Présentation du dispositif EPO (École par l’Orchestre) à l’ENM de Villeurbanne

Avril 2025

Sources : Gérald Venturi, professeur de saxophone, de musique de chambre et coordinateur (musique de chambre) ; Cédric Gautier, professeur de trompette et coordinateur EpO.

Rédaction : Pauline Guffroy, référente des usages pédagogiques du numérique.

Présentation

D’où est née l’idée ?

Nous organisions l’orchestre à l’école dans des classes des écoles primaires de Villeurbanne depuis quelques années et, pour inciter les élèves à rejoindre le conservatoire, il était important de leur proposer quelque chose de similaire à ce qu’elles et ils avaient connus. En effet, c’est probablement ce à quoi elles et ils s’attendaient en souhaitant poursuivre leur apprentissage musical. Il était aussi important d’établir plus d’égalité avec les élèves du conservatoire. C’est pourquoi il a paru évident de proposer une entrée en musique par la pratique ouverte aux élèves sortant d’éveil comme à celles et ceux venant de l’extérieur.

Objectifs pédagogiques

  • Faciliter l’accès à la musique en adoptant une approche plus globale, en associant dans le processus d’apprentissage la formation musicale et la pratique, plutôt que de les séparer ;
  • Aller plus loin dans le dispositif « maître unique » qui était déjà en place ;
  • Attirer les élèves issu·es de l’orchestre à l’école, provenant souvent des quartiers excentrés : la proposition d’un seul créneau horaire est avantageuse pour les élèves éloigné·es géographiquement.

Pour les élèves :

  • Apprendre à jouer et à travailler ensemble ;
  • Acquérir un sens critique ;
  • Acquérir de l’autonomie et une capacité d’auto-évaluation ;
  • Développer des compétences musicales (techniques et théoriques) ;
  • Connaître différents contextes musicaux associés à une large diversité de pratiques et d’esthétiques ;
  • Développer conjointement sa capacité à jouer, à improviser, à composer.

Enjeux

Un des enjeux majeurs du dispositif repose sur le travail d’équipe des professeur·es, qui ont trouvé la possibilité de se réunir en collège pour mutualiser leurs compétences au profit des élèves. Symétriquement, le parcours des élèves peut désormais s’organiser autour d’un large éventail de pratiques collectives, du petit groupe au grand orchestre.

Quand a-t-il été mis en place ?

En 2009, soit l’année qui a suivi la première année d’expérimentation de l’Orchestre à l’école de l’ENM de Villeurbanne.

Quels ont été les défis ou difficultés rencontrés dans la mise en place du programme ?

Tout d’abord, l’élaboration d’une maquette horaire commune avec l’ensemble des professeur·es s’est avérée incontournable. Ensuite, assez rapidement, des problèmes de pédagogie se sont posés, ce dispositif implique de ne plus apprendre les choses dans le même ordre ou de la même façon. Les approches socio-constructivistes – qui sont assez développées dans l’enseignement supérieur – sont encore nouvelles dans la formation initiale proposée dans les conservatoires. Les examens ont été supprimés, ce qui a aussi posé des questions. Il y a eu beaucoup de débat entre les professeur·es, certain·es se sont retiré·es du dispositif mais d’autres sont venu·es, justement parce que ces questions les intéressaient. De plus, les supports pédagogiques n’existaient pas, il a fallu les fabriquer, tous les professeur·es ont accepté de venir travailler une matinée par semaine pour préparer ces supports. Du côté des élèves, la satisfaction était immédiate mais les professeur·es ont dû s’adapter et se réinventer pour s’ajuster à cette nouvelle approche pédagogique.

Quels conseils pour un établissement qui souhaite mettre en place ce dispositif ?

  • Avoir une équipe d’au minimum 4 personnes (c’est impossible avec moins).
  • Accepter, dans un premier temps, d’avoir l’impression d’être moins efficaces car il s’agit d’une nouvelle approche. Les bénéfices à moyen terme finiront par être visibles.
  • Comprendre que les élèves apprendront différemment, pas forcément dans l’ordre auquel on est habitué ou au même rythme et être patient face à ce changement.
  • Se concerter, communiquer, débriefer régulièrement les séances, prendre le temps de discuter des progrès et des difficultés rencontrées.
  • Envisager de se faire accompagner pour faciliter la transition vers ce nouveau dispositif.

Modalités pratiques

Comment sont créés les groupes ?

En cycle 1, les élèves de 1ères et 2èmes années sont réuni.e.s sur une plage horaire et les 3èmes et 4èmes années sur une autre.

En cycle 2, les élèves choisissent parmi les ateliers qui leur sont proposés. Elles et ils peuvent en suivre autant que désiré, leur seule contrainte est d’avoir suivi le nombre d’ateliers nécessaires pour valider les 4 axes de formation en fin de cycle :

  • AXE 1 – les grandes formations
  • AXE 2 – projet soliste en semi-autonomie
  • AXE 3 – ateliers et modules FM
  • AXE 4 – le projet personnel

Combien d’élèves par groupe ?

Les ateliers de pratiques collectives peuvent accueillir de 5 à 25 élèves selon les projets, du petit groupe de musique de chambre à l’orchestre complet. Ils sont généralement animés par un.e enseignant.e ou un binôme. Pour les cours instrumentaux, les groupes varient entre 3 et 5 élèves.

Combien de temps dure une séance ?

Pour les cycles 1, le parcours comporte une séance en atelier (1h) suivie ou précédée d’une séance d’instrument (1h). Pour les cycles 2 et 3 : en plus du cours instrumental, une séance en atelier dure en général 1h. Les élèves peuvent suivre autant d’ateliers que souhaité.

