison reform. He saw her as « a pearl among stateswomen. » She was on the executive committee of the WIL.22 She is mentioned in a number of the letters, particularly when she decided to stand as a candidate (unsuccessfully) in Manchester’s Rusholme ward in the 1918 General Election, the first where women could vote and stand as MPs. She declared of Frank’s imprisonment, « How silly to shut a songbird in a cage. »
    Manchester was the largest branch of the Women’s International League (WIL) in England, with over 300 members. It had been established by a group of local suffrage women who had resigned from the Manchester Federation of the National Union of Women’s Suffrage Societies (NUWSS) in the summer of 1915, and the local branch network was then largely superimposed on the existing suffragist network through the North West. The WIL attracted a mix of non-conformist, socialist, pacifist, and suffrage women and reconfigured many of the pre-war groupings and associations. Many of Hope’s immediate neighbours like councillor Margaret Ashton, May Unwin, and Amy Herford were also members of the WIL.23
    There had always been national links between the Manchester suffrage societies and other suffrage groups across the country; the Pankhursts, famed for their « Deeds not Words » rallying call and their establishment of the militant Women’s Social and Political Union, were rooted in Manchester. The North West Federation of National Union of Women’s Suffrage Societies was nationally influential with an extensive regional network. Manchester suffragists and neighbours, like Margaret Ashton and Carys Schuster, were part of the National Union’s executive. There were other less obvious links, for example, in early 1916, Frank and Hope held an exhibition and sale of modern art at their home in 12 Parsonage Road in Withington to raise money for Sylvia Pankhurst’s breakaway East London Federation of Suffragettes (ELFS) which suggests that the Merricks anticipated a local sympathetic audience for the sale.24 The letters also mention the changing fortunes of the suffrage movement after the passing of the Representation of the People Act in February 1918 which gave some women the Vote, with many of the suffrage groups disbanding and many women then joining the Women’s International League.25 In March 1918 Hope was busy making things for a WIL sale of work.26
    The letters are very comprehensive; Hope writes with a wealth of specific detail about life on the Home Front, the price of food, vegetarian recipes, and the other minutiae of life. In October 1917, she tells Frank that the Hampsons, fellow members of the United Suffragists (US) have « moved into 22 Heaton Rd (2nd from the pillar box). » Heaton Rd was round the corner from Parsonage Rd, and on June 1918 other US supporters and fellow musicians, Edward Isaacs, a piano teacher at the Royal College, and his wife moved into neighbouring Amhurst Rd. There is a real sense that Hope Squire was part of a local and supportive community, both physically with sympathetic neighbours and virtually, with many local anti-war and anti-conscription organisations giving advice and support.
    When Phillis Skinner and her co-conspirator Maud Hayes (imprisoned with Phillis in July 1917) came round for supper in June 1918, with another wife of a CO, Elsie Hill, Hope told Frank that « I gave them some rissoles made of barley and lentils, a thing made from macaroni and mixed nuts, lettuce, bread and butter and a chocolate blancmange – I had a bit of luck as my neighbours had gone away and left me a ¼ lb of butter and nearly a pint of milk. »27The war of course raised opportunities for women: Hope wrote about their friend Mrs. Craven Sykes, in the autumn 1918: « I encountered Mrs. Craven who said that she was nearly worn out – I said why did she keep on the Red Cross work – she said « Well, I’ll tell you – you don’t know what my life is because your husband is a « sport ». I’ve spent all my life drudging and slaving after the opposite sex – my father wants as much waiting on as a child, my husband is the same, my only child is a boy, – I started life with a better brain than any of my brothers, but I only got half an education – and I’ll stick this R.C works till I drop because it’s my only chance of hobnobbing with a few well educated women, and getting away from the drudgery of home. I don’t mind work, but I am so sick of being looked upon as a creature with no brain. » »28 This letter speaks for many women after 1914 and confirms the way in which new friendships and associations were made because of the extraordinary circumstances of war.
