Introduction
Le choix d’un microphone repose sur une compréhension des différents types de transduction, de la directivité et des besoins spécifiques en matière d’enregistrement.
Suivant que l’on enregistre en studio, en direct, ou pour capturer l’ambiance sonore d’un environnement extérieur, mais aussi en fonction du style de musique enregistré et des partis pris esthétiques de prise de son et de mixage, on privilégiera tel ou tel microphone.
En effet, la prise de son de musique croise des compétences techniques et artistiques ; la seule connaissance technologique du matériel n’est donc pas suffisante pour réaliser un bon enregistrement, mais c’est un prérequis indispensable.
Mais avant toute chose, un micro, ça marche comment ?
Un microphone fonctionne en convertissant l’énergie acoustique (les ondes sonores) en énergie électrique (un signal électrique). Cette conversion est rendue possible grâce à un diaphragme, une fine membrane qui vibre lorsqu’elle est frappée par les ondes sonores. Ces vibrations sont ensuite converties en un signal électrique par un mécanisme de transduction spécifique à chaque type de microphone. Ce signal électrique est enfin amplifié pour reproduire ou enregistrer le son d’origine.
Cet article propose une exploration des principaux types de microphones, leurs caractéristiques, ainsi que des conseils pour les choisir et les utiliser.
1. Les principaux types de microphones
Les microphones se différencient principalement par leur technologie de transduction et leur directivité, c’est-à-dire la manière dont ils captent les sons provenant de différentes directions.
1.1. Microphones dynamiques
Les microphones dynamiques sont parmi les plus couramment utilisés en raison de leur robustesse et de leur simplicité de conception.
- Principe de fonctionnement : repose sur l’induction électromagnétique. Ces microphones utilisent un diaphragme relié à une bobine mobile située dans un champ magnétique. Lorsque le son frappe le diaphragme, il fait vibrer la bobine, générant ainsi un signal électrique proportionnel aux vibrations.
- Caractéristiques : résistants et peu coûteux, les microphones dynamiques sont parfaits pour les environnements bruyants et les conditions climatiques difficiles. Leur réponse en fréquence est généralement plus limitée que celle des microphones à condensateur, mais ils sont moins sensibles aux sons indésirables.
Ils ne nécessitent aucune alimentation et certains modèles disposent d’une pression acoustique maximale très élevée. Les micros dynamiques sont surtout idéals pour la prise de son proche.
- Applications : utilisés dans les performances live, la prise de son d’instruments amplifiés ou très sonores type batterie, et les voix dans des contextes où la robustesse est prioritaire.
1.2. Microphones à condensateur ou statique
Les microphones à condensateur sont connus pour leur sensibilité accrue et leur capacité à capturer les détails les plus fins du son.
- Principe de fonctionnement : ce type de microphone utilise une capsule formée de deux plaques (une plaque mobile et une plaque fixe) pour créer un condensateur. Les vibrations du son modifient la distance entre les plaques, créant une variation de capacité qui est convertie en signal électrique.
- Caractéristiques : les microphones à condensateur offrent une réponse en fréquence plus large et une meilleure précision sonore. Ils nécessitent cependant une alimentation électrique externe, généralement fournie par une alimentation dite “fantôme » (voir section 4), pour polariser la capsule.
- Applications : privilégiés pour les enregistrements en studio, où la capture des nuances sonores est cruciale. Ils sont utilisés pour les voix, les instruments acoustiques, et parfois même pour l’ambiance sonore.
1.3. Microphones à ruban
Les microphones à ruban sont souvent recherchés pour leur sonorité chaleureuse et naturelle, offrant une coloration unique qui rappelle l’époque des enregistrements analogiques.
- Principe de fonctionnement : un ruban en métal très fin, suspendu entre deux pôles magnétiques, vibre en réponse aux ondes sonores, générant ainsi un signal électrique. Cette technologie est un dérivé des microphones dynamiques.
- Caractéristiques : ils sont fragiles et plus sensibles aux manipulations et aux conditions environnementales, mais leur réponse en fréquence particulièrement douce est prisée pour certaines applications. Leur directivité est généralement bidirectionnelle (figure en 8).
- Applications : utilisés principalement en studio pour les enregistrements de voix ou d’instruments où une certaine chaleur et une coloration vintage sont recherchées.
2. La directivité des microphones
La directivité d’un microphone définit la manière dont il capte le son en fonction de l’angle d’incidence. Chaque type de directivité est adapté à des situations spécifiques.