Quels sont les prérequis ?

  • Avoir choisi un instrument faisant partie du dispositif EpO (trombone, trompette, piano, hautbois, clarinette, cor, tuba ou saxophone)
  • Pour les cycles 1, être disponible sur les horaires imposés pour la séance (cours d’instruments en groupe + atelier de pratique collective)

Y a-t-il un déroulé type pour une séance ?

Non, chaque atelier est construit selon le projet artistique, les notions à aborder, les besoins des élèves, etc.

Organisation d’une séance

Comment sont préparées les séances ?

Les thématiques d’atelier viennent des professeur·es qui se concertent beaucoup, mais elles peuvent aussi répondre à des propositions d’élèves. Chaque enseignant·e ou binôme d’enseignant·e·s prépare la séquence pédagogique qu’elle ou il a proposé (enjeux d’apprentissage, supports, ressources, aspects logistiques) et transmet une fiche récapitulative aux collègues.

Comment sont définis les objectifs pédagogiques d’une séance ?

Les objectifs pédagogiques font partie de l’élaboration de la séquence, ils font l’objet d’une concertation entre les enseignant.e.s et font l’objet d’un document partagé à toute l’équipe.

Quelle modalité d’évaluation ?

Dès le début, l’évaluation continue est la modalité principale. Les professeur·es se concertent, débriefent après la séance et orientent les contenus de la séance suivante en fonction des besoins repérés chez les élèves.

Moyens et méthodes pédagogiques

Quelles sont les pédagogies utilisées ?

Ce sont plutôt des méthodes globales qui s’inscrivent dans une approche socio-constructiviste, basées sur le groupe, elles sont inspirées par exemple des pédagogies Freinet.
Mise au point par les époux Élise et Célestin Freinet au début du 20ème siècle, la pédagogie Freinet est une approche éducative centrée autour de l’élève et axée sur l’apprentissage par l’expérience et l’action, aussi appelé le « tâtonnement expérimental ». L’enseignant·e prend le rôle de facilitateur·rice qui guide les élèves plutôt que de leur imposer des connaissances. La coopération et la solidarité entre les élèves est encouragée grâce à l’organisation d’activités de groupe et de projets collectifs qui permettent aux élèves d’apprendre ensemble en expérimentant.

L’idée est de provoquer des interactions entre les élèves pour faire émerger des questions, des hypothèses, des essais, des expérimentations. Pour ce faire, le petit collectif est indispensable au dispositif pédagogique permettant aux élèves d’être acteurs et actrices de leurs apprentissages. Les élèves construisent ainsi leurs connaissances au fil de leurs expériences et de leurs échanges avec les autres. Le rôle des enseignant·es est d’accompagner l’apprentissage en réajustant en permanence la situation pédagogique, en régulant les interactions entre élèves, et en mettant des ressources à la disposition du travail des élèves.

Quel répertoire est pratiqué ?

Plus que de répertoires, nous parlerons de contextes musicaux, ce qui est plus large et dépasse la notion de répertoire. Une grande diversité de contextes musicaux sont abordés : des compositions d’élèves, de la musique écrite, des arrangements réalisés par les élèves, de la musique orale (jouée à l’oreille), les musiques improvisées.

Quel matériel et quels accessoires ?

Il faut plusieurs salles dont des grandes afin de faire varier les situations de travail (du groupe moyen au petit groupe). Le matériel nécessaire varie en fonction du projet mené et peut comprendre un vidéoprojecteur, un système de diffusion du son, des tables pour écrire, des ardoises effaçables, etc.

Comment se fabrique le lien entre théorie et pratique ?

Les élèves apprennent les savoirs réputés théoriques « en acte », c’est-à-dire dans la pratique. Elles et ils ne commencent pas par l’étude de la lecture, du rythme ou de l’harmonie ex cathedra, mais par l’expérimentation directe dans l’acte musical. Ce sont les pratiques musicales qui vont amener tel ou tel problème musical à régler, problème touchant parfois au rythme, à la lecture, à la notation, à la transposition, ou encore à des éléments de langage : ces notions seront abordées au moment où elles sont utiles pour les élèves. En d’autres termes, nous pensons que les situations musicales et pédagogiques doivent permettre aux élèves de poser des questions avant d’en recevoir les réponses.

Organisation des cycles

Comment s’articulent les cycles dans le temps ?

L’organisation en 3 cycles est conforme aux préconisations du Schéma National d’Orientation Pédagogique. Un cycle dure entre 3 et 5 ans. Comme nous l’avons exposé, l’originalité de l’EpO touche d’abord aux contenus musicaux, au modèle pédagogique, aux modalités de suivi et d’évaluation des élèves.

Documents Annexes

Exemple d’ateliers proposés

Cycle 1 :

  • Musique à l’image
  • Percussions corporelles
  • Mises en musique de contes
  • Invention
  • Chant de travail
  • Atelier autour de Mikrokosmos de Bartok
  • Atelier FANFARE
  • Atelier Musique et mouvement
  • Atelier BLUES
  • Atelier orchestre

Cycle 2

  • Musique d’Anatolie
  • Improvisation « libre »
  • Musique actuelle
  • Improvisation « Jazz »
  • Journal de l’école
  • Composition
  • Chanson
  • + tous les modules proposés par les professeur·es de FM (audition, voix, invention, culture, rythme, corporel, arrangement)

Grandes formations :

  • 2 Fanfares de rues
  • Big band
  • Chorale
  • Orchestre d’harmonie

Planning des cours de cycle 1

Planning des cours de cycle 1 le mercredi pour l’année 24-25 à l’ENM.

Organisation ateliers cycle 2