    However, despite the wealth of domestic detail in the letters, music always wins out; underneath all the detail, there are constant references to the College and to the importance of music in their lives. The second letter that Frank writes in the autumn 1917 asks Hope to send him, « [a] bound volume of string quartets (miniature score) by Mozart or Haydn, Wollstonecraft’s « Vindication », and failing the quartets « Israel » – for « Judas » was a great success. I should so like to learn the choruses, then I could feed on them at many hours of the day – for instance at exercise, when the regular steps make musical thought difficult or disagreeable and when poetry would be help indeed. […]. Tell Dr Brodsky I wish I could hear his quartet from time to time; I often think of it. […] » and reassures Hope that « I have done lots of musical work, and I believe my technique has improved, mainly in two respects, i.e., wrist-work and motion of the arms from side to side while the body remains still. The latter improvement has been partly helped by much conducting, which has also helped to unstiffen some pieces from a rhythmical point of view (Chopin’s Ballade in F, Impromptu in F sharp, and some of the short Brahms pieces, etc.); it is also a better way of warming oneself than « tiger pacing » because less tiring, more lasting in effect and noiseless. »29 Throughout the letters from Frank are scribbled scores.

    The letters are also taken up with college business. It seems that when Merrick was arrested, the minutes of the College simply reported that he was unavailable for classes (he was a piano tutor) and that his wife Hope Squire, was taking over his classes. Then when he was released, he was suddenly available again. No mention of why he was away is recorded, as the College probably didn’t want it on record that a CO was on staff and therefore, for all intents and purposes, a criminal. As Hope had been asked to take on some of Frank’s pupils when he was imprisoned, she tries to keep him up to date with what is happening with staff and pupils. Of course, he wasn’t imprisoned as a criminal but rather because of the military offence of refusing to obey a lawful order. A really important distinction and the College certainly don’t really seem to have perceived him as a criminal. Although the distinction was a fine one, in early 1918 Hope recounts that « [a]nother new pupil has applied this week, Frances Margison aged 17, her father very keen on sending her to you at College, and tired of waiting till the war is over wants me to take her privately till you come back. He called here, and Oscar [Oscar Rothschild was a local benefactor of the college] interviewed him, an inimitable interview! O « I suppose you know Mr. M is criminal and is in prison? » Parent « O yes – we have to be thankful for such criminals! I shall be glad for my daughter to be under the influence of such a fine man. My son is in the Army, but only because he had to go! » Oscar then informed the victim that he had studied the pianoforte with Saint-Saëns (!!!!!!), Madame Schumann, and countless other celebrities, but none of them, etc.,  to compare with Hope Squire! »30  Oscar’s wife, Thekla, was a great friend of Hope’s and a member of the WIL, and Hope often writes to Frank from the Rothschild’s house in neighbouring Old Broadway. There was an ongoing battle with Robert Forbes, who was another piano tutor and who eventually succeeded as principal of the College after Brodsky in the late 1920s, when the Merricks decided to move to London: Frank stated that when Brodsky died and Forbes replaced him, they didn’t « care for the new man from the staff at the College. »31 During the war  Hope was feeling upset about her own relationship with Brodsky,  although she declares that his admiration for Frank never wavers. In January 1918 she wrote « Dr. Brodsky has asked me to play at the next Brodsky concert. I was so amazed that I didn’t accept for 3 days, as he has been so unkind to me since you left and what with the open hostility of Mr. Forbes and other things, my life at college is anything but a path of roses. I wrote the Dr a great piece of my mind on Monday, with the result that he sent for me, we decided what to play and he asked if I would go and spend Sunday at Bowden, and we would enjoy some real good practice together. »32 Both Hope and Frank  were concerned about the progress and number of their pupils, and in October 1917, almost immediately after Frank’s imprisonment, Hope noted that « Mr. Forbes has lots of new pupils, Max just 1 and me – none » (but because of her reputation, she attracts new private pupils) one in 1917: « Ella Voysey: nearly 15, clouds of bronze red hair like Rossetti’s pictures, remarkably intellectual, having been brought up at Bedales’ school. I think she will turn out quite special – so enthusiastic. » Ella Voysey later married the film star Robert Donat, who lived near the Merricks in Withington.