2.1. Directivité omnidirectionnelle
À distance égale de la capsule, un microphone omnidirectionnel capte les sons provenant de toutes les directions de manière égale. Concrètement, que la source sonore soit devant ou derrière le micro n’a donc en théorie aucune importance, seule la distance à la membrane joue.
Néanmoins, comme toujours, entre la théorie et la pratique, il y a de petits écarts : en l’occurrence, pour les hautes fréquences, les microphones ne sont en pratique pas parfaitement omnidirectionnels au sens strict du terme, et l’angle d’incidence de la source sonore joue très légèrement.
- Applications : idéal pour capturer l’ambiance générale d’une pièce ou pour des situations où le sujet bouge beaucoup par rapport au microphone.
En musique classique, le couple principal stéréophonique utilisé pour enregistrer un ensemble instrumental/vocal ou un instrument/une voix seul(e) est dans la très grande majorité des cas un couple de micros omnidirectionnels, ce qui permet de capter le son direct des instruments/voix mais aussi le son réverbéré, afin d’avoir un rendu acoustique naturel.
- Inconvénients : moins efficace pour isoler une source sonore dans des environnements bruyants.
2.2. Directivité cardioïde
Les microphones cardioïdes captent principalement les sons provenant de l’avant, tout en atténuant ceux venant des côtés et de l’arrière.
- Applications : souvent utilisés pour la captation de voix en solo ou d’instruments dans des environnements avec un bruit de fond modéré. Ils permettent de concentrer la captation sur la source sonore tout en atténuant les bruits indésirables provenant d’autres directions.
- Inconvénients : sensibles à » l’effet de proximité « , une accentuation des basses fréquences lorsque la source sonore est très proche du microphone.
2.3. Directivité supercardioïde et hypercardioïde
Ces microphones ont une directivité plus étroite que les microphones cardioïdes, captant principalement les sons venant de l’avant tout en offrant une meilleure isolation des bruits latéraux.
- Applications : utilisés pour des applications nécessitant une grande isolation sonore, comme la capture de voix en milieu bruyant ou sur scène, où plusieurs sources sonores doivent être isolées.
- Inconvénients : leur champ capté est plus étroit, ce qui nécessite une plus grande précision dans le placement du microphone.
2.4. Directivité bidirectionnelle (figure en 8)
Les microphones bidirectionnels captent les sons provenant de l’avant et de l’arrière tout en rejetant ceux venant des côtés.
- Applications : particulièrement utiles pour des duos ou des interviews face-à-face, ainsi que pour capturer des instruments disposés face à face en studio.
- Inconvénients : sensibles aux bruits ambiants venant des côtés, ce qui peut être un problème dans des environnements non contrôlés.
3. Microphones à large ou petite membrane
Comment choisir entre un microphone à large ou petite membrane ? Là encore, tout est question de contexte, et de choix esthétiques.
Le microphone à large membrane se caractérise par une membrane dont le diamètre excède généralement 25 mm (1 pouce), ce qui lui confère une réponse en fréquence plus étendue, souvent associée à un rendu sonore plus chaleureux et riche en basses fréquences.
En raison de sa grande sensibilité, le microphone à large membrane capte avec finesse les nuances et les détails du son. Cependant, cette sensibilité accrue peut également introduire une légère coloration du son.
Ce type de microphone est couramment utilisé en studio, notamment pour l’enregistrement des voix (chant ou voix-off) et des instruments acoustiques tels que les guitares ou les pianos, où l’on recherche un son plein et enveloppant.
Le microphone à petite membrane est doté d’une membrane de taille plus réduite, généralement inférieure à 12 mm (1/2 pouce). Plus la membrane est petite, plus les vibrations sont rapides. Cette conception favorise une meilleure réponse transitoire, ce qui lui permet de capturer efficacement les détails rapides et les attaques des sons. En outre, ce type de microphone se distingue par une réponse en fréquence plus linéaire et une plus grande précision dans la capture du son, sans ajouter de coloration notable. Moins sensible aux bruits de fond et à l’acoustique de la pièce, le microphone à petite membrane est particulièrement adapté aux enregistrements nécessitant une grande fidélité sonore, comme ceux des instruments percussifs ou des cordes.
Il est également prisé pour les prises de son en extérieur ou en direct, où un rendu neutre et non coloré est souhaité.
4. Alimentation fantôme
L’alimentation fantôme est une source d’énergie continue, généralement de 48 volts, fournie par le préamplificateur ou la console de mixage via le câble XLR au microphone à condensateur ou à certains microphones à ruban.
- Fonctionnement : l’alimentation fantôme polarise la capsule du microphone à condensateur, indispensable pour son fonctionnement, sans laquelle il ne pourrait pas capturer les sons.
- Attention : bien que la plupart des microphones dynamiques n’aient pas besoin d’alimentation fantôme, ils peuvent être connectés à une source alimentée sans danger. Cependant, certains microphones à ruban plus anciens ou fragiles pourraient être endommagés par une alimentation fantôme. Il est donc crucial de vérifier la compatibilité avant de brancher un microphone à une source d’alimentation.
5. Choisir et utiliser un microphone
5.1. Critères de choix
- Source sonore : identifiez la nature de la source sonore (voix, instruments, ambiance) et choisissez un microphone adapté à sa captation. Par exemple, pour capturer des détails subtils, un microphone à condensateur est souvent préférable.
- Environnement d’enregistrement : dans un environnement bruyant, un microphone avec une directivité étroite comme un supercardioïde peut être nécessaire pour isoler la source sonore principale.
- Mobilité : si le microphone doit être manipulé ou transporté fréquemment, privilégiez un modèle dynamique pour sa robustesse.
- Budget : établissez un budget en tenant compte de la qualité sonore souhaitée et de l’usage prévu. Les microphones varient grandement en prix, et certains modèles professionnels peuvent représenter un investissement important.
5.2. Conseils d’utilisation
- Placement du microphone : la distance et l’angle du microphone par rapport à la source sonore influencent considérablement le résultat. Expérimentez différentes positions pour trouver le meilleur rendu sonore, surtout en studio.
- Gestion du bruit de fond ou des consonnes plosives (B, P, T et D) : utilisez des filtres anti-vent pour les enregistrements en extérieur et des écrans acoustiques ou filtres anti-pop en studio pour réduire les bruits indésirables et effets des consonnes plosives.
En effet, certaines consonnes provoquent à l’émission (en parlant ou chantant) une surpression d’air qui est très mal gérée par les microphones : cela engendre un un effet d’amplification du son de la consonne, notamment dans le grave, qui distord le rendu sonore. Pour l’éviter, placez un filtre anti-pop à 10/15 cm de la membrane.
A défaut, vous pouvez désaxer légèrement le microphone, mais cette solution, peu idéale, aura pour effet d’atténuer les fréquences aiguës.
- Maintenance : les microphones, en particulier les modèles à ruban et à condensateur, doivent être manipulés avec soin et stockés dans un environnement sec pour éviter la détérioration. Pensez également à utiliser des housses de protection lorsque les microphones ne sont pas utilisés.
6.1. Microphones dynamiques

