Ce guide méthodologique propose un cadre opérationnel complet pour intégrer l’éco-conception dans la production de décors de spectacle vivant, en couvrant l’ensemble du cycle de vie – des matières premières à la fin de vie – et en mobilisant tous les acteurs de la chaîne de production.
Festival d’Aix-en-Provence – Pôle Eco Design – V2 Septembre 2021
Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA (Claude, Anthropic) :
Contexte et enjeux
La question environnementale n’est plus périphérique dans le secteur culturel : elle est devenue centrale. L’objectif zéro émission nette à l’horizon 2050 impose une transformation des pratiques de production, notamment dans le spectacle vivant où les décors peuvent représenter jusqu’à 25 tonnes de matières par œuvre. Ce guide, élaboré par le Pôle Eco Design pour le Festival d’Aix-en-Provence avec le soutien de l’ADEME et de la Région Sud, capitalise plusieurs années d’expérimentation pour offrir une méthodologie structurée et transposable à d’autres structures — théâtres, festivals, musées, secteur événementiel.
L’approche repose sur une analyse du cycle de vie en cinq phases — matières premières, fabrication, utilisation, distribution/transport, fin de vie — avec un principe directeur : plus les décisions éco-responsables sont prises en amont, plus elles sont efficaces et économiques. Le Bureau d’études joue un rôle pivot : c’est en phase de conception que se décident 80 % des impacts environnementaux d’une production.
Architecture du guide : 5 acteurs, 13 fiches actions
Le guide est organisé autour de cinq familles d’acteurs, chacune dotée de fiches actions concrètes précisant les objectifs, la stratégie, les indicateurs d’évaluation et les enjeux financiers, environnementaux et humains.
| Acteur | Fiche action | Objectif | Enjeux prioritaires |
| Direction | FA Dir.1 – Sensibiliser les coproducteurs FA Dir.2 – Impliquer les scénographes | Mobiliser les partenaires dès l’amont pour agir sur les choix de conception et de tournée | Clauses contractuelles éco-conception ; stockages intermédiaires ; structure de tournée optimisée |
| Bureau d’études | FA BE.1 – Approvisionnement FA BE.2 – Concevoir pour réutiliser FA BE.3 – Fin de vie FA BE.4 – Relocaliser FA BE.5 – Calculer/arbitrer | 80 % des impacts se décident en conception : choisir les matériaux, concevoir pour la réutilisation et anticiper la fin de vie | Réduction des coûts matériaux (-20 à -50 %) ; économies sur déchets (bennes DIB) ; outil ADMC de comparaison coût/CO₂ |
| Ateliers | FA Atelier.1 – Gestion des flux FA Atelier.2 – Fournisseurs FA Atelier.3 – Partage bonnes pratiques | Réduire les déchets de production, tester de nouveaux éco-matériaux, mutualiser les savoir-faire | Jusqu’à -20 % de dépenses d’atelier par optimisation des flux ; 10 bonnes pratiques acquises à partager |
| Logistique | FA Log.1 – Optimiser la tournée FA Log.2 – Transport en container | Réduire les km parcourus et les émissions CO₂ par mutualisation et stockage intermédiaire | Économie potentielle de 31 à 41 % sur le budget transport ; réduction de 50 % des émissions CO₂ |
| Machinistes | FA Mac.1 – Sensibiliser et former | Impliquer les premiers usagers du décor pour valider les choix de montage, transport et démantèlement | Réduction possible à zéro des déchets non recyclés ; retours d’expérience intégrés à la conception |
Stratégies clés et résultats chiffrés
Le guide s’appuie sur sept cas concrets du Festival d’Aix illustrant les gains obtenus. Trois leviers produisent des résultats particulièrement significatifs :
| Tournée optimisée | Container (Trionfo del Tempo) | Calculateur ADMC (Written on Skin) |
| − 41 % sur le budget transport = 97 040 € économisés 159 000 km évités ≈ 14 t de CO₂ évitées | 108 fauteuils transportés sans caisses Container rempli à 92 % 47,52 % de frais de manutention économisés = 38 250 € économisés | Coût typique : 881 198 € Coût éco-conçu : 636 250 € Économie : 244 947 € (27 %) |
Conception pour la réutilisation et le zéro déchet
Plusieurs productions ont atteint le zéro benne DIB (Déchet Industriel Banal) grâce à des choix systématiques : assemblages réversibles, mono-matériaux bois, peintures à l’eau sans COV, éléments standards réutilisables d’une production à l’autre. Pour Carmen (2017), 500 m² de parement marbre ont été réalisés en liège biosourcé recyclable en filière bois. Pour Innocence (2021), le sol PVC a été repris par le fournisseur, la tournée organisée sans retour à Aix.
Matériaux : repenser l’approvisionnement
La crise sanitaire a révélé la fragilité des approvisionnements classiques (hausse des prix de 20 à 50 %, pénuries de bois, acier, composants). La réponse proposée combine trois stratégies complémentaires : réutilisation interne en priorité (stock « répertoire »), relocalisation des approvisionnements vers des filières régionales (catalogue Fibois Sud, guide régional des matériaux éco-durables), et identification de sources de matériaux en seconde vie. L’impression 3D et la découpe numérique (CNC) permettent également d’optimiser la consommation de matière et d’éliminer le recours à la sculpture polystyrène.
Outils d’aide à la décision
Le calculateur ADMC (Aide à la Décision Multi Critères), développé sur Excel, permet de comparer en parallèle les coûts et émissions CO₂ pour chaque hypothèse de conception ou de tournée. Il couvre les phases matières premières, fabrication, transport, manutention, stockage et exutoire. Des plateformes collaboratives (R-aedificare pour le réemploi de matériaux) complètent le dispositif.
Gouvernance et mise en œuvre
La réussite de la démarche repose sur un engagement de la direction qui diffuse la culture éco-conception en cascade vers les coproducteurs, les scénographes et les metteurs en scène. Des outils contractuels formalisent cet engagement : lettre de sensibilisation aux coproducteurs, clause éco-conception dans les contrats (modèle Opéra de Lyon), lettre type aux fournisseurs privilégiant matériaux labellisés PEFC/FSC, biosourcés et recyclables. La mutualisation est présentée comme un accélérateur majeur : plateforme collaborative numérique, labos thématiques inter-structures, partage des 10 bonnes pratiques acquises au Festival.
La démarche n’est pas un surcoût mais un vecteur d’économies structurelles. Elle requiert néanmoins un investissement initial en temps d’études (Bureau d’études) et en formation (machinistes, ateliers), rapidement compensé par les gains réalisés sur l’ensemble du cycle de vie.