    In March 1918 Hope writes that, « I teach at the college on Tues and Friday 12-1 in Dr. Brodsky’s room and 1-4 in Max’s [Max Mayer was another pianist].  Mr. Forbes having turned me out of No. 12 after a guerilla warfare which lasted all last term! »33 Life for the young women students and Hope was not always easy and in July 1918, Hope reported that: « Edith and Nelly played all their diploma works so splendidly, I don’t think you could believe unless you heard. Edith’s interpretation of the Chromatic Fantasy and Fugue – when it dawned on her – was so grand, I was moved beyond words, I especially asked that she might be allowed to play it through at the exam. I expected them both to get distinction. Edith has failed 72 – Nelly passed 75 – go for teacher’s cert. I feel very indignant – of course I was tabooed as an examiner again. Mr. Hartly said Edith had more talent than anyone in the College, but the reason given for not granting her a diploma was « too young and immature ». I can’t see what age has to do with it – especially in a performer – I’ve had a furious letter from Nelly who says Edith never played better and that everything went perfectly – if that is so all I can say is that there has been no playing as fine since I have known the College. Nelly declares that Max and Miss Arthan [Ellen Arthan was another pupil] are responsible, and that Mr. Withers [the registrar] said Edith was « full of conceits, not really musical, uneducated, unrefined and had none of the instincts of a lady. » What this had to do with the exam, I don’t know. »34 And being the wife of a « conchie » might have had other repercussions for Hope in 1918, « [t]his morning also I had a cruel letter from Nelly saying she had felt for a long time past that I did not like teaching her – so under the circumstances had decided to leave – she has left, having written to Mr. Withers making the same complaint. I am utterly mystified and I felt nearly heartbroken this morning – Winifred, Mary, Nelly, and possibly Edith – £54, if not £72 off my yearly income – all seems so black and difficult. »35 But there was support too, in early 1919, when the war had ended but the COs were not released, Hope tells Frank « I was stopped in the road by a Mrs. Stoneley, whose husband is a violinist in Halle Orchestra; they absolutely worship you. »36
    Hope writes about the scarcity of vegetables and the increasing price of food and coal. But still she « swapped my 5 lbs of sugar savings for 7 overtures by Beethoven. » and she plans to plant her small suburban garden with broad beans, scarlet runner beans, peas, onions, carrots, turnips as well as sweet peas, stocks, and pansies. The price of food is a constant theme, and by October, Hope talks of rationing. By Nov. 1918 she writes that « eggs are 7d each Coal 40/= a ton (£90 today), and milk 8d a quart. »37
    She wrote a great deal about the other Manchester Conscientious Objectors particularly a local plumber, William Galtry, who had been in Wormwood Scrubs with Frank. She wrote in August 1918 when William Galtry had been released on the grounds of ill health, « [t]he poor Galtrys have been having an awful time over the last two weeks since G came home. They had to have police protection every night – of course they live in a low district [sic], however a lady for whom Mrs. G works, helped them (with police removing them at 4 am), and she has taken charge of their belongings, and they are being housed by another CO whose experience has been similar and whose head had to be sewn up in 5 places. All this rough work is being done by gangs organised by Pendlebury, a shining light of the British Workers’ Union and a member of the War Aims Society, the same man who unsuccessfully tried to upset Mrs. Pethick Lawrence’s great [peace] do in Stevenson Square. »38 This was at a time when many peace meetings were broken up and stopped by the police. However, not all stories about local COs are depressing, in August 1918, Hope writes, « Mrs. Hayes has married Mr. Rodway, recently discharged from prison on ill health; he is getting surprisingly better. His firm has received him with open arms and gave him a cheque for £10 to go and have a holiday. What a difference, and there is a saint like [Harold] Webster (another local CO) still looking for a post and can’t get in anywhere. »39 Frank and Rodway had been in Wormwood Scrubs together, and Frank replies « I am glad Rodway is out – I think his was the first CO face I saw when Childe Merrick to the dark tower came. »40 A reference to Byron, revealing, perhaps, Hope and Frank’s shared knowledge and love of literature.