Le Shure SM57 : iconique depuis les années 1960, ce microphone très abordable est largement utilisé pour enregistrer les amplis de guitare, les caisses claires de batterie et les instruments à vent.

Le Shure SM58 : référence mondiale pour la prise de son vocale sur scène, ce microphone dynamique robuste et fiable est un incontournable dans l’industrie musicale live.

Le Sennheiser MD 421 II : avec une réponse en fréquence équilibrée et une directivité cardioïde, ce microphone excelle pour la prise de son des instruments de basse fréquence comme les caisses de batterie ou les enceintes de basse.

Le Beyerdynamic M 88 TG : très résistant, ce modèle hypercardioïde est particulièrement adapté aux sources sonores très puissantes comme les amplis de guitare électrique ou les cuivres.
6.2. Microphones à condensateur

Le Neumann U 87 Ai : référence incontournable depuis les années 1960, ce microphone à large membrane et à directivité variable (omnidirectionnelle, cardioïde, bidirectionnelle) est extrêmement polyvalent, du chant aux instruments à cordes.

Le Neumann KM 184 : compact et polyvalent, ce microphone cardioïde à condensateur à petite membrane est très utilisé pour l’enregistrement des instruments acoustiques et des voix en studio, notamment en appoint pour apporter de la précision

Le AKG C 414 XLII : doté d’une directivité variable (cardioïde, omnidirectionnelle, bidirectionnelle et 6 intermédiaires), ce modèle s’adapte parfaitement à l’enregistrement des instruments acoustiques, des chœurs et des ambiances (overhead de batterie, par exemple).

Le Rode NT1-A : plus abordable, ce microphone à condensateur cardioïde à large membrane est réputé pour la prise de son vocale en studio, offrant une reproduction fidèle et détaillée

Le Schoeps CMC 6 : renommé pour sa très faible distorsion et son excellent rapport signal sur bruit, ce microphone modulaire est largement utilisé pour l’enregistrement de sources acoustiques comme les instruments à cordes. Le CMC 6 constitue à proprement parler le corps amplificateur du micro, sur lequel se visse une capsule (MK 2H, MK 2S, MK 4, MK 5, MK 41) dont on choisit les caractéristiques de directivité et réponse spectrale en fonction du projet esthétique de prise de son.


Les DPA 4006 & 4041 : offrant une captation omnidirectionnelle naturelle et précise, ces microphones sont particulièrement adaptés à l’enregistrement des instruments acoustiques en studio.