    One of the things that depressed Frank was the lack of colour in his life. Hope knitted him a bright red scarf, and when he wore it in the prison in December 1918, he declared, « Thanks for the lovely scarf: its debut in the exercise yard might be described as triumphant! »41 When he is moved to Wandsworth in September 1918, after a year in Wormwood Scrubs, he writes « A rare event, the transference, which had its pleasures and its humors. » Among the former was the very considerable one of beholding everyday things as women, children, policemen, dogs, horses, trams, motors, and advertising hoardings. Only one cat did I behold [Hope and Frank had two cats, Mr. Matthew and Mousegorski, whom they adored], but it was a very distinguished one – a dark Persian tabby located in a doorway, blinking its exceedingly green eyes with an air of great wisdom and gravity. The only other animal event was that I received a tender kiss upon the face (the first time in my life) from one of the horses that brought the party over. Shepherds Bush Green now entirely devoted to allotments, scarlet runners, and old-fashioned sunflowers. »42There were other deprivations in prison too, as a vegetarian, Frank’s diet was allowed but was very restricted and in another letter, he thanked Hope for a parcel of toothpaste as he had been using brick dust to clean his teeth. He recalled too the terrible silence rule within the prison and the relief at being able to talk briefly to fellow COs in the exercise yard. »43
    There is no doubt that these two young people, who had been married for 6 years, felt themselves to be soul mates, both politically and musically. In October 1917, Frank talks about the « great cause of internationalism and a belief in the great potency of Love. » They were a romantic couple, and when Frank’s wedding ring was confiscated in prison in 1917 because of his recalcitrant behaviour, Hope removed hers in sympathy and they planned a ring giving ceremony on Frank’s release. They were in their own words: « made for each other » signing their letters always romantically: « your wholly enamoured Frank » or « yours, every bit of me, Hope ».
    For a historian of the anti-war movement in Manchester and the North West, these letters have been an extraordinary glimpse into the progressive networks that existed in an industrial city like Manchester in the early twentieth century. As a historian of women’s anti-war activism, the letters have provided an extraordinary glimpse into the daily life on the Home Front for a working and progressive woman, who was also regarded as a « crank ». To have a husband imprisoned for refusing to fight put Hope in a precarious position, and she talks of her « pacifism having much testing » and she writes in April 1918 of having visited Frank in prison and travelling home on the train « in my carriage, 4 soldiers and 3 ladies all talked about the war, whilst I learnt Esperanto, but presently abuse and ridicule of COs. So, after a few minutes, I looked up and said quietly « I wish to tell you all I am the wife of a CO’ there was a horrified silence, and then one lady assumed the offensive, backed up by a S African soldier. The others except a Slav joined in and I tackled the lot with great ability for 1/2 an hour. » The arguments continued and they had only heard of the Non-Combatant Corps and when I explained that a real CO would not be in the NCC they quite at a loss […]. Eventually all expressed real appreciation of the real COs whom they knew nothing about and declared they could not stand solitary confinement even for a week. »44
    On Tuesday, December 24th, 1918, Frank wrote:  « It seems grimly appropriate that people of our persuasion should still be persecuted by the direst of all penalties – separation from each other – at this Christmas season. For it is we who hold the most uncompromisingly to the idea that in the extension of Universal Goodwill lies the only practical hope of making a happier world. I fully share your love of moonlight; so did Debussy, did he not? »45 Hope replied, telling him that he will be issued a Certificate of Disgrace and not allowed to vote nor find work through the Labour Exchanges. She tells many stories of how hard it is for COs to find work. There was a general outcry about the fact that COs and especially Absolutists like Frank were not released sooner, but the Government was adamant despite public meetings and a national petition launched by Lord Lansdowne. By the end of the war, the letters begin to discuss the possible release of Frank, and both Hope and the College wanted to intervene to hasten his release, but Frank refused any preferential treatment, and he was not released until April 24th, 1919. The last letter from Frank is April 21st – still discussing setting poetry to music between the two of them – like the old days. I am uncertain what happened on Frank’s release – I can only imagine the delight with which they must have embraced each other. As Hope said in one of her early letters « when you do come home, I shall be overcome by joy. » They remained married until Hope’s death in 1936.
    These letters are an extraordinary find: they confirm the closeness of both the regional and national anti-war network and community during the First World War, and they shed light on the deprivations faced by the families of men who were imprisoned for refusing to fight. Above all, they are a testament to the resilience of human nature. They also reveal the ways in which the resistance to the war cut through class and political affiliations in an industrial city like Manchester, and it is likely that Hope and Frank’s experience was replicated across the country. The Pearce database of conscientious objectors during the First World War now totals more than 20,000 men and families across the country will have experiences similar to those of Frank and Hope. As Hope declared, just after the Armistice in November 1918, « No-one can say that Great Britain was solid for war. »46


    Pour citer cet article

    RONAN Alison, « « …we are utterly odd. » A collaborative life in both music and politics », Actes du colloque Les institutions musicales à Paris et à Manchester pendant la Première Guerre mondiale (5-6 mars 2018), Conservatoire de Paris (CNSMDP), Opéra-Comique, Royal Northern College of Music (RNCM), Les Éditions du Conservatoire, 2021, https://www.conservatoiredeparis.fr/fr/we-are-utterly-odd1-collaborative-life-both-music-and-politics.


    Notes

    1. Frank Merrick, Oral History 381, Imperial War Museum. ↩︎
    2. Central Tribunal at Wormwood Scrubs, 30/7/1917, Cyril Pearce Database: Imperial War Museum. ↩︎
    3. DM2103/F/5/2/3 Bristol University Archive. ↩︎
    4. DM2103/F/5/2/27 Bristol University Archive ↩︎
    5. See Peace Pledge Union (PPU) archives re Fenner Brockway. ↩︎
    6. The Tribunal March, 8th 1917, Working Class Movement Library, Salford. ↩︎
    7. DM2103/F/5/10 Bristol University Archive. ↩︎
    8. DM 2103/F/5/1//6 Bristol University Archives. ↩︎
    9. DM2103/F/5/6 Bristol University Archive. ↩︎
    10. DM2103/F/5/21 Bristol University Archive. Many of these names are fellow musicians at the College or neighbours. ↩︎
    11. DM 2103/F/5/1/36 Bristol University Archives. ↩︎
    12. DM2103/F/5/1/36 Bristol University Archives. ↩︎
    13. DM2103/F/5/1/2/3 Bristol University Archives. ↩︎
    14. MML/1/1 Minutes, 14th July 1914, John Rylands Library, Manchester. ↩︎
    15. Votes For Women, September 1916. ↩︎
    16. Votes for Women, Volume 9, no. 423, January 1917. ↩︎
    17. Votes for Women, Volume 9, no. 436, 29 November 1916. ↩︎
    18. DM2103/F/5/2/11 Bristol University Archives. ↩︎
    19. DM2103/f/5/2/6 Bristol University Archives. ↩︎
    20. DM2103/F/5/1/30 Bristol University Archives. ↩︎
    21. Margaret Ashton, Sarah Reddish from Bolton and Sara Dickenson from Salford were the Manchester delegates. ↩︎
    22. Emmeline Pethick Lawrence (1867-1954) was a well known suffragist and pacifist. She visited Frank a number of times in Wormwood Scrubs. ↩︎
    23. Ashton (1856-1937) was the Vice Chair of the Women’s International League and President of the local branch network. May Unwin was married to Professor Unwin and joined the League in 1917. Trade Union activist Amy Herford was the sister of anti-conscription and philanthropist Hugh Herford. They all lived near the Merricks.
      [25] Votes For Women, Volume 9, no 422, December 1916. ↩︎
    24. DM2103/F/5/4 Bristol University Archive. ↩︎
    25. DM2103/F/5/4 Bristol University Archive. ↩︎
    26. DM2103/F/5/9 Bristol University Archive. ↩︎
    27. DM2103/F/5/9 Bristol University Archive. ↩︎
    28. DM2103/F/5/117 Bristol University Archive. ↩︎
    29. DM 2103/F/5/2/2 Bristol University Archive. ↩︎
    30. DM2103/F/5/1/7 Bristol University Archives. ↩︎
    31. Frank Merrick, oral recording 381, Imperial War Museum. ↩︎
    32. DM2103/F/5/1/2 Bristol University Archive. ↩︎
    33. DM2103/F/5/1/4 Bristol University Archives ↩︎
    34. DM2103/F/5/1/13 Bristol University Archives. ↩︎
    35. DM2103/F/5/1/21 Bristol University Archives. ↩︎
    36. DM2103/F/5/1/31 Bristol University Archives. ↩︎
    37. DM/F/5/1/20 Bristol University Archive. ↩︎
    38. DM2103/F/5/1/17 Bristol University Archive. ↩︎
    39. DM2103/F/5/1/15 Bristol University Archives. ↩︎
    40. DM2103/F/5/2/7 Bristol University Archives. ↩︎
    41. DM2103/F/5/2/33 Bristol University Archives. ↩︎
    42. DM2103/F/5/2/20 Bristol University Archive. ↩︎
    43. Frank Merrick, Oral History 318, Imperial War Museum. ↩︎
    44. DM2103/F/5/1/5 Bristol University Archive. ↩︎
    45. DM2103/F/5/2/32 Bristol University Archives. ↩︎
    46. DM2103/F/5/1//29 Bristol University Archives. ↩